Méta-Physique de l'Autodétermination. Arbre Quid et Science de l'Intelligence

Note de lecture par VALLÉE Robert

Ndlr : Avec l'accord de l'auteur et de l'éditeur que nous remercions, nous reprenons ici le texte de la préface que Robert Vallée a rédigée pour cet ouvragc de J. Lorigny.

Ce nouvel ouvrage de Jacques Lorigny se situe entre "Les systèmes autonomes", paru en 1992, et le "traité de l'âme" en préparation. Il représente une démarche décisivemenant des sciences de l'esprit au coeur de la philosophie en passant par cette "métaphysique de l'autodétermination" objet du présent livre qui nous conduit de la technique de l'arbre Quid à l'épistémologie, cheminement qui ne doit pas surprendre de la partd un ingénieur-cogniticien.

Après avoir rappelé ce qu'est la théorie des systèmes autonomes, inspirée par l'oeuvre de Pierre Vendryès et influencée par l'épistémologie génétique de Jean Piaget, Jacques Lorigny présente la mathématique du questionnement, incarnée en particulier par la méthode de l'arbre Quid dont il est l'auteur. Cette méthode a pour but de classer un individu dans une nomenclature existante, en se fondant sur les réponses à une suite de questions emboîtées et en s'aidant d'une base d'exemples qui s'enrichit continuellement. Un critère d'économie établi sur des considérations probabilistes de nature informationnelle, au sens de Claude Shannon, permet de retenir un processus optimation, en pratique, presque optimal ("satisfaisant" dirait Herbert Simon). Cette méthode archétypale, arborescente, entre dans le cadre des réseaux cognitiques donnant une représentation par graphes, du comportement d'un sujet autonome qui s'interroge, décide et ainsi s'autodétermine.

Mais il existe une autre représentation du sujet, introduite dans "Les systèmes autonomes". Elle est, en quelque sorte, isomorphe de la précédente. C'est une représentation dynamique, matricielle, probabiliste, décrivant le comportement décisionnel du sujet en face des conditions d'existence telles qu'il les perçoit et des actions possibles, compte tenu des réactions de l'environnement. Cette représentation synthétique, apparentée à celle, non probabiliste, impliquant observation-décision suivie d'action, placée au centre de ce que nous appelons "épistémo-praxéologie", contient, au niveau du comportement décisionnel, toute la richesse arborescente du questionnement. Elle incorpore, dans son ordre généralisé, de nature stochastique, ce que nous avons introduit sous le nom de "transfert inverse", issu de la non-réversibilité (dite aussi dégénérescence) des opérateurs d'observation et de décision, qui projette subjectivement, sur le monde, des structures internes au système, effet inattendu de "l'horreur de la nature pour l'inversibilité".

Le sujet, système autonome, apparaît alors comme une interface active entre l'espace physique (corps physique du système inclus) et un espace psychique. D'un côté régne le déterminisme, de l'autre l'autodétermination, ) res extensa et res cogitans de Descartes ou double causalité de Kant, tandis qu'à l'interface se manifeste la "relation aléatoire", deP ierre Vendryès, qui permet au sujet de s'assimiler l'environnement ou de s'y adapter.

L'auteur nous rappelle les niveaux successifs que connaissent les systémes en voie d'autonomisation : niveaux d'autonomie métabolique, motrice, mentale, repérés par Vendryès, auxquels il ajoute celui de l"'autonomie sociale-planétaire", accomplissement du processus universel d'autonomisation de l'homme. C'est ce processus, à quatre niveaux, que Jacques Lorigny appelle "système autonome fondamental", en référence au Dasein fondamental de Heidegger. Ce système, qui conduit au concept de "système autonome général" et à ses axiomes, fonde les autres systèmes autonomes : naturels (espèces vivantes) ou culturels (techniques, sociaux), instruments de la maîtrise humaine du social-planétaire avec sa diversité unie, reflet de cette diversité nécessaire proposée par Ross Ashby. Le niveau de l'homme social-planétaire, quatrième étape de l'histoire, se subdivise, nous dit l'auteur, en stades successifs d'une "théorie de l'homme" : stades de l'homme de la parole articulée, du récit conté, des signes écrits, des monnaies (avec ses contradictions), enfin du télévisuel. Ce dernier stade vient de naître sous nos yeux, il se concrétise, entre autres, par un réseau gigantesque, sorte d'être couvrant la planète entière que nous avions énoncé dès les débuts de la cybernétique. C'est, nous dit Lorigny, une immense et fantastique pellicule du "savoir vivre ensemble". Ce savoir-vivre auquel l'auteur nous convie, nous invite à un dépassement, à une révolution éthique à poursuivre. Cet ouvrage, aux résonances profondes, nous appelle à un accomplissement toujours plus poussé de l'humain en perpétuel devenir qui est en nous.

Robert Vallée