A propos du vivant : les nouveaux paradigmes et la performance

Note de lecture par SCRIBOT F., BIGREL F.

Il s’agit là d’un recueil d’interventions lors d’une table ronde au CREPS Aquitaine, s’interrogeant sur la nature de la performance.

Celle-ci, puisqu’observable et objectivable, est rarement remise en question.

Or, d’après les auteurs, elle est un objet complexe ne s’expliquant plus par le réductionnisme. Ils nous convient donc à une réflexion à partir des nouveaux paradigmes, prioritairement à l’usage des entraîneurs et formateurs sportifs.

Dans le premier exposé Francis SCRIBOT, professeur agrégé d’EPS, devant la multiple diversité du métier d’éducateur sportif s’interroge sur les façons dont la formation gère (mal) cette complexité. Il relève une confusion entre performance et/ou pratique sportive, et compétences de formateur/éducateur sportif. " Un bon éducateur connaît les lois qui gouvernent la performance et les applique " déplore-t-il. Il s’ensuit que la performance, théorisée, n’est plus au centre du modèle et donc ne nourrit plus les autres pratiques. Aussi Francis SCRIBOT prône-t-il l’interaction " pragmatico-politique " (de J. HABERMAS), à base de négociation/concertation entre décideurs et experts, pour gérer la complexité de l’acte sportif au mieux, en adaptant les moyens à ses fins. Il propose les pistes d’une Inspection pédagogique qui serait un relais entre les décisions nationales et les particularités régionales, et d’un exemple de formalisation d’une structure organisationnelle de formation.

Philippe LESTAGE, maître de conférences en neuropsychologie expérimentale, expose ensuite avec clarté 4 nouveaux paradigmes qui ont fait avancer la notion de complexité organisationnelle des systèmes vivants, en renversant les théories précédemment établies par le rationalisme.

Le non-équilibre d’I. PRIGOGINE, qui a bouleversé le principe d’équilibre classiquement établi par la thermodynamique, en révélant que la stabilité des structures auto-organisées tenait à leur éloignement de l’équilibre thermodynamique. La théorie de l’information par le bruit d’H. ATLAN, où les bruits et aléas classiquement perturbateurs du système, vont en fait le réorganiser en accroissant son degré de complexité, et donc son adaptation à l’environnement, et donc son autonomie. La théorie des catastrophes de R. THOM, qui en illustrant les brusques changements de systèmes dynamiques, apporte une description de l’adaptation d’un système affecté par des paramètres extérieurs. Et le chaos déterministe, exprimant une dynamique moderne complexe de tous les phénomènes où s’organisent la matière et la vie, faisant apparaître le hasard comme créateur de déterminismes imprédictibles.

François BIGREL, professeur agrégé d’EPS, réfléchit lui, plus particulièrement sur la performance, au vu de la notion de paradigme (celle d’E. MORIN, celles de MARUYAMA), de sous détermination des théories par les faits, de la réfutabilité poppérienne, des systèmes ouverts, de l’émergence, qui lui semblent ramener la visée formatrice au " singulier, par opposition à l’universalité des théories ".

Egalement professeur agrégé d’EPS, R. MURCIA, dans un exposé vivant et personnel, retient de sa carrière d’enseignant des sciences dans les CREPS que " leurs théories n’étaient jamais confrontées à la vérification par les faits ! " Il attend donc des nouveaux paradigmes qu’en dévoilant les zones d’ombre, ils travaillent à poser de nouveaux modèles.

Pour Françoise LABRIDY, psychanalyste et maître de conférences en STAPS, la performance n’est pas un optimum, mais un franchissement de limite personnelle pour le sportif, même si paradoxalement, on lui demande aussi de se compter comme " un parmi d’autres " dans la compétition. En tant qu’enseignante/chercheuse, elle résiste à la demande de contenus des étudiants, préférant " faire apparaître les questions qui sous-tendaient la production des savoirs ". Afin de faire partager ce qu’il y a d’impénétrabilité et d’imprédictibilité…

Le dernier exposé, enfin, offre un rapport assez lâche au thème choisi. P.Y. RACCAH, CNRS, Conseil d’Etat, dénonce tout d’abord les théories comme explication des phénomènes, elles seraient bien plutôt description de ceux-ci. Par la suite, il se limite aux sciences du langage en un discours fort spécialisé, mais hélas peu appliqué à la performance.

On retient donc cette lecture aux approches variées comme un cri de refus de " boucler la science sur elle-même " pour la mettre enfin réellement au service de la compréhension non réductrice des phénomènes humains en jeu dans le sport et ses formations.

Evelyne BIAUSSER

* Cf. également l’ouvrage collectif chez le même éditeur, une réflexion épistémologique sur " la conception de l’acte d’entraîner ", coordonné par F. Bigrel et F. Scribot.