Retour sur la guerre d'Algérie, précédé de l'affaire Bellounis, histoire d'un général Fellagha

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

"Pourquoi suis-je le présentateur de ce document ? Il m’est parvenu en 1959… Je n’ai pu à l’époque le faire éditer dans les conditions que je souhaitais… pour montrer que la réalité algérienne était complexe : "Ce n’est pas le moment", me répondait-on, "il ne faut pas perturber le manichéisme de guerre"". Trente-neuf ans après la rédaction de ce récit ("étonnant de précision,… d’analyse raisonnée… qui… éclairait tout un pan inconnu, méconnu de la résistance algérienne, et montrait comment un mouvement de résistance minoritaire… pouvait être laminé…"), rencontrant une occasion de le publier, Edgar Morin médite sur les méfaits de la simplification manichéenne qui occulte sans cesse la possibilité même d’inventer quelques voies permettant d’échapper à cet "effrayant processus d’auto-destruction", dont nous étions, et dont nous sommes encore, les témoins et souvent les acteurs.

L’histoire que nous narre ici Chem Ed Din (un pseudonyme) n’évoquera que des souvenirs lointains chez ceux qui connurent ces "années terribles" (de ce qu’on appelait en France "la guerre d’Algérie"). Mais "l’affaire Bellounis" n’est qu’un archétype de tant d’autres aventures également oubliées, qui nous disent toute la complexité des êtres et la perversité des explications simplificatrices et logiques ("Si tu n’es pas pour ceux-ci, tu es contre eux, et donc tu es pour ceux-là, qui sont leurs irréductibles ennemis").

 

"Et nous voilà à nouveau, sous des conditions radicalement différentes, dans une non-solution et dans une situation qui pourrit", conclut E. Morin, évoquant la situation de l’Algérie en 1998. Mais il pourrait prendre hélas tant d’autres exemples. "Corsi et ricorsi", "la paix viendra, mais à quel prix ?" Ne pouvons-nous nous accoutumer à percevoir nos actes dans leur intelligible et irréductible complexité ?

JLM