Metaphor and cognition. An interactionist approach

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

Il est des métaphores -et surtout des recherches de métaphores- qui s'avèrent créatrices de sens : au minimum : "on comprend mieux"; et plus souvent "ça donne desidées". L'expérience cognitive est familière et chacun raconte volontiers le souvenir de telles expériences. Expérience familière mais manifestement fort complexe : pourquoi et comment le "pied de grue" (origine du mot "pedigree") nous fait-il penser à un arbre généalogique ? Les exemples sont légions mais leur théorisation est encore bien embryonnaire. On comprend que depuis l'origine, l'intelligence artificielle, ait cherché à explorer ces processus qu'on appelle "inductifs" : recherche discrète, puisque l'induction a une réputation scientifique très inférieure à la déduction, mais recherche tenace... Et on comprend aussi que les nouvelles sciences de la complexité soient volontiers attentives à ces investigations complexes et pourtant intelligibles. En se proposant de théoriser la métaphore (entendue non plus dans sa substance, mais dans les complexes interactions cognitives par lesquelles elle se manifeste), B. Indurkhya (BostonUniversity) reprend cette investigation "intelligente" en s'efforçant d'étendre une discussion, des domaines classiques où elle s'enseigne depuis l'invention de la rhétorique (mais hélas, il semble inattentif à cette longue histoire), vers les domaines apparemment plus nouveaux de la "créativité imprévisible et pourtant intelligible" dans lesquels on rencontre aussi de stimulantes métaphores. Tentative de théorisation bien documentée encore que trop ostensiblement partielle (peut-on ignorer A. Newell et H.A. Simon lorsqu'on décrit la cognition par la transformation des représentations symboliques ?), qui le conduit à une interprétation originale de l'intelligence-cognition selon le paradigme constructiviste piagétien de l'intelligence par la dialectique "Accommodation-Projection" (Il propose de traduire ici par "projection", l"'assimilation" piagétienne, avec quelques arguments recevables me semble-t-il). Ce qui le conduit à développer une théorie de la métaphorisation par la dualité "context driven - concept driven", en privilégiant bien sûr le rôle de "la projection" (la production de "schèmes" disait J. Piaget, de "réseaux de concepts" chez B. Indurkhya) dans l'exercice de la métaphore créative. Théorie qu'il va commenter en une théorie de l'induction qu'il proposera de mettre en oeuvre par le jeu de programmes computables (dans l'inspiration de D. Hofstadter).

On ne peut ici présenter une discussion critique de cette tentative, au demeurant inachevée (ah que le concept de "cohérence" est délicat à cerner de façon constructive!), tentative qui passe par un jeu de définitions et de classification qui semble compromettre la généralisation du propos. L'important est sans doute ici de prêter attention et de tenter de faire son miel de ces explorations encore tâtonnantes, qui contribuent à notre "intelligence de notre intelligence"... et donc à notre capacité à appréhender pragmatiquement des phénomènes irréductibles à des modèles finis et fermés. Peut-être faut-il souligner le regain d'intérêt qui se manifeste pour le paradigme constructiviste piagétien de l'équilibration chez les chercheurs nord-américains en I.A.et en Sciences de la Cognition (on avait déjà il y a peu relevé la thèse de G. Drescher, par exemple : cf. Ia Lettre MCX n- 18, oct. 1993) : 1'attention aux textes "fondateurs" de J. Piaget de 1936-1937 semble aujourd'hui plus intense aux USA qu'en Europe; il est vrai que cette attention semble un peu trop simplificatrice, mais ne gâchons pa snotre plaisir par un excès de purisme : l'idée même que la pensce métaphorisante créatrice soit une pensée intelligible et donc programmable, mérite d'être considérée, n'est-il pas vrai ?

J.L. Le Moigne