Lire Goodman. Les voies de la référence

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

Il est une riche tradition de la pensée philosophique qui ne sépare pas volontiers la Science, l'Art et la Philosophie ; une pensée qui se veut et se peut intelligence de la relation de l'Homme et du Monde, de l'homme et de la Société ; une "Pensée Complexe" dira Edgar Morin. au XXème siècle ; cette tradition s'est surtout développée en Amérique du Nord, par les recherches que l'on peut rassembler sous la bannière des philosophies pragmatistes : plus que des philosophies, ce sont souvent des logiques, des épistémologies, des esthétiques, et des sciences de la cognition et de la communication ; plus que des pragmatismes (de J. Dewey à R. Rorty), ce sont aussi des épistémologies nominalistes et des sémiologies, "des "constructionismes" plutôt que des constructivismes, dira Nelson Goodman, le plus remarquable représentant contemporain de ce nouveau "pragmabsme-nominalisme". Philosophe enseignant à Harvard (né en 1906), N. Goodman fut longtemps quasi ignoré dans la recherche scientifique et épistémologique française (et sans doute européenne). Quelques philosophes le redécouvrent et nous le présentent de façon aisément accessible, par ce "Lire Goodman" qui nous donne envie d'élargir encore nos champs de lectures, de C. Peirce à J. Dewey, puis à R. Rorty et à N. Goodman, lorsque nous voulons entendre et comprendre dans ses complexités nos multiples perceptions de notre relation au monde : la Modélisation de la Complexité est Symbolisation, et "symboliser, c'est manipuler de manière aussi ingénieuse et créatrice que le réclame la situation au monde qui sans cela serait vite condamné à la routine et à l'insignifiance" (J. Morizot, p. 28).