REVUE TRANSVERSALES », Madrid, n.3, 2ème Epoque

Note de lecture par MALAINA Alvaro

La revue espagnole « Transversales » a dédiée plusieurs articles à la pensée complexe de Morin. Françoise Bianchi discute l’anthropologie philosophique morinienne. Le XXe siècle aurait été un siècle de barbarie qui réclamerait le retour à une pensée de l’humanité de l’humanité. L’anthropologie de Morin s’ouvre aux sciences pour s’ouvrir à l’homme. L’anthropologie de Morin est transdisciplinaire: son parcous à travers les sciences débouche sur le complexe : le complexe est ce qui est tissé de discours divers, hétérogènes: l’ “espace lisse” de Deleuze et Guattari avant d’être strié par le couple dominant de Savoir/Pouvoir. La politique de l’homme et la civilisation de la terre passent par ce retour à l’espace lisse des possibilités multiples. L’espace lisse est l’espace du sens multiple, qui réunit l’actuel et le possible, comme disait Luhmann. C’est le magma (Castoriadis) primordial, qui précède la formation de tout ensemble. Mais l’espace lisse est paradoxal: il est impraticable, il faudra toujours le strier pour pouvoir le traverser. C’est là le principe d’incertitude à la base de la pensée complexe. C’est en raison de cela que Emilio Roger Ciurana explique que la complexité n’est pas une science, mais une façon de penser, une façon de s’approcher (asymptotiquement) à la réalité. C’est une stratégie cognitive qui bagne dans l’incertain. On est tous perdus, dit Morin, pessimiste, avant de s’ouvrir à la fraternité optimiste: mais on est tous frères. Le Vaisseau Spatial Terre se compose de frères perdus qui n’arriveront jamais à l’horizon qu’ils cherchent à atteindre. Mais dans la perdition réside aussi une étrange beauté. Le rêve de l’homme est un rêve de toute-puissance qui ne parviendra pas jamais à s’accomplir, comme nous raconte Darren Aronofsky dans son formidable filme The fountain (exprimé sous le symbole légendaire de la quête impossible de l’immortalité). La pensée complexe de Morin est une éducation lucide et enthousiaste de la perdition. Ciurana fait appel à l’autonomie du sujet capable toujours de réinventer du sens dans le chaos: ce qui implique que alter est aussi capable d’en produire du sens, ce qui vise la compréhension de la diversité culturelle. Tout cela réclame d’une réforme éducative, paradigmatique. Tout cela est en cours et en lutte contre les obstacles du paradigme dominant. La méthode est un chemin (étymologiquement) pour se diriger vers un horizon qu’on ne peut pas atteindre; or, le paradigme dominant dessine un chemin qui mène vers un faux horizon qui sert des intérêts. Eduquer dans l’ère planétaire, c’est en revanche éduquer dans une unitas multiplex, dans un système (noologique) toujours ouvert.

Alvaro Malaina