Manières de penser, manières d'agir en éducation et en formation

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

Se serait on arr? aux r?exions sur l'intelligence de la complexit?u'appelle le titre de cet ouvrage si la riche et originale introduction de B. Maggi ne nous y avait invit? Je ne le crois pas, dans la mesure o? plupart des autres contributions qu'il rassemble rel?nt plus d'un classique dossier sur quelques-uns des d?ts en cours dans le microcosme des sciences de l'?cation, que d'une contribution ?a remise en question ?st?logique des "conceptions alternatives" dont nous disposons aujourd'hui de la complexit?quot;des processus de formation et d'?cation".

Th? que pr?nte et qu'argumente de fa? stimulante  B. Maggi, le directeur de l'ouvrage, professeur de th?ie des organisations ?'Universit?e Bologne, dans cette longue introduction, dont la port??st?que d?sse largement le cadre disciplinaire sp?fique des sciences de l'?cation. (Ce texte fut d'ailleurs publi?n fran?s par H.Bartoli, dans la Revue "Economie et Soci?" 'S?e AB, n, 19, 11-12 en 1996. Et auparavant dans une publication en italien).

La th? de B. Maggi ne surprendra sans doute pas beaucoup les lecteurs de G.Lerbet ou d'Andr?e Peretti. Elle s'attache ?onter que toute conception d'un processus de formation et d'?cation, repose sur un paradigme (il r?se le mot, mais garde l'argument) ?st?logique Il propose de pr?nter les trois paradigmes de r?rence sur lesquels peuvent aujourd'hui se comprendre les actions de formation et d'?cation : Les deux premiers ?nt ceux qui nous sont peu ou prou familiers depuis un si?e pour le premier (la conception m?niciste ), depuis un demi si?e pour le second (la conception organiciste), l'un et l'autre reposant sur la convention positiviste que l?timent encore les institutions sociales.

Par contraste la pertinence d'une autre alternative ?st?logique ?rge ais?nt, qu'il va prudemment qualifier de "conception de l'acteur et du syst? construit" (pour ne pas dire "conception constructiviste" ou "du syst? s'organisant" ou "du syst? complexe" !). Les lecteurs familiers de l'ouvrage - manifeste de G. Lerbet , Les nouvelles sciences de l'?cation, au c�?ur de la complexit?i>" retrouverons ais?nt leurs rep?s ?st?ques, mais les autres, accoutum? aux discours des sciences de l'organisation plus qu'?eux des sciences de l'?cation, trouveront l?ne entr?fort ais??ette ouverture ?st?logique solide que pr?nte, et plaide discr?ment, B. Maggi. (Son propos permet en particulier de remettre enfin en question un des concepts les plus scl?sant des pratiques de la formation, que ch?ssent tant de consultants, celui de "l'analyse des besoins en formation").

Il souhaitait, ?artir de ce cadre paradigmatique susciter un d?t entre divers champ d'exp?ences, de fa? ?e nourrir des pratiques et critiques qu'il appelle. Mais je crains qu'il n'y soit pas effectivement parvenu. Les auteurs qu'il a sollicit?ne se sont gu? r?r?au cadre ?st?que qu'il ?blit et semblent avoir pr?nt?eurs travaux ou leur th? sans grand soucis de concertation mutuelle et sans chercher ??ttre. Si bien que le lecteur est tenu ?es interpr?tions h?tantes .

Le texte d'Y.Schwartz intitul?quot;Discipline ?st?que, discipline ergologique " introduit le concept d ' "Ergologie" et j'ai quelques difficult?ncore ?e relier au paradigme constructiviste de l'action organisante que propose B.Maggi. Il est assez malais? interpr?r dans ce contexte (je me suis demand?n instant si l'ergologie ?it ?'ergonomie ce que l'astrologie est ?'astronomie ? ) : "La discipline ergologique est donc non une discipline au sens d'un champ du savoir sp?fique, mais une norme que doit se proposer l'ambition intellectuelle d?lors qu'elle a affaire ?e type de processus : l'?ipement intellectuel ant?dent ?oute lecture d'un processus ergologique ne doit donc jamais ? l'inqui?de sur la l?timit? du corpus conceptuel par rapport aux renormalisation s et resingularisations g?r? dans les d?ts plus ou moins locaux de l'activit?/i>."(p.47). Il ne s'agit donc pas d'une ?st?logie de l'ergonomie (que les textes de F.Daniellou, 1996, nous pr?ntent aujourd'hui de fa? s?eusement argument? : voir en particulier «L'ergonomie en qu? de ses principes» Octar? ed. ). Mais si je puis identifier ce qu'elle n'est pas , je suis plus incertain quand il me faut dire ce qu'elle d?gne

Le texte de C.Wulf (qui publia avec E.Morin en 1997, un petit essai fort stimulant, "Plan?, l'Aventure inconnue" - et non "La plan? inconnue", titre que lui attribue l'?teur - (cf note de lecture dans Cahier des lectures MCX n° 18 mars 1998) m?te beaucoup d'attention, mais ne se r?re gu? directement au d?t ?st?logique annonc? : «Image et imagination».

On dira sans doute la m? chose des autres articles de ce recueil, sauf de celui consacr? l'?de de l'apprentissage par les techniques de simulation (de A.Gras et G.Dubey), intitul?quot;Les limites de la pens? formelle dans la formation". L'exp?ence de la formation des pilotes d'avions modernes ?'aide de puissants simulateurs m?te d'?e examin?dans ses pratiques et dans les perceptions qu'elle suscite, tant chez les form? que chez les formateurs. Je n'en retiens ici que la conclusion : "Traduction technique d'une conception unidimensionnelle de l'exp?ence humaine, elle (la simulation informatis? contribue paradoxalement par un effet de retour ?n r?ler l'efficace et peut ?e ?a r?aluer "(p.129). On voudrait associer cette proposition ?a l?timation ?st?logique, dans les termes qu'en propose B.Maggi, mais les auteurs n'explicitent pas assez les articulations entre les observations in situ qu'ils ont pu faire sur le terrain et leur paradigme d'appui. Ils nous rappellent pourtant la tr?suggestive m?phore du «potage au poulet» (p.106) : Les mod?s qu'on fait de ce potage sont produits ?'aide d'une passoire. Elle r?p? les morceaux de poulets , mais le bouillon sera perdu ! Que de mod?s enseign?pour guider la pens?et l'action sont faits ?'aide de cette passoire !

En revanche, ils reproduisent deux (p.116 dans le texte et p.119 en note) le m? long paragraphe sur les mod?s des relations entre pilotes et contr?rs ; peut ?e pour nous convaincre de l'importance des redondances dans les communications professionnelles ?

Les comparaisons internationales qui ach?nt le volume sont trop pointillistes pour que l'on puisse en inf?r des conclusions pour action. Chaque culture est trop diverse pour ?e r?ite ?n st?otype. La th?ie des "Mindscapes" de M.Maruyama aurait peut ?e sugg? une autre probl?tique de comparaison ?

"Chacun est personnellement concern?ar ses «choix» entre les conception , les th?ies, les pratiques "(p.32) : La conclusion de B.Maggi sera s?ent la notre. Mais elle appelle un effort civique d'explicitation loyale de ces choix qui les rendent intelligibles ? l'autre. Effort qui n'est pas ais?ncore, les autres textes de ce volume en t?ignent.

J.L.Le Moigne .