PROMETHEE ET SON DOUBLE

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

C’est par son titre que ce livre m’a intrigué, et par son sous titre qu’il m’a incité à l’explorer : Quoi de plus insolite que l’appel au « Double de Prométhée », puisque la Mythologie lui attribue au moins deux doubles :

Le premier est son frère Epiméthée : Protagoras narrait ainsi à Socrate - Platon leur fraternelle aventure :             Chargé par Zeus de distribuer équitablement les qualités et les aptitudes entre  les différentes espèces vivantes, Epiméthée oublia les humains ; Prométhée, cherchant un moyen pour réparer cette erreur qui allait fâcher Zeus, déroba à Héphaïstos et à Athéna  "lé génie créateur des arts, le feu : voilà comment l'homme acquit l'intelligence qui s'applique aux besoins de la vie. Mais l'art d'administrer les cités, il ne le posséda pas. Cet art en effet était chez Zeus, et Prométhée ne pouvait y pénétrer…" Aussi lorsque les hommes, ayant pu ainsi inventer les techniques, voulurent se grouper en formant des cités, ne possédant pas l'art de les administrer, ils commirent tant d'injustices les uns à l'égard des autres qu'ils allaient tous s’anéantir. Le second est à l’inverse la belle Pandore, sa belle sœur, que Zeus, pour punir Prométhée d’avoir dérobé le feu, imposa à son frère

Cette femme, Pandore, la plus belle qui fût jamais créée, Zeus l'envoya en présent à Epiméthée, sous la conduite d'Hermès. Mais Epiméthée, qui avait été prévenu par son frère de n'accepter aucun cadeau venant de Zeus, s'excusa respectueusement et refusa son présent. De plus en plus irrité, Zeus fit enchaîner Prométhée, nu, à une colonne dans les montagnes du Caucase où un vautour vorace lui dévorait le foie toute la journée. Epiméthée, très ému du sort de son frère, s'empressa d'épouser Pandore, que Zeus avait faite aussi curieuse qu'il l'avait faite belle. Peu après, elle ouvrit une jarre, que Prométhée avait recommandé à son frère de tenir close et dans laquelle il avait eu le plus grand mal à enfermer tous les maux capables d'affliger le genre humain: notamment la vieillesse, le travail, la maladie, la folie, le vice et la passion. Tous les maux se répandirent au-dehors en une immense nuée et piquèrent Epiméthée et Pandore sur toutes les parties du corps puis s'attaquèrent aux mortels. Cependant la trompeuse Espérance, que Prométhée avait aussi enfermée dans la jarre, les dissuada, par ses mensonges, d'un suicide général.

Auquel des deux doubles de Prométhée se sont ici intéressés les historiens qui se rencontrent pour nous narrer les évolutions des perceptions que les humains se forment de ce « Présent de Prométhée » que les maux contenus dans la jarre de Pandore ne parviennent pas encore à détruire complètement : l’intelligence qui s'applique aux besoins de la vie ?:

Est-ce son frère qu’il veut sauver pour lui épargner la terrible colère de Zeus ? Pour sauver son ‘Double’, Prométhée serait-il celui crie de plus en plus aux humains « Innovez, innovez, Yaka innover, et l’Humanité sur sa petite Planète sera sauvée » ?

Ou est-ce sa belle sœur Pandore qui nous  rappelle sans cesse qu’au fond de la jarre des nouvelles technologies, il y a toujours le terrifiant venin porteur de tous les maux qui vont affliger l’Humanité ?

C’est à la tension entre ces deux ‘Doubles de Prométhée’ que cet ouvrage s’attache’, en prêtant attention à ce phénomène étonnant de l’ancestral rejet des bienfaits des objets techniques produit par l'intelligence humaine qui s'applique aux besoins de la vie’. : ‘Crainte, peurs et réserve face à la technologie’, le sous titre nous rappelle la permanence des effets pervers des usages de ces artefacts techniques que recèle toujours la Boite de Pandore : « Technophobie et Technophilie ne sont elles pas les deux faces d’une même médaille ? » interrogera M Ligier (p.213 ) pendant que’ JH Barthélémy (‘Technique et Culture chez Simondon’ , p.229) argumentera la remarquable contribution de G Simondon au ‘respect de la complexité du statut culturel de la technique’ : La Technophilie ne contient-elle pas le Technicisme comme la nuée contient l’orage ?

La progressive délitation culturelle de multiples ‘arts de faire’ des artisans et des artistes, (comme aussi des ingénieurs d’avant ‘la révolution industrielle’), arts de faire qui devenaient ‘sciences du génie’, ‘souvent plus poïétiques que mimétiques’, ne doit-elle pas être soulignée ? Il est des réserves faces à la technologie’ qui nous sont si nécessaires aujourd’hui. Les études de F Jarrige, ici sur les effets appauvrissant suscités par l’implantation à marche forcée des ‘métiers circulaires et autres machines à tisser les bas’ chez les bonnetiers de l’Aube au milieu du XIX ° S, illustrent l’argument. Il « montre de manière convaincante qu’à rebours d’une histoire mythologique du progrès industriel, ces émeutes ont permis l’affirmation d’une culture du travail et exprimé un idéal d’autonomie menacé par l’essor du machinisme.1 »

            On est tenté pourtant en poursuivant la lecture de ces quatorze articles (dont sept monographies), plus juxtaposés qu’associés, de s’interroger à nouveau sur la légitimité des usages multiples du mot « Technologie » dans ces propos d’historiens : Ce mot, jeune encore (à peine plus de deux siècle : 1777-1829) n’est-il pas un des maux les plus pervers enfermés dans la Jarre que Pandore ouvrit si imprudemment ?

S’agit-il « d’une science ou d’une discipline scientifique ayant pour projet – plutôt que pour objet - l’étude des produits et les procédés de l'industrie humaine » ?

Ou désigne-t-il des objets produits par l’industrie humaine, des artefacts, auquel cas il conviendra de l’entendre au pluriel : les technologies désigneront alors substantivement des catégories d’artefacts tenus à l’usage pour relativement homogènes quant à leur mode de construction et souvent leur finalité affichée initialement. Ainsi les technologies des moteurs électriques, des machines éoliennes, des machines computantes, des compositions musicales, etc.

Ambigüité soigneusement entretenue par toutes les partie prenantes, y compris ici par les historiens : l’article de P Lamard intitulé « Regard sur un long divorce à la française : Science et Technologie » le souligne peut-être à l’insu de l’auteur : la science des artefacts techniques pourrait elle divorcer de la science des objets naturels ? Laquelle des deux cesserait-elle d’être une science après ce divorce, alors qu’elles se veulent l’une et l’autre passionnément engagées dans la fascinante aventure de la connaissance humaine ?

Certes la technologie fut (et demeure souvent) perçue, à l’instar de  la statistique, comme une science ancillaire. (La manifestation la plus récente de cette dégradation symbolique fit la création en 2002 par l’Académie des Sciences de Paris  d’une ‘Académie des - et non ‘de la’ - Technologie’, sur laquelle elle se décharge volontiers des questions dites industrielle et écologiques). Mais depuis un siècle au moins, tant de voix s’élèvent pour inviter les institutions académiques à sortir de l’arbitraire cadre fermé que leur imposait le ‘Tableau Synoptique des Sciences Positives’ d’Auguste Comte dans lesquelles elles s’étaient enfermées au XIX°S. ! L’historien peut-il rester indifférent à cette restauration culturelle contemporaine du Paradigme Scientifique dans sa plénitude, restauration que connaissent toutes les sociétés humaines depuis plus d’un demi-siècle au moins ? Dés lors qu’il  s’attache aussi à la légitimation épistémique de l’activité scientifique qu’encouragent les sociétés contemporaines, l’historien ne peut se restreindre à un regard de sociologue étudiant la réémergence de la technophobie ? Ici, il s’y autorise in extrémis par la conclusion de l’article de C Harpet intitulé « Trois sources de la technophobie moderne » (p. 275) : « … Ce n’est plus la technologie qui peut-être incriminée, mais bien une rationalité de courte vue et aux multiples angles morts. Cette tradition rationaliste s’est émancipée au point de confondre la méthode avec les finalités. …. Les technologies ont été engoncées dans le pré carré d’une rationalité utilitariste, mais somme toute irréaliste voire utopique » Le passage du singulier initial (La Technologie) au pluriel final (Les technologies) n’est –il pas révélateur de l’effet pervers de la confusion entre une Science (exaltante et civique) et des collections d’objets accompagnés de leur mode de fabrication et d’emploi (présumés utilitaires et certainement uniformisant). Mais il faut savoir gré à l’historien d’avoir enfin osé poser la question épistémologique décisive, même si il le fait trop prudemment : Allons nous plus  longtemps accepter ce ‘funeste présent de la science positive’  qui est de confondre la méthode avec les finalités.

Ce qui est explicite ici pour ‘La technologie, science des techniques’, l’est tout autant pour toutes sciences, de la cosmologie à la psychologie par l’histoire On comprend que l’historien ici hésite à s’avancer plus courageusement : il est lui aussi évalué par ses pairs. Il se dit que la menace d’une croissance de la technophobie dans nos sociétés fera peut-être plus vite évoluer la culture des institutions scientifiques que le diagnostic de la légèreté de leur culture épistémique.

Aussi nous faut-il revenir à l’article de P Lamard  sur ‘le long divorce de la science et de la technologie’ : son titre et sa conclusion laissent entendre que … le divorce a déjà duré trop longtemps, mais que réconciliation des deux parties n’est pas acquise   (p.103) « Les facultés des sciences, héritières d’une longue tradition positiviste, restent pour beaucoup encore hermétiques à intégrer dans leur développement une réflexion critiquai quant à l’interaction de leur travaux avec la société » . Posé dans ses termes, la technologie peut-elle prétendre être une science digne des facultés de sciences (pourquoi celles là seulement ?) : si elle n’est entendue que dans « l’interaction des sciences (dures ?) avec la société », peut-elle prétendre être une discipline scientifique ?

Une science de la technologie respectable et citoyenne ne devrait-elle pas afficher son projeta fédérateur et mettre en place les dispositifs de « sa critique épistémique interne » ? Peut-il suffire de répondre qu’elle l‘est ‘au sens matriciel donné par Beckmann en 1777 au mot technologie, ou au sens d’une ‘science industrielle bien malaisée à identifier, surtout si l’on souhaite l’enrichir de ses pratiques ‘incarnées’ dans des tissus humains, sociaux et organisationnels

C’est cette inattention apparente à l’exercice de la critique épistémologique interne de la technologie, science des techniques, qui doit ici retenir l’attention du lecteur s’intéressant à l’histoire des techniques et de leur institutionnalisation sous les labels successifs des et de la technologie(s). Certes le Directeur de l’ouvrage, R Belot nous précise d’emblée (p.11) « La prise en compte des enjeux méta technique de la technique  constitue un des champs épistémologiques en émergence.  … La découverte de l’historicité de la technique et de la légitimité de la technique comme objet d’histoire est en marche ». Mais  cette ‘marche’ ne semble guère illustrée en terme épistémologique dans l’ensemble de l’ouvrage (hormis quelques piques prudentes à l’encontre du positivisme), si elle l’est de façon sociologique : « L’interaction entre la technique et l’homme » reste un objet d’étude sociologique classique, en particulier en France, note R Belot. Ne devrait-il pas pourtant relever au premier chef de la Technologie - science des techniques, discipline au moins aussi transdisciplinaire que l’Écologie ?

L’argument de ‘la récente émergence de la prise en compte des enjeux méta technique de la technique’  n’est-il pas trop prudent ? Dés 1984  paraissait en France les Cahiers STS du CNRS (Science – Technologie - Société), et son numéro 2 s’intitulait « De la technique a la technologie », explorant le champ épistémologique de la technologie (et de « l’éphémère technonomie » ajoute P Lamard, p. 79, note 35, mentionnant cette référence à la lecture du numéro deux de ces Cahiers STS du CNRS qu’il avait donc consulté[2]), champ épistémologique qui était déjà en émergence … il y a 25 ans. : Parmi les autres explorations francophones de ce champ épistémologique de la technologie qui ont suivi, ne peut-on citer celles du Colloque international de Lyon, 1992, sur « la maitrise sociale de la technologie » qui abordait explicitement cet argument « Sur l’épistémologie de la technologie, sciences des techniques, science de l’ingénierie »

Le domaine n’est heureusement pas si vierge que l’historien ici semble le croire : il était déjà riche d’une longue histoire que l’historien pourrait faire remonter au XV° siècle avec le développement des sciences du génie3 (rural ou naval, civil ou militaire, etc. ) et qui se redéploye aujourd’hui, grâce en particulier aux travaux de HA Simon (et en particulier à ses célèbres Conférences de 1968 au MIT4, sous le label des sciences d’ingénierie, riches, elles, d’un solide socle épistémologique déjà sérieusement argumenté. Il n’était plus nécessaire de se résigner à l’humiliante réduction du statut épistémologique de la Technologie à celui des ‘sciences physiques pour l’ingénieur’ (SPI) que lui concéda en 1975 le CNRS français pendant plus de quinze ans (avant de concéder l’abandon de la réduction de l’ingénierie à la seule physique, sous le même label ‘SPI’ devenu ‘sciences pour l’ingénieur’ : Voulait-on suggérer qu’il existait des ‘sciences contre l’ingénieur’ sans doute plus nobles ?).

Mon insistance sur la nécessaire revalorisation contemporaine du statut épistémologique de la technologie (devenant, je crois, de plus en plus science d’ingénierie, science de conception) explique la petite déception que je ressens en achevant cette vivante et vivifiante ‘histoire de la technologie (et de l’anthropo - technologie) en marche’. Ce n’est pas en gémissant sur les effets pervers d’un corporatisme académique s’auto justifiant en référence aux épistémologies positivistes, que les sciences et les arts de conception d’artefacts témoigneront de leur aptitude à s’exercer dignement à leur critique épistémique interne et par là sens  de leur responsabilité civique et culturelle. Hermès indispensable conjoint de Prométhée

Peut-être alors nous faut-il en appeler non seulement au mythe de Prométhée et de ses doubles, mais aussi à celui d’Hermès ?  Puis je conclure en citant la fin du récit de Protagoras présentant à Socrate le mythe de Prométhée ? R Bellot ouvre sa présentation par la première partie de ce récit nous rappelant le rôle de Prométhée apportant aux humains le génie créateur des arts, le feu : voilà comment l'homme acquit l'intelligence qui s'applique aux besoins de la vie. La suite de l’histoire appartient aussi à l’histoire de la technologie devenant une anthropo-technologie :

Chargé par Zeus de distribuer équitablement les qualités et les aptitudes entre  les différentes espèces vivantes, Epiméthée oublia les humains ; Prométhée, cherchant un moyen pour réparer cette erreur qui allait fâcher Zeus, déroba à Héphaïstos et à Athéna  "lé génie créateur des arts, le feu : voilà comment l'homme acquit l'intelligence qui s'applique aux besoins de la vie.’

 Mais l'art d'administrer les cités, il ne le posséda pas. Cet art en effet était chez Zeus, et Prométhée ne pouvait y pénétrer…" Aussi lorsque les hommes, ayant pu ainsi inventer les techniques, voulurent se grouper en formant des cités, ne possédant pas l'art de les administrer, ils commirent tant d'injustices les uns à l'égard des autres qu'ils allaient tous s'anéantir.

C'est alors que Zeus, craignant la disparition totale de notre espèce, envoya Hermès lui porter l'intelligence politique que l'intelligence des techniques ne pouvait lui donner. Hermès demanda à Zeus "de quelle manière il devrait donner aux hommes ce sentiment de l'honneur et celui du droit ", bases de l'art politique : sera-ce de la même façon qu'ont été distribué les disciplines techniques spécialisées, à un seul individu, spécialiste par exemple de la médecine, suffisant pour un grand nombre de citoyens étrangers à cette spécialité, et de même pour les autres professions ?

Non répondit Zeus, "distribue les indistinctement à tous …Il n'y aurait pas de cités si un petit nombre d'homme, comme c'est le cas avec les disciplines spécialisées, participaient seuls à ces sentiments". Voilà, conclut Protagoras "comment c'est avec raison que tes concitoyens accueillent, sur la chose publique, les avis d'un forgeron et d'un cordonnier, comment la morale publique est, à leur jugement, quelque chose dont on s'équipe et qui s'enseigne".

Remercions alors les historiens : plutôt que de nous faire rêver seulement aux doubles de Prométhée, ils nous font rêver au couple que peuvent former Prométhée et Hermès en ne dissociant plus l’intelligence politique et l’intelligence des techniques. Yves Barel, à qui j’emprunte cette conclusion, ajoutait qu’il fallait ce mariage pour que la Cité humaine puisse ‘inventer l’histoire’5…et rende ainsi possible puis nécessaire le rôle des historiens parmi nous. Cet ouvrage, hélas trop succinctement commenté ici, en témoigne à nouveau.


[1] J’emprunte la formule à une note de lecture rédigée par L Perez (in www.laviedesidees.fr ) de l’ouvrage de François Jarrige, Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection Carnot, 2009, 369pages)
[2] les titres des autres articles de ce numéro n’aurait-il pas du attirer au moins autant son attention : De quelques célébrations grecques de la technè (Annick Charles),  Les liens du sens dans l’histoire de la technologie (Jacques Guillerme),  La signification des concepts de technique et technologie dans la langue allemande (Günther Ropohl),, Sur le processus d’autonomisation des sciences du génie (Jean-Louis Le Moigne et Hélène Vérin),  De la technologie à la technonomie : Gérard-Joseph Christian (Jan Sebestik),  Machines, ruses, passions : genèse de la société civile chez Hegel (Remo Bodei) ?
[3] Depuis Léonard de Vinci, le Disegno et l’Ingegno ne sont ils pas ‘les deux mamelles de la technologie’, même si les académies veulent les dissimuler aux étudiants sous les oripeaux glacés de la découpe et de l’analyse linéaire. (A Comte ne leur assurait-il pas que « dans les sciences, il est clair que l’imagination ne doit jouer qu’un rôle absolument subalterne » ?)
[4] HA Simon : « Les sciences de l’artificiel » (1969-1996, traduction française de la dernier édition complétée : 2004), Ed. Gallimard, coll. Folio Essais : « Une sciences de l’artificiel sera étroitement, apparenté à une science d’ingénierie, mais très différente de ce que l’on entend couramment sous le nom d’ingénierie scientifique.»(p.31)
[5] Yves Barel : « La quête du sens. Comment l’esprit vient à la cité », ed. du Seuil, 1987, voir ici p. 138 et 200