Changements dans le monde de l'éducation. Hommage à André de Peretti

Note de lecture par LE MOIGNE Jean-Louis

"Le cheminement d'André de Peretti au service de l'homme et de la démocratie est un bel exemple du parcours tendu vers des idées qui lui sont fondamentales : créer, inventer et donner des points d'appui multiples à l'individu, pour sa vie personnelle, professionnelle et sociale".

La quinzaine de témoignages (ou de méditations sur une riche expérience de coopération personnelle), que rassemble ce livre révèle fort bien la "variété" et l'attention à l'autre ("l'empathie") de cet exceptionnel "catalyseur" cheminant qu'est André de Peretti. A la fois ingénieur polytechnicien et poète, psycho-sociologue et chercheur en sciences de l'éducation, administrateur et animateur, spécialiste de Carl Rogers et auteur d'un célèbre "Rapport au Ministre de l'Education Nationale sur la formation des personnels de l 'Education Nationale" (1982), rapport qui n'est pas encore enterré, et s'il y a encore quelques changements, peut-êtré est-ce grâce à lui ?), André de Peretti nous invite en permanence à méditer avec chaleur et intelligence sur la complexité et l'infinie diversité des formes du changement de nos rapports avec le monde, avec les autres, avec nous-mêmes : "Changer les choses en respectant les gens". Diversité telle qu'il faut renoncer à commenter ici les réflexions polyphoniques que l'on a plaisir à lire alors que les appels un peu simplistes aux "nécessaires changements dans le monde de l'éducation" occupent tant de discours contemporains : une bouffée d'air frais, je veux dire "non réducteur, non causaliste, non yaka" ! Les témoignages des quelques grands réformateurs (auteurs de rapports proposant réforme) tels que L. Legrand, A. Prost, J. Ardoino... intéressera en outre les lecteurs qui s'efforcent de prêter attention à la dialectique infernale "du système et de l'acteur" : "L'innovation imposée de haut en bas ne marche pas ; mais l'innovation distillée de bas en haut ne marche pas non plus... puisqu'il lui faut le soutien du haut, de l'institution"(p. 243).

La conclusion que G. Lerbet propose à la fois à son étude ("Pluralité et harmonie en éducation") et à ce livre, mérite peut-être d'être reprise ici pour nous inciter à poursuivre cette construction pragmatique des interactions du système et de l'acteur :

"Dans le monde actuel, polymorphe et "brayant", où les traces des grands courants idéologiques et les grandes religions produisent ouvent plus d'interférences que de synergie au point de risquer davantage d'exclure que de rassembler, je ne vois guère d'autres quasi universaux à la disposition de l'humanité que ceux hérités des Lumières à travers, par exemple, la valeur accordée à la citoyenneté. Mais je ne fais pas ce celle-ci, ni un objet de culte, ni un substitut mythique à quelque démarche religieuse avortée. J'y vois seulement le moyen, délibérément adéquat, d'assumer une socialité concrète indispensable à notre espèce" (p. 313).

J.-L. Le Moigne