Economie de la justice sociale - Repères éthiques du capitalisme

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

L'économique n'est-elle pas au coeur de la modernité ?... Et la modernité ne doit-elle pas faire de la justice sociale sa permanente ambition ? Ne faut-il pas alors s'interroger sur l'économie de la justice sociale ? Question complexe, par excellence ! En explorant les réponses que les sciences sociales (on disait autrefois "les sciences morales et politiques") proposent à ces questions, C. Gamel dresse un remarquable état des lieuz, à la fois succinct et richement documenté : utilitarismes ou procéduralismes ? Thèses d'Hayek (ordre spontané), de Nozick (autonomie des choix) et de Rawls (théorie de la justice sociale) - "Ainsi la question, à bien des égards blasphématoire, émerge-t-elle peu à peu" - conclut-il. "A la place de Dieu, à la place de l'Etat, l'individu a-t-il désormais la lucidité suffisante pour assumer cette tâche d'ordre sacré... Lucidité, c'est-à-dire la conscience qu'il a de son rôle et de ses propres limites".

Les sciences sociales ne peuvent-elles aujourd'hui aller au-delà de cette interrogation ? Les "comments" de la lucidité, les "comments" de "la raison dans les affaires humaines" (H.A. Simon, 1983) peuvent ne pas être des questions sans réponse : le projet du "Programme Modélisation de la Complexité" est je crois de les affronter sans résignation. En s'enrichissant de tant de contributions qu'il veut conjoindre, tordre, enchevêtrer même ! La lecture parallèle de l'ouvrage de M. David, "Fondements du social" Anthropos-Economica, 1993, publié peu après celui de C. Gamel, par exemple, participera de cette entreprise complexe et inachevable : construire l'intelligence de la démocratie quotidienne.