Au hasard. La chance, la science et le monde

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

Le talent du narrateur, la culture du mathématicien, l'originalité des métaphores, la finesse et la pertinence sensible des interprétations... autant de qualités qui font de cet essai attachant, une méditation stimulante sur l'ineffable complexité du monde tel que nous le concevons ; et non pas du monde tel qu'il est peut-être (pour reprendre la distinction de G. Lakoff dans "Linguistique et logique naturelle" qu'ignorent trop souvent les mathématiciens). Alea, Destin, Anticipation, Chaos, Risque, Statistique... les six méditations d'I. Ekeland devront être reprises chaque fois que nous simplifierons notre intelligence du monde en le masquant par ces concepts complexes que l'on tiendrait pour simple. Sans doute ne nous réfugirions nous pas toujours dans l'ultime "réponse" d'I. Ekeland "C'est la beauté qui sera notre guide"... si cette réponse se veut simplifiante, ou exclusive. Pourquoi ne pas préférer alors l'amour ou la générosité à la beauté ? Et peut-être serait-elle simplifiante sous sa plume, puisqu'il reconnait la beauté dans cet émerveillement que suscite chez l'homme de science "le principe de moindre action". Reconnaitre sa fécondité heuristique (qu'illustre tant de "découvertes") n'impose pas de ne connaitre que lui ! Le monde ne lui obeit peut-être pas, et nous pouvons concevoir un monde qui obeira aussi à quelques autres principes que celui de "la parcimonie universelle" : occasion d'enrichir notre intelligence du monde que de quêter aussi quelque "principe d'action intelligente". Entre le hasard et la nécessité, le projet ou la volition.