L'économie non conformiste en France au XXe siècle

Note de lecture par VALLÉE Robert

Ndlr : Nous reprenons ici, avec leur aimable autorisation, la note de lecture rédigée par R. Vallée pour la "Revue Internationale de Systémique" (vol. 9, n- 5, 1996).

Cet ouvrage de Jean Weiller et Bruno Carrier, publié en 1994 aux Presses Universitaires de France (222 pages, 149 F.), dans la collection "Economie en liberté" dirigée par Jacques Attali et Marc Guillaume, intéressera les lecteurs de la Revue Internationale de Systémique à un double titre. Il offre, d'une part, un tableau des voies non orthodoxes, hérétiques, aurait dit Giuseppe Palomba, explorées par l'économie francophone au cours de ce siècle et insiste, d'autre part, sur les apports méthodologiques de la systémique avec ses composàntes cybernétique et cognitiviste. Sur ce dernier point il complète l'intéressant travail de J.-P. Dupuy, Aux origines des sciences cognitives (Editions de la Découverte, 1994), lacunaire en ce qui concerne cybernétique et systémique francophones.

On trouvera d'abord deux chapitres qui, de Léon Walras à Albert Aftalion, BertrandNogaro et Jean Weiller, en passant par François Simiand et Etienne Antonelli, montrent comment l'économie non conformiste, relativisant l'importance de l'équilibre, s'oriente résolument vers la dynamique. C'est ensuite, au chapitre trois, le rôle hétérodoxe de François Perroux, président et fondateur de l'Institut de Sciences Economiques Appliquées (1943), qu'il transforme en Institut de Sciences Mathématiques et Economiques Appliquées (1973) en accord avec son premier directeur André Lichnerowicz, qui est mis en relief : systèmes et structures, effets d'asymétrie, unités actives... Sans qu'il soit possible de parler d'une école proprement perrucienne - on peut évoquer la "galaxie ISMEA". Le rôle du séminaire Economie Actuelle - Mathématiques Actuelles, fondé en 1977 par François Perroux et animé, conjointement, par l'auteur de ces lignes, est souligné. De même celui de la revue Economies et Sociétés dont la série Economie Mathématique et Econométrie accueillit des numéros spéciaux consacrés aux théories des systèmes, de l'information et des jeux. Les contributions de Maurice Allais publiées dans le cadre de l'ISMEA, à une époque où ses travaux étaient parfois dédaignés, celles de Henri Bartoli, Gérard de Bernis, René Passet et Jean Weiller sont aussi rappelées.

Le dernier chapitre, après le régulationisme, l"'anti-économique" ou le paradigme du don, signale les apports de la systémique englobant cybernétique et cognitivisme. Reçoivent une attention particulière les travaux de membres du Cercle d'Etudes Cybernétiques, fondé en 1949 sous l'égide de Norbert Wiener et de Louis de Broglie, et du Collège de Systémique de l'AFCET (1981), devenu Comité Technique Systémique et Cognition, avec la Revue Internationale de Systémique (1986).

Pour finir est proposé un projet fédérateur des courants rencontrés au cours des quatre chapitres, projet dont un début de réalisation est constitué par les recherches entreprises, depuis 1985, par 1'un des auteurs, sur l'"économie multidimensionnelle ".

Robert Vallée.