Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Avec une ténacité méritoire, les disciples polonais du fondateur de la Praxéologie ("science de l'action efficace"), T. Kotarbinski, s'efforcent de donner audience internationale à son message déjà ancien (1929 en polonais, 1965 en anglais).

Pressentant la relative rigidité épistémologique de cette discipline qu'ils voudraient fondamentale et que les académies tiennent pour ancillaire, l'assimilant non sans de bons arguments, à la recherche opérationnelle, voire (les dents vont grincer) à la technologie, ils préfèrent souligner ses vertus méthodologiques. Mais la dissociation des moyens et des fins les conduit à nouveau à un positivisme sclérosant qu'ils s'efforcent de masquer en mobilisant les concours de bons auteurs anglo-saxons. Non sans condescendance, ces derniers étant présumés disciples tardifs du maître. Ce qui nous vaut un ouvrage collectif assez curieux, où le lecteur a l'impression de sauter à cloche pied : selon qu'il lit les auteurs saxons ou les auteurs polonais et scandinaves, il rencontre les mêmes concepts (de la conception systémique) interprétés dans des contextes culturels différents et pratiquement sans liens entre eux ! Comme la plupart des articles n'ont pas été rédigés pour cet ouvrage mais pour d'autres occasions, on se déplace sur une sorte de patchwork à deux couleurs, certains textes étant d'ailleurs des pièces de musée (un texte de T. Kotarbinsky de 1970 renvoyant méme à sa conférence au congrès du tricentenaire du Discours de la méthode de 1937 à Paris). Promenade souvent intéressante, au moins pour ceux qui, comme moi, lisent ou relisent volontiers les textes d'H.A. Simon (1987), de D. Schon ou de N. Warfeld... Mais je crains que la démonstration de la maturité épistémologique de la praxéologie que voulaient faire les initiateurs de ce dossier ne s'avère guère convaincante. Et j'espère que l'exercice ne compromettra pas l'attention que nous pouvons aujourd'hui porter au développement académique des nouvelles sciences de l'ingénierie qui, assumant les défis de leur ouverture épistémologique, parviennent a renouveler leur propre enseignabilité. Mais, pour ce faire, une méditation sur les expériences développées dans d'autres cultures sera toujours enrichissante. C'est ce qui fait, pour nous, l'intérêt de ce recueil collectif. L'attention des chercheurs francophones suscitera peut-être... plus tard... celle des chercheurs polonais ? I1 me semble qu'ils trouveront dans les écrits de P. Boudon, de P.Deshayes ou d'A. Findeli, par exemple, quelques thèses qui renouvelleront utilement leur propre discours.

JLM.

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.