Pour l'art d'inventer en éducation

Note de lecture par LERBET-SÉRÉNI Frédérique

Christiane Peyron-Bonjan travaille dans le champ de la formation, avec des publics variés. Son livre retrace un des chemins possibles, "le sien", pour que, dans le dialogue éducatif et formatif, les deux partenaires du dialogue demeurent en mesure d'inventer pour se re-créer sans cesse.

Deux grands axes se trouvent ainsi déployés, pour se nouer autour d'une conception renouvelée du "qu'est-ce qu'apprendre ?" : d'une part, quelles visées l'éducateur-formateur poursuit-il dans l'usage qu'il propose de la parole ?, et, d'autre part, comment peut-on envisager, formaliser une autonomisation des acteurs du processus éducatif, le passage, justement, d'acteur à auteur ?

La réhabilitation du recours à une parole qui fasse toute sa place à la métaphore, à l'intuitif et à l'ambigu, armés d'une aptitude à décrypter le formalisme lui-même d'un parcours philosophique fléché par Christiane Peyron-Bonjan (Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Kant, Nietzsche, Bachelard). On comprend alors qu'il n'y a pas à choisir entre l'analytique et le compréhensif, entre une pensée qui catégorise et une pensée globale, entre séparer et relier, entre le concept et l'image.

La complexité de l'humain perpétuellement en devenir et inscrit dans son histoire et dans son monde (bio-anthropo-social pour Morin), trouve dès lors sa place comme co-émergence (Varela) de lui-même et du monde, dans la mesure où l'ingenio ne peut se concevoir qu'en demeurant ouvert à une multiréférentialité (Ardoino) "autorisée" par le"dia-logue" éducatif, et des procédures d'évaluation qui reconnaissent les processusd'auto-création (Bonniol).

Le chemin ainsi parcouru, des rhéteurs antiques à une "nouvelle rhétorique", nous montre comment l'impasse éducative, qu'on a voulu attribuer à "trop de paroles (du maître)" au détriment d'un "faire" (de l'élève), peut se penser aujourd'hui autour d'un nouveau dialogue et de nouvelles joutes verbales et réflexives, dans lesquelles se coconstruisent des heuristiques fécondes (Bruner) et par lesquelles émerge un sens à la fois propre et commun.

La mise en bouche de ce livre, que constitue la préface de Jean-Louis Le Moigne, rend hommage à la "merveilleuse puissance de l'esprit humain" qui ne se laisse jamais enfermer bien longtemps dans quelques tiroirs pré-définis et étanches : une apologie de la reliance, de la conjonction, du "com-plexus" sans lesquels il n'y aurait pas d'invention possible. Mais la problématique scientifique est plus complexe encore, nous rappelle-t-il, puisque c'est de l'enseignabilité de l'invention qu'il s'agit pour les formateurs. Un art possible si les paradoxes de la complexité veulent bien être reconnus et acceptés.

Frédérique Lerbet-Séréni