Etre d'ici et du monde. Le massif central, un espace pour entreprendre

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

Le titre, les belles photos de couverture… On hésite à ranger sur-le-champ ce livre dans le tiroir bourré des innombrables plaquettes et brochures que diffusent les offices du tourisme et chambres de commerce (dans le style "promotionnel" en usage dès que le papier est glacé…) ; on est, dès l’abord, heureusement arrêté par les paradoxes des intitulés "Accommoder les handicaps", "faire avec", "désir de vivre", "s’autoriser" (c’est-à-dire "devenir l’auteur du chemin qui vous relie à la communauté"), etc. On hésite puis on tourne les pages, on lit les récits de vie et d’entreprise, on relit les commentaires, et on s’aperçoit qu’on n’est pas du tout dans le registre "plaquette promotionnelle pour attirer d’hypothétiques investisseurs" dans une région déclarée déshéritée puisque à l’écart de la "banane du futur" que les Eurocrates ont dessinée en interprétant doctement les statistiques de PIB régionales. Mais où sommes-nous alors ? Il me semble que nous tenons en main une de ces nouvelles études de cas illustrant un exercice de modélisation d’un phénomène perçu complexe. Complexité intelligible certes, qui associe les considérations usuelles de l’économie (mondialisation, marchés, structures de coûts, etc.) aux multiples considérations familières à "l’être d’ici et du monde", l’être qui "écrit lui-même son histoire, sans arrêt réinvente sa position, son identité, son image, ses valeurs", dans un environnement fait "d’ici et du monde"… un ici qui est… ici… le Massif Central à la fin du XXe siècle ! Anthropologie, ethnologie, écologie, linguistique, climatologie, histoire, agronomie, ingénierie, gestion,… tous nos "regards" s’enchevêtrent aisément pour comprendre ces récits de vie, qui sont bien sûr plus volontiers des réussites que des "chansons qui vous font croire que vous êtes né pour perdre". En cheminant dans ces dix chapitres, tous judicieusement mis en page (récits, commentaires, photos, repères... hyper-médiatés, faudra-t-il dire bientôt ?) le lecteur se suggère à lui-même quelques comparaisons comme de nouveaux questionnements.

Laurent Marty, l’auteur de ce livre, est un des animateurs du Programme MCX (Atelier MCX 15) qui nous invite à "ré-inventer" une politique de ruralisation plus intelligente et plus heureuse que ne le furent souvent nos politiques d’urbanisation au fil de ce siècle : la complexité de la nouvelle ruralité peut s’entendre, il en donne ici le témoignage convaincant :

 

"Faire avec, agir en relation avec les autres…, n’est-ce pas, aussi… entre-prendre ?" Cette conclusion ne peut-elle enrichir nos entreprises de modélisation de la complexité ?

JLM