Les documents du R.I.C.

Cette rubrique rassemble des textes et des études rédigées par les membres du Conseil Scientifique du Réseau Intelligence de la Complexité (MCX-APC), documents dont la portée est dans l'ensemble générale et épistémique : Il s'agit d'aviver notre Intelligence Collective de la Complexité en " restituant aux phénomènes toutes leurs solidarités ", en contribuant à la permanente régénération de nos cultures civilisantes.

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Un document du programme européen M.C.X./A.P.C.

 



Un jour que j'animais une formation dans une salle aux immenses baies vitrées, un homme s'est approché à l'extérieur, a assemblé les morceaux d'un grand balai à nettoyer les vitres et a commencé à dégager celles-ci de la poussière qui les recouvrait.

J'ai proposé à mes stagiaires de nommer le travail de cet homme, ce qui ne posa problème à personne.

Puis j'ai demandé que l'on me dise quel était son emploi, une demi-douzaine de réponses me furent proposées : depuis le silence jusqu'aux hypothèses les plus audacieuses, en passant par " salarié d'une entreprise de nettoyage", "artisan à son compte", "CES de l'association gestionnaire des lieux", etc ...

On pouvait dire le travail de cet homme, on ne pouvait pas dire son emploi. Ce fut une découverte pour la plupart des participants ... Non seulement les deux mots étaient devenus différents, mais l'un ne nous renseignait pas sur l'autre !

 

Travail, emploi, deux termes douloureux au coeur de l'actualité depuis plus de vingt ans, deux mots souvent tenus pour équivalents ou presque, source de nombreuses confusions, mais qui cachent dans leur imbrication des différences redoutables et des complémentarités vitales.

N'est-il pas aujourd'hui nécessaire d'y regarder de plus près et de questionner ces deux notions, si nous souhaitons mieux affronter nos problèmes actuels, et pouvoir agir avec un minimum de pertinence ?

 

 

1. LE TRAVAIL

1.1 / des rencontres avec le mot "travail"

Chacun peut rencontrer le mot dans des contextes très variés :

- le travail manuel,

- travailler la pâte, et travailler la question

- le travail à la chaîne

- un travail d'intérêt général,

- un travail de forçat, une condamnation aux travaux forcés

- un travail de Romain, un travail de Titan, un travail de feignant

- la force de travail chez Marx

- les travaux d'un chercheur, les travaux publics

- le travail social

- faire du travail politique

- travailler du chapeau

- travailler au corps

- ça me travaille l'esprit

- le travail d'une force en mouvement, pour la physique

- un bois qui travaille ...

- une femme en travail pendant l'accouchement

- le travail dans l'analyse avec un psychanalyste, le travail de deuil chez Freud

- les textes de Proust sont très travaillés

- c'est tout un travail que de chercher du travail

- la question du travail me travaillait et je l'ai travaillé ...

 

1.2 / les origines du terme "travail"

Les Grecs nous ont légué "ergon", l'acte, l'action ; de là sont issus les termes d'én-ergie, d'ergonomie au début du siècle, d'ergologie (ou ergonomie fondamentale) puis plus tard d'ergothérapie (ou traitement par l'action, c'est à dire par un travail adapté). Un mot voisin "organon" a la même racine indo-européenne ("werg" = agir) et désignait l'instrument de travail ; il a engendré organe et orgue.

Chez les Romains, les mots latins "opera" et "operari" étaient les plus courants et apportaient un sens différent du sens actuel très négatif du mot "travail".

"Operari" voulait dire travailler de ses mains, "opera" désignait le travail en tant qu'activité et "opus" le résultat de cette activité ; cela nous a donné beaucoup de mots courants :

- d'une part, oeuvrer, oeuvre, main d'oeuvre, manoeuvre, ouvrage, ouvrier (oeuvrier),

- et d'autre part, opérer, opérateur, opération et coopérer, coopération,

- enfin opus pour répertorier les oeuvres musicales, et opuscule.

La belle ouvrage et le chef d'oeuvre des compagnons ou de l'artiste sont le fruit d'un travail, mais dont la pénibilité est ignorée au profit de la qualité du résultat. Le travail entraine une création de quelque chose de nouveau, qui n'existait pas auparavant. Tout travail est une génération ou une regénération.

Il existait aussi chez les Romains le mot "labor", pour désigner un travail particulièrement dur physiquement et qui a engendré :

- à la fois labour, laboureur

- laborieux et labeur (travail pénible), qui désigne aussi les métiers de l'imprimerie

- puis collaborer, collaborateur.

Il renvoie à la pénibilité possible du travail, à la grande dépense d'énergie nécessaire pour certains travaux.

Les Grecs avaient également le mot "poïné" pour désigner la peine, la compensation versée pour une faute, le chatiment ; ce mot peine désignera par la suite également l'effort physique intense, qui fait souffrir.

Le mot travail vient du latin populaire "trepalium", instrument de torture formé de trois parties, lui-même issu de "tripalis" (trois poteaux) appareil constitué de trois poteaux servant au maréchal-ferrant à immobiliser un animal pour le ferrer.

La connotation initiale du terme était très négative et en étroite relation avec la malédiction biblique, la condamnation d'Adam et Eve à gagner leur pain à la sueur de leur front. Dans les premières sociétés historiques, le travail est réservé aux classes inférieures, comme l'activité la moins noble ... et l'une des plus fatigantes.

"Ce qui libère du travail, nous dit Hegel, action négative exercée sur le donné par l'esclave qui transforme la nature, c'est la technique, la techné, l'habileté ..."

Les grecs utilisaient d'ailleurs le terme spécifique de "banausia" pour désigner le travail servile réservé aux esclaves.

Le terme de travail n'a dominé que vers la fin du 19ème siècle ... Il est associé à la conscience de la subordination très dure du travailleur vis à vis ... de son employeur et plus uniquement de la nécessité du labeur pour la subsistance. Il parle moins de la nature du travail que des conditions émergentes et négatives du travail à cette époque.

Aujourd'hui qu'une partie croissante de la subsistance ne vient plus directement du travail (dans un emploi) mais également de la redistribution ... ou du patrimoine, une approche non réductrice du concept de travail nous conduit à articuler ces 3 dimensions de l'ouvrage accompli, de l'effort et de la contrainte sans en privilégier ni en écarter une à priori.

 

1.3 / pour une définition opérationnelle du travail

Nous proposons d'appeler travail, tout processus volontaire d'action sur la matière, l'information, les êtres vivants.

Scier, cuisiner, écrire, calculer, semer, enseigner, soigner, gouverner sont autant d'exemples de travail, mais aussi apprendre, faire la course, faire des mots croisés ou faire une randonnée photo ! Le travail est une activité physique et psychique à la fois, et la mise en oeuvre d'une énergie : c'est une dépense énergétique pour son auteur.

Volontaire est à entendre au sens large de intentionnel ou simplement de accepté par le travailleur et non pas de nécessairement motivant. Il y a intégration dans les comportements d'une contrainte externe, transformée en obligation acceptée, pour prendre les termes d'Alain Supiot. L'esclave travaille, l'OS travaille, l'artisan travaille mais parfois chacun refuse de travailler : une situation de crise apparait ...

Les caractéristiques fondamentales d'un travail, que l'on appellera les attributs premiers du concept de travail (au sens de Britt Mari-Barth dans "L'apprentissage de l'abstraction"), sont alors au nombre de six :

- un résultat visé,

- un milieu à "travailler", à traiter : le bois, la pâte, l'étre humain, l'information, etc ...

- la ou les tâches à accomplir,

- l'organisation de ces tâches, c'est à dire les liens qu'elles ont entre elles (par exemple leur ordre d'exécution) et avec leur contexte

- un être humain, auteur et acteur du processus, porteur de deux types d'éléments :

- des compétences nécessaires pour réaliser ces tâches,

- une raison d'agir et ses deux sources souvent entremêlées :

- personnelles (le besoin mais aussi le goût pour la tâche, le moral, ...)

- environnementales (rémunération, conditions matérielles, reconnaissance)

- un résultat produit, c'est à dire un produit matériel ou immatériel, effet de ce travail.

Cette production engendrée par le travail prend la forme d'un produit (au sens le plus large) externe à son auteur ou d'un acquis réutilisable (par lui ou par d'autres). Il y a donc capitalisation possible des fruits du travail même si celle-ci peut prendre la forme très particulière d'une bonification de soi, d'un développement de soi ou des autres, sur les plans cognitif, affectif, psychomoteur, social ...

Je ne parle pas ici - pour l'instant - des effets seconds et très différents que le travail peut avoir sur la personne selon qu'il s'agit d'un travail volontaire ou au contraire très contraint et très destructeur, mais des résultats recherchés et que le processus de travail a permis d'obtenir. L'enseignement, la formation des autres, et l'apprentissage ou formation -transformation de soi relèvent de notre définition du travail.

Le travail se situe donc dans la dimension du faire, de "l'agir sur le milieu bio-anthropo-physique, et nous sommes transformés par ce que nous transformons" (E. Morin La Méthode tome 1). C'est en quoi le travail nous fait autant que nous le faisons - pour le meilleur et pour le pire - dans une interaction systémique qui dure presque tout au long de la vie. Le travail est une activité finalisée et finalisante. Et le "milieu" travaillé constitue une des caractéristiques déterminantes de la nature du travail, il est source d'une partie des compétences que le travail produit chez l'homme, y compris de savoirs insus que le corps accomplit et que le langage a parfois du mal à traduire.

Marx disait aux socialistes allemands qui voyaient dans le travail la source de toute richesse : "il n'en est que le père, la nature en est la mère".

1.4 / la machine, l'animal et l'homme

Quelle différence y a-t-il alors entre le travail humain et le "travail" effectuée par une machine ? On peut en repérer au moins trois :

- 1/ la machine (automobile, ordinateur ou robot) ne met pas en oeuvre sa volonté mais celle d'un humain qui l'a commandé ! Il n'y a pas d'intention chez la machine, ni même de capacité à refuser l'obligation de travailler.

- 2/ l'être humain est doté d'une affectivité : il est le sujet d'affects dans son travail, ce rapport de transformation volontaire de son environnement l'affecte (on dit parfois qu'il n'est pas de bois), il y ressent des émotions, il peut y investir du sens, du projet, de la valeur ... ou souffrir de ne pouvoir le faire.

Les machines échappent à ces émotions fortes, sauf dans les romans de science-fiction. Les machines n'ont pas d'affectivité.

- 3/ l'erreur est plus fréquente chez l'être humain que pour la machine, en fonctionnement courant ... même si Yves Lasfargue a raison de dire que nous sommes passés de la civilisation de la peine à la civilisation de la panne.

Au sens strict de notre définition, une machine ne travaille pas, elle exécute un programme, elle actionne des éléments matériels (en automatisme, on appelle actionneurs et effecteurs, les parties qui effectuent physiquement le ou les mouvements souhaités).

L'animal par contre travaille, on rencontre chez lui comme chez nous compétences et intention ; il a même beaucoup travaillé pour nous depuis les débuts de l'humanité, qu'il s'agisse du cheval, de l'âne, du chien ou de l'éléphant. Parfois il ne "travaille" que pour lui, mais l'éthologie ne nous dit pas encore s'il s'agit d'une intentionnalité véritable ou d'une programmation génétiquement organisée, un instinct. C'est notre regard sur l'animal qui nous fait penser qu'il travaille.

 

1.5 / le travail et l'activité : quel rapport ?

Le travail relève des activités que les êtres humains accomplissent mais toute activité n'est pas un travail : le sommeil ou la rêverie en sont des illustrations. Essayons de clarifier la distinction entre les deux notions, pour que cessent des confusions nombreuses et l'illusion de pouvoir remplacer l'un par l'autre ; le schéma ci-après propose une première classification.

activité

éveillée non éveillée

finalisée non finalisée sommeil hypnose coma

travail jeu conversation rêverie

hors de l'emploi dans l'emploi*

choisi non choisi, mais accepté

(* Le terme emploi sera défini plus loin).

(le rectangle en pointillé peut être lu comme la zone des occupations)

(le jeu et la conversation constituent des limites car elles peuvent devenir des activités professionnelles, c'est à dire un réel travail au sens de notre définition)

Plusieurs confusions sont à éviter :

- 1 / évitons de confondre travail au sens général et travail dans un emploi, puisque nombre de travaux se font en dehors de l'emploi dont le travail domestique (cf le chapitre 3) et toutes les activités de formation initiale. Bien évidemment le travail dans l'emploi a des caractéristiques particulières sur lesquelles nous reviendrons longuement dans la 3è partie.

- 2 / évitons également de confondre travail dans un emploi et travail salarié (qui ne représente que 80% des formes du travail dans l'emploi comme nous le verrons plus loin).

- 3/ évitons enfin de confondre travail et "travail productif vendu" au sens défini dans les Centres d'Aide par le Travail (CAT) : l'inaptitude au travail, telle qu'elle est définie par la COTOREP, fait que les personnes se voient proposer des activités occupationnelles dans des Foyers Occupationnels ou Foyers de Vie. Les tâches que ces personnes handicapées réalisent - le jardinage notamment, ou l'élevage - constituent un réel travail au sens de notre définition et mettent en oeuvre des compétences réelles qui doivent être reconnues comme telles, même si elles sont parfois irrégulières dans leur accomplissement.

Toute activité éveillée est-elle alors du travail au sens de notre définition ?

Nous répondrons affirmativement dès lors qu'elle satisfait aux 5 attributs que nous avons recensé. Les loisirs sportifs (s'entraîner pour un marathon par exemple), ludiques (jouer au poker), l'entretien de soi et de la maison, l'apprentissage initial (à l'école ou par la télévision), l'activité politique ou sociale (bénévole ou pas) constituent des processus de travail pour leurs auteurs. Un but précis est recherché.

Un accompagnateur professionnel de randonnée et son client "amateur" travaillent tous les deux à randonner, mais les résultats visés par chacun et les produits obtenus sont différents, ils ne se recoupent qu'en partie. L'un travaille pour le plaisir de l'autre, il exerce un service de type touristique tandis que l'autre travaille pour lui-même à sa (re)mise en forme et/ou à la (re)découverte d'un pays choisi ...

Même la contemplation, si elle est pratiquée de façon à mettre les facultés de concentration en travail et contribuer à leur développement, peut participer d'un travail mental.

Ceci a deux conséquences très importantes :

- 1 / remplacer le travail par l'activité, comme le proposent certains, n'a pas plus de sens que de remplacer les cerises par des fruits, ou sa Peugeot 205 par un véhicule ! Il y a là une erreur qualifiée d'erreur de niveau d'abstraction par Alfred Korzybski, fondateur de la Sémantique Générale, et qualifiée d'erreur de niveau logique par l'école de Palo Alto.

L'activité est une notion plus générale que le travail, et pas toujours volontaire, acceptée, au sens où nous avons défini le trevail. Il en est ainsi de l'activité cérébrale, neuronale, dans le sommeil par exemple. Nous distinguerons être "au travail" et être "en travail".

On éprouve d'ailleurs la plupart du temps le besoin d'ajouter un adjectif à l'activité pour préciser sa nature. L'activité professionnelle désigne le travail effectué dans le cadre d'un emploi, et l'INSEE nous parle des "actifs" pour identifier tous ceux qui peuvent travailler, tandis que l'activité domestique ou de loisir désigne d'autres formes de travail pratiquées hors de l'emploi.

- 2 / passer du travail à la pluri-activité constitue également une erreur logico-sémantique ; il faut dire en fait : "passer du mono-travail (dans un emploi) au pluri-travail (dans plusieurs emplois) ". C'est déjà le cas de nombreux artistes dont le travail dans un seul emploi ne permet pas la survie, et celui de certains comptables.

 

1.6 / les trois visages du travail

En résumé il est indispensable de ne pas oublier que le travail se présente sous trois faces dans notre existence, que résume le diagramme d'Euler de la page suivante :

- une face consumante (le travail "labor") car tout processus de travail est caractérisé par l'effort, même si la nature et l'intensité de celui-ci est variable, et en pleine évolution à cause de l'invasion des machines : la techné peut diminuer le "labor".

Qui dit action dit dépense d'énergie : le travail fatigue, il engendre chez son auteur une charge physique et de plus en plus mentale, nous ont appris les ergonomes.

"... tout ce qui est organisé porte à terme sa désintégration", disait Edgar Morin au 8ème Congrès de SOS Amitié en 1993, et il ajoutait "le travail se paie par la déperdition de l'énergie. Un être vivant travaille sans arrêt : notre coeur bat soixante dix fois par minute. Nous travaillons même endormis : nos cellules travaillent, nos poumons, notre corps. Tout ce travail s'effectue par la dégradation de l'énergie."

Comment vivre sans agir pour se procurer sa subsistance, "sans gagner son pain à la sueur de son front" ? Une réponse possible est de faire travailler les autres pour soi, et d'avoir des esclaves, des serfs ou des salariés, mais cela nécessite encore un travail de contrôle et de surveillance ; une autre réponse consiste à faire "travailler" son argent, mais nous savons depuis Marx que le capital n'est que du travail accumulé ; il s'agit donc d'une solution identique à la précédente.

- une face contraignante (le travail "trepalium" ou "pensum") car beaucoup de travaux relèvent de la contrainte ou au moins d'une obligation acceptée (cf Alain Supiot) c'est à dire d'une dépendance subie.

Beaucoup de travaux s'accompagnent de contraintes importantes, c'est à dire de pressions venues du dehors de l'être au travail, c'est à dire des conditions juridiques du travail ("la forme d'emploi du travailleur") et qui génèrent un sentiment de travail "forcé". Cet aspect génère une perception surtout quantitative du temps, qui nous fait "trouver le temps long et qui ne passe pas". Ce travail génère souvent une grande souffrance, si le "donneur d'ordres" ne donne pas aussi de la reconnaissance (cf Christophe Dejours), nous le verrons plus loin.

- une face développante (le travail "opera") par la signification investie à la fois dans le résultat recherché dans le processus vécu et dans l'action en retour qu'il opère sur nous. C'est pourquoi chacun d'entre nous cherche à trouver un travail qui l'intéresse ou tout au moins de l'intérêt dans son travail. Soit la recherche d'un plaisir d'agir, physiquement, affectivement, intellectuellement en donnant du sens à son travail. Dans le cas du travail très investi par son auteur, la perception du temps devient qualitative : on ne voit plus le temps passer !

Cet investissement exprime la subjectivité de chacun. On connait l'histoire de cet homme au Moyen Age qui questionne 3 ouvriers maçons sur la nature de leur "travail". Le premier dit : "Je pose des briques l'une sur l'autre". Le second lui dit : "Je bâtis un mur" et le troisième lui répond : "Je construis une cathédrale !"

Freud écrivait :"en reconnaissant l'importance du travail, on contribue, mieux que par toute autre technique de vie, à resserrer les liens entre la réalité et l'individu ; celui-ci en effet, dans son travail, est solidement attaché à une partie de la réalité".

Une combinaison singulière de ces trois aspects caractérise toute situation de travail. Mais un déséquilibre quasi-permanent entre la contrainte et le sens, caractérise presque toute l'histoire de l'humanité et notamment depuis le 19ème siècle, est au coeur des conflits nés de la division du travail (dans l'emploi mais aussi dans la famille).

 

1.7 / les disciplines scientifiques concernées par le travail

Celles qui ont le travail en tant qu'objet d'étude sont principalement :

- l'ergonomie, l'ergologie et la proxémie

- la physique et plus particulièrement la mécanique et la thermodynamique

- l'informatique et notamment la productique

- la médecine (du travail notamment)

- la psychologie du travail et la psychologie sociale

- l'organisation du travail et les sciences de l'ingénieur

- l'économie, à travers les richesses et les valeurs créées par le travail (usage, échange)

- la sociologie du travail, et l'anthropologie des sociétés primitives et historiques.

 

1.8 / pour un nouveau classement des secteurs du travail humain

Le tableau ci-dessous esquisse une nouvelle approche des 3 secteurs traditionnels de l'économie, en 4 familles selon la nature principale du milieu travaillé : il reste à la développer, à partir des rapports ROME/PCS .

 

 

 

 

2. L'EMPLOI

2.1 / des rencontres avec le mot "emploi" :

On rencontre le terme emploi dans des sens assez divers :

- demandeur d'emploi,

- trouver un emploi à temps partiel

- être employé par la Société Machin

- être un employé et pas un ouvrier

- avoir l'emploi d'une chose

- le mode d'emploi de cette perceuse

- la gueule de l'emploi

- employer le bon mot pour dire la chose

- le marché de l'emploi (qui est l'autre versant du marché du travail)

- emploi de proximité (il s'agit là d'une approximation, puis qu'on désigne en général par là un service de proximité)

- nos emplettes sont nos emplois

 

2.2 / les origines du terme "emploi" :

Le terme emploi vient du latin "im-plicare" qui signifie littéralement "plier dans" et à l'époque "enlacer, envelopper" ; Il a donné les termes impliquer, implication d'une part, emplir, remplir et emplette d'autre part.

Le Quillet (1970 - 10 vol.) apporte les significations suivantes :

- usage qu'on fait d'une chose

- mais aussi qualité de cet usage, sa pertinence

- place, fonction, charge, office, occupation pour laquelle on est rémunéré

- au théâtre, les rôles ayant un même caractère, dont un acteur est chargé : tenir emploi des valets.

Employer n'est pas utiliser : employer est plus technique, et qualifie un usage plus ou moins bien adapté aux propriétés de la chose ; utiliser est plus moral et parle d'un usage plus ou moins adapté aux profits qu'on en tire.. De là vient le terme utilitaire et sa connotation égoïste. Pour bien utiliser une chose, il faut donc au moins savoir bien l'employer. Tout un programme pour une gestion vraiment humaine des ressources humaines dans l'entreprise.

Le terme d'employeur apparait en Angleterre à la fin du XVIIIè siècle.

 

2.3 / pour une définition opérationnelle de l'emploi :

Nous proposons d'appeler emploi, toute place que l'on occupe dans la société afin d'y réaliser un travail, en échange d'une rétribution.

L'emploi est d'abord une "case" que l'on remplit sur l'échiquier social. Ainsi l'emploi désigne un espace occupé, une position sociale, une situation spatiale autant que juridique. Dans le langage courant, on dit " avoir une place, trouver une situation, occuper une position sociale".

Mais l'emploi suppose bien évidemment un employeur, une organisation humaine employeuse, ... qui peut être soi-même pour le travailleur indépendant ou la profession libérale. L'emploi est donc une relation structurelle à la société par le biais d'un employeur.

Il procure à une personne une existence institutionnelle et une visibilité sociale par son appartenance institutionnelle, son inclusion dans une institution. J'ai un emploi donc je suis, dirait Descartes aujourd'hui.

Les caractéristiques fondamentales d'un emploi, c'est à dire les attributs premiers du concept d'emploi, sont :

- un statut et sa désignation ; il en existe de très nombreux, tels que fonctionnaire, salarié en contrat à durée indéterminée, travailleur indépendant, contractuel, etc ... Un certain nombre de ces statuts sont matérialisés dans un contrat dit de "travail" mais qu'il serait plus juste d'appeler contrat d'emploi-travail ; d'autres dans une Charte ou un texte de loi.

- une rémunération : comprenant différentes parties et des modes de calcul spécifiques ; cette rétribution est la contrepartie de la contribution apportée sous forme de travail

- un régime fiscal : c'est à dire une relation au fisc sous la forme d'une contribution dûe à l'Etat et aux collectivités publiques. Cette relation encadre et replace la relation employeur-employé dans le contexte plus large d'un Etat ou de structures politiques représentatives de l'intérêt général.

L'emploi se situe donc dans la dimension spatiale du positionnement social : c'est un avoir social, un "être dans", un paraître, au sens premier du terme qui est celui d'apparaitre et non de sembler, de simuler.

Avoir un emploi, c'est donc pouvoir paraitre socialement, ce qui met hors de l'emploi, les enfants et les jeunes, les retraités ... et les adultes sans emploi. Soit pour ces derniers, cinq millions de personnes qui ont disparu socialement !

2.4 / l'emploi et le risque dans l'emploi :

L'emploi est donc une forme de lien à la société, par l'intermédiaire d'une organisation employeur : c'est l'emploi de quelqu'un (une personne physique) par quelqu'un (une personne morale). Les différentes formes de ce lien décrivent le statut de la personne concernée, elles sont très nombreuses et nous allons en esquisser un inventaire ci-après. Chacun de ces statuts relève d'un contexte précis dans lequel est exercé le travail à fournir.

Une des caractéristiques très importantes de tout statut est sa durée maximale possible ; ici apparait le risque correspondant de voir l'appartenance à ce statut disparaitre, soit pour des raisons structurelles (la fin est prévue à l'avance : c.d.d, retraite, etc ...) soit conjoncturelles (l'employeur disparait pour des raisons économiques). Le risque est donc celui de la perte de la rémunération qui assure l'existence économique, il est lié à une angoisse de mort très profonde et très archaïque, ravivée par toute situation de chômage prolongée.

Nous avons classé ces risques de perte du statut selon le niveau de sécurité économique qui s'y rattache, car on peut aisément prévoir que ce sentiment de stabilité forte ou de précarité forte ne sera pas sans effet sur la personne concernée et sur le travail qu'elle a à accomplir. Ce classement - très empirique et en évolution rapide - fait apparaitre plusieurs zones de risque dans l'emploi, qui vont de la sécurité maximale (l'emploi "à vie" ou inclusion garantie) à l'insécurité maximale (le chômage de très longue durée ou exclusion de l'emploi).

Le tableau de la page suivante présente une échelle de 9 zones de risque correspondant aux principaux statuts de notre société.

lecture structurelle du tableau : de l'inégalité parmi les hommes

Ce tableau fait apparaitre un grand domaine central et trois zones à la marge :

- l'emploi légal et rémunéré, englobe les zones 2 à 7, et représente souvent (à tort) à lui seul l'ensemble du concept d'emploi . On y voit que le salariat se répartit en 3 zones dont une correspond à la précarité de l'emploi : elle est en pleine extension.

- l'emploi rémunéré non légal est le travail au noir, en zone 9

- l'en-dehors non volontaire de l'emploi est le chômage, en zone 10

- enfin à la frontière de l'emploi, légale mais non rémunérée - la zone 1 du bénévolat.

Il peut apparaitre surprenant à première vue de situer le bénévolat à la limite du concept. Pourtant il me semble que cela se justifie pleinement.

En effet le bénévole vient volontairement accomplir un travail, il a bien un statut, et notamment une couverture d'assurance obligatoire (dont le taux légal croit du bénévolat de direction au bénévolat d'administration et enfin au bénévolat de production !) ; il a également une rémunération possible de ses frais (déplacement et autres) appelée défraiement. Parfois même il s'engage par un contrat de bénévolat à respecter un certain engagement de volume d'heures et une déontologie, je pense à SOS Amitié par exemple.

En dehors de l'absence de rétribution financière du temps passé, c'est assurément la zone de sécurité maximale, la garantie maximale du maintien dans cet état, puisque la retraite ne le menace pas !

Enfin, c'est une forme sociale d'engagement volontaire dans l'action où le risque de licenciement est quasi-absent sauf exceptions rarissimes ... Mais ça n''est pas un emploi puisqu'il ne permet pas l'autonomie économique ! L'attribut de la rémunération du travail lui fait défaut, même si on peut parler de rétribution éthique. Il est pourtant en concurrence avec l'emploi dans un certain nombre de cas et c'est donc un hors-limite très questionnant.

lecture dynamique du tableau : comment franchir la frontière ?

Une lecture des transitions entre les zones est également possible et ce de deux façons : d'une part pour suivre la trajectoire professionnelle d'une personne, mais aussi pour repérer les mouvements actuels dans un contexte de chômage de masse (zone 10) :

- le passage de la zone 10 à la zone 9 est fréquent mais moins qu'on ne le dit, et une étude récente révèle que les salariés sont auteurs d'une grande partie du travail non déclaré !

- le passage 10 à 7 est le plus fréquent des formes de retour à l'emploi ... et le plus précaire

- le passage de 10 à 6 correspond à la création d'activités, "à son compte"

- le passage de 10 à 4 ou 3 est plus difficile aujourd'hui

- le passage de 10 à 1 est possible et a des conséquences bénéfiques pour son auteur mais ne résout pas le problème de son autonomie économique.

Enfin la notion d'emploi précédemment définie et repérée dans notre échelle de risque n'interdit pas que l'on puisse avoir :

- plusieurs emplois d'une part, (presque toujours chez plusieurs employeurs) et il y a peut-être là une piste d'avenir si on repère l'apparition et le développement des groupements d'employeurs dans l'agriculture (nés en Poitou-Charentes) et dans l'insertion par l'économique avec les GEIQ.

- avec plusieurs types de statuts différents ; seules certaines interdictions, plus ou moins respectées, limitent cette possibilité. Ainsi personne ne devrait légalement être PDG et député, fonctionnaire et salarié, ou fonctionnaire et consultant, salarié et travailleur au noir, etc ... La pratique actuelle des choses est assez différente.

 

2.5 / les disciplines concernées par l'emploi :

Ce sont entre autres :

- le droit social et le droit fiscal

- la psychologie sociale (dans l'étude des conduites qui conduisent à signer un contrat, à se mettre en grève, etc ...)

- la sociologie des professions et des relations employeurs-employés

- l'économie, micro et macro, à travers le coût et le volume des emplois ; c'est l'étude du marché de l'emploi, celui qui intéresse les travailleurs ; mais aussi celle du marché du travail qui intéresse les employeurs.

 

Ceci nous conduit à examiner maintenant plus en profondeur les rapports multiples et singuliers du travail et de l'emploi.

 

 

 

 

3. LES RAPPORTS DU TRAVAIL ET DE L'EMPLOI

 

3.1 / deux termes trop souvent confondus

Avant de parcourir les rapports nombreux qui relient les deux notions, il nous semble indispensable de pointer la confusion très fréquente qui est faite entre ces deux termes et que seuls les observateurs attentifs ont commencé à relever.

Nous reviendrons plus loin sur les conséquences désastreuses de cette confusion en l'éclairant par une modélisation simple des rapports entre travail et emploi.

Relevons pour l'instant quelques exemples récents :

- le rapport de la Commission Boissonnat (la préface) sur le "Travail dans vingt ans"

- "une simple (?) question de vocabulaire" pour Robert Castel (Congrès CNEI 1996)

- la revue Interface de la DRTEFP du Languedoc-Roussillon de février 1996

- la Lettre de l'Insertion par l'Économique n12

- un mémoire de DESS de l'IER (Institut d'Économie Régionale) sur les CAT en Poitou-Charentes, en 1995

- Roger Sue dans "La richesse des hommes", 1999

A l'inverse, les éditions Dalloz ont baptisé leur dernier ouvrage sur le droit du travail et concernant la partie emploi, "Droit de l'Emploi".

 

3.2 / deux concepts distincts

Le dessin du côté pile d'une pièce de monnaie

ne nous renseigne en rien sur le dessin du côté face

.

Quand les deux notions co-existent, aucune ne suffit à définir l'autre. D'une part, le même travail peut être fait dans la société dans des emplois caractérisés par des statuts très différents (le secrétariat, la médecine ou le soin thérapeutique par exemple). Le travail est donc toujours accompli dans un certain rapport à l'emploi (fut-il au noir ou bénévole) mais la désignation de ce travail ne nous renseigne pas sur la nature de l'emploi occupé.

A l'inverse, le paramètre principal de l'emploi, à savoir le statut, peut recouvrir des travaux très différents dans leur nature et dans leur qualité de réalisation ; c'est le cas du statut d'accompagnateur ou d'animateur dans certains établissements sociaux ou médico-sociaux.... Le nom donné à certains emplois n'explicite que très peu le travail demandé.

En résumé le travail n'a pas besoin de l'emploi pour être désigné, et l'emploi désigne peu le travail c'est à dire de façon très imprécise la plupart du temps : les cheminots "appartiennent" tous à la SNCF, ils sont employés par elle, mais on met sous ce terme les réparateurs autant que les conducteurs de machine ... Non seulement on peut les séparer comme nous venons de le voir, mais on doit apprendre à le faire.

 

3.3 / une confusion aux effets néfastes

La fusion des deux termes et surtout le recouvrement de l'un par l'autre, à savoir l'occultation du travail par l'emploi et plus particulièrement par le statut, est source de disqualification de nombreuses personnes en situation d'emploi peu valorisé ou dévalorisé mais effectuant des tâches tout à fait reconnues quand elles sont effectuées dans d'autres statuts ! La stigmatisation opère à plein, même dans le secteur du travail social ...

 

C'est particulièrement vrai pour les Contrats Emploi Solidarité (CES), mais aussi les contrats de qualification et un peu moins pour les CRE (Contrat de Retour à l'Emploi).

On dit souvent "un CES" pour parler d'une secrétaire ou d'un agent d'entretien des rivières ou de service hospitalier, réduisant par là la personne en difficulté qui est dans ce statut, à sa seule image sociale de personne aidée, ignorant la qualité de son travail et la stigmatisant encore un peu plus.

Quand la personne est fonctionnaire ou salariée permanente (en cdi), elle retrouve toute la considération qui entoure "le vrai travailleur". On écrit dans certains organigrammes un ou une CES ! C'est nous qui accentuons alors l'exclusion, la différence d'emploi, au lieu de souligner la spécificité du travail et les capacités réelles ... Combien de personnes sous statut CES qui s'activent dans des travaux horticoles de municipalités et qui y sont reconnus comme travaillant plus et parfois mieux que certains agents municipaux fonctionnaires ...

L'habit ne fait pas le moine et il faut cesser de se focaliser uniquement sur le statut, sur le type d'emploi pour englober aussi dans le regard, le contenu et le contenant, le travail et l'emploi.

Il s'agit en fait de relier l'emploi et le travail, de les penser ensemble dans leurs différences. Nous devons nous approprier un concept nouveau, double, plus complexe et plus global, l'emploi-travail , véritable système d'interaction entre une personne (physique) qui travaille, un milieu qui est travaillé et une personne morale qui l'emploie.

 

3.4 / premier rapport : le travail s'encastre dans l'emploi

Le schéma de la page suivante ci-après illustre la thèse que l'emploi et le travail sont dans un rapport de contenant à contenu, comme une orange et sa peau, chacun jouant un rôle à la fois distinct de l'autre élément, mais agissant sur lui.

C'est parce que je trouve un emploi pour y mettre mon travail que je peux économiquement subsister. Il ne se fait pas de travail pour autrui sans avoir un statut, et le statut est la forme de cet emploi qu'un autre fait de moi ... même pour du travail au noir.

L'emploi me met donc en rapport avec la société (comme la peau avec le milieu ambiant) par une place que j'occupe dans une société (commerciale ou non, privée ou publique).

L'emploi joue le rôle, la fonction de "peau sociale" du travailleur : il contient le travail comme le contrat contient les clauses juridiques de définition et d'exercice de ce travail. Il est l'enveloppe où vient se loger le travail, il constitue son habillage ou encore l'habit social du travailleur :

- pour l'extérieur, c'est à dire pour la société, je parais et en quelque sorte j'existe par mon emploi, et sans emploi je n'existe plus, je suis coupé de la société, même si j'ai une capacité de travail ;

- pour l'intérieur, c'est à dire pour moi, j'agis dans et pour mon travail, j'existe à travers lui, même si je n'existe pas uniquement que par le travail.

Bien sûr il faut un accord entre le prêteur de l'habit et son utilisateur : le vêtement peut être trop grand ou au contraire je peux m'y sentir à l'étroit. C'est un problème que nous verrons plus loin.

 

 

3.5 / liés mais différents : un vrai couple

On voit d'ailleurs en explorant cette métaphore de l'orange et de sa peau que les différences entre les deux concepts apparaissent alors plus clairement. Il suffit que l'on décline tour à tour dans le champ de l'emploi puis dans celui du travail, des notions comme le rapport au temps, au risque, l'image de soi, les relations avec les autres ou l'approche économique comptable.

Le rapport au temps fait partie des attributs seconds de l'emploi, car il n'est pas défini à priori dans tous les statuts : qu'il s'agisse du temps dû par le contrat de travail ou par une Convention Collective, ou du temps de l'ancienneté professionnelle. Il est évidemment très différent du temps vécu et subjectif du travail réellement accompli : celui-ci peut sembler plus long ou plus court que la simple durée légalement dûe. Il peut même être objectivement différent.

Le rapport au risque est celui de la précarité et de la non stabilité de l'emploi d'un côté, il est celui de l'accident, du stress, de la charge physique, psychique et mentale du côté du travail. Matérialisation d'un cadre juridique d'un côté et ergonomie de l'autre.

L'image de soi dans l'emploi est beaucoup une image de soi pour les autres, une image "externe" : je suis fonctionnaire, j'ai la sécurité de l'emploi, ou je suis profession libérale et je gagne énormément d'argent, etc ... Sur l'autre versant, l'image de soi dans le travail est une image pour soi : est-ce que je maitrise ces tâches ? Comment je m'estime dans la réalisation de ce travail, en terme d'utilité, en regard de mes valeurs ?

Ainsi le chômage a-t-il engendré une honte sociale - "image de soi pour les autres" négative - qui a décru peu à peu au fur et à mesure que des millions de gens sont entrés dans ce "statut" (de hors-statut), tandis que la honte personnelle - "image de soi pour soi" négative - de se sentir inutile par absence de travail et de réalisation pour la société comme pour soi, n'est en rien entamée par le fait d'être partagée par beaucoup. Et elle fait des dégats considérables.

Les rapports aux autres sont les relations dans la tâche et à propos de la tâche sur le versant du travail ; ce sont les liens et les distances que créent les classements statutaires et les positionnements inter-catégoriels sur le versant de l'emploi. L'intra- catégoriel rapproche tandis que l'intercatégoriel a tendance à éloigner les personnes.

A cet égard, le phénomène de la corporation apparait alors comme un couple emploi-travail très particulier où ces deux aspects des rapports aux autres dans la situation professionnelle se déterminent mutuellement de façon très précise, jusqu'à la rigidité : le monopole de l'activité est alors accordé à un seul type d'emploi.

L'approche comptable - premier regard de l'économie - révèle ce qui s'échange entre l'emploi et le travail en s'inversant ; l'emploi est une charge pour l'employeur à travers la rémunération (classe 6) mais le travail devient une source de valeur à travers les produits fabriqués (classe 7), tandis que c'est l'inverse dans la comptabilité personnelle du travailleur : le salaire inhérent à l'emploi devient une recette et le travail une dépense d'énergie, sous bien des formes.

C'est pourquoi beaucoup de luttes sociales menées par les travailleurs visent à améliorer l'emploi et ses paramètres tandis que bon nombre d'employeurs cherchent par des moyens divers à augmenter la productivité du travail ou à diminuer son coût, voire les deux à la fois !

3.6 / les apports de chacun dans le couple

Les combinaisons possibles entre l'emploi-contenant et le travail-contenu sont nombreuses.

Le vécu de chaque combinaison est singulier mais on peut tenter de chercher quelques grandes catégories.

Dans les interactions qui se nouent entre un emploi et un travail, une première dominante apparait : l'emploi, à travers la rémunération, détermine le niveau de vie - de la survie à l'aisance voire au luxe - tandis que le travail, à travers sa signification et la motivation qu'elle génère, permet l'investissement du sens, du désir. Le croisement des deux axes de la rémunération et de la signification permet le positionnement de chaque couple emploi-travail, et de chaque personne concernée par ce couple.

Ainsi peut-on faire pour chaque emploi-travail, une balance contributions / rétributions entre ce qu'il apporte et ce qu'il retire, financièrement et affectivement, de son action professionnelle. Chacun de nous le fait tout naturellement ; tout employeur également.

Le schéma ci-dessus présente quelques unes des combinaisons possibles, rassemblées en grandes catégories types, donc très générales. A chacun d'y retrouver son vécu d'hier ou d'aujourd'hui, voire son projet de demain ...

Dans une étude récente de l'IRES supervisé par le sociologue Serge Paugham avec le concours de militants de la CFDT à Montmorillon dans la Vienne, le croisement de 2 variables du concept emploi-travail, la satisfaction dans le travail et la stabilité dans l'emploi, 4 types d'intégration professionnelle ont pu être dégagés et validés par enquête. Ceci confirme la pertinence du modèle contenant-contenu ici présenté et du concept double d'emploi-travail.

Une question centrale d'aujourd'hui apparait et peut alors se formuler ainsi : chacun des deux protagonistes de l'échange emploi-travail tient-il réellement compte de l'autre ?

L'autre n'est-il qu'une "force de travail" achetée au plus bas prix, ou bien n'est-il qu'une institution vampirisante et qu'il faut "exploiter" à son tour ?

Ou bien peut-on évoluer vers un contrat équilibré entre deux parties , une personne physique (le travailleur) et une personne morale (l'entreprise) avec l'ensemble de leurs droits, de leurs devoirs et de leurs potentialités ? Ce qui appelle à la fois des politiques intelligentes de l'emploi et des conditions dynamisantes de travail.

C'est ce que tente de réaliser les entreprises qui se veulent citoyennes, je pense évidemment aux entreprises d'insertion, mais aussi à certaines entreprises appartenant à l'Économie Sociale ou inspirées par le Centre des Jeunes Dirigeants d'Entreprise.

 

3.7 / second rapport : un échange sur un double marché

L'employeur propose un emploi à un travailleur en échange de son travail. Le travailleur offre son travail en échange d'un emploi. Chacun détient quelque chose qui intéresse l'autre. L'échange se conclut par un contrat implicite ou écrit, équilibré ou non, favorisant l'une des parties ou les deux.

Le marché sur lequel a lieu cette transaction , cet apport mutuel, est donc double : c'est le marché de l'emploi pour le travailleur qui vient y chercher un emploi, et c'est le marché du travail pour l'employeur qui vient y chercher "une force de travail". Nous devons donc l'appeler marché du travail et de l'emploi, ou double marché de l'emploi-travail.

Expliquons nous. Sur le marché du travail, les évolutions actuelles font que le diplôme est surabondant et perd de la valeur marchande, tandis que les compétences, moins abondantes voire rares dans certains secteurs, prennent de la valeur marchande : l'employeur recherche plus les compétences et moins les diplômes.

Sur le marché de l'emploi de l'autre côté, le manque d'offres fait accepter au vendeur de son travail, une rémunération moins élevée, tandis que la mauvaise qualité de l'offre d'emploi (très faible rémunération ou/et image de l'employeur, voire du métier) fait baisser le nombre de candidats, c'est à dire l'offre de travail.

 

3.8 / troisième rapport : l'emploi contraint le travail

Les jeunes de 1999 diraient dans leur langage, que l'emploi "formate" le travail. Nous dirons que l'employeur à travers le lien de subordination que matérialise le contrat de travail (-emploi), peut conditionner le travail, c'est à dire le définir d'une façon plus ou moins précise et plus moins contraignante ; il peut l'enfermer dans un carcan démotivant comme il peut lui donner un champ de développement où la reconnaissance et l'exigence de progression se marient harmonieusement. La peau protège la chair comme elle peut l'étouffer selon sa qualité d'interface, pour continuer dans la métaphore de Didier Anzieu. Et le manteau du travailleur peut devenir très étroit pour la "corporalité" de celui-ci ...

 

3.9 / les combinaisons possibles d'hier et d'aujourd'hui : remariage ou divorce ?

Ces deux notions de travail et d'emploi peuvent exister l'une sans l'autre, regardons-y de plus près. Le travail est une notion plus ancienne que l'emploi, au sens que nous leur avons donné avec précision dans les pages précédentes.

Dans le tableau ci-après, le croisement des deux axes fondamentaux de la production des biens (par le travail), et de leur consommation fait apparaitre quatre zones qui combinent différemment le travail et l'emploi. Elles témoignent de l'évolution historique de nos sociétés.

 

 

 

 

4. l'employabilité

 

Un terme de plus en plus employé mais dont la définition est souvent imprécise. Tentons d'y voir clair.

1900 : le terme apparait en Angleterre pour séparer les employables des inemployables, "pour éviter que des pauvres non motivés, travailleurs occasionnels, indisciplinés et instables ne viennent constituer de faux chômeurs" (B.Gazier 1989).

soit une approche dichotomique et normative

1930 : la crise économique aux USA ; les chômeurs sont orientés vers les emplois fédéraux ou vers l'assistance selon leur employabilité définie par 3 critères : âge (16 à 64 ans), aptitude (physique) et comportement (volonté exprimée de travailler).

soit une approche identique à but de sélection

1940 : l'économiste Nixon distingue 3 composantes de l'employabilité :

- technologique, les qualités productives de l'individu

- économique, les variations du marché

- socio-institutionnelle, les aspects légaux et conventionnels de l'accès aux emplois

soit une approche à but identique mais multi-critères

1960 : expansion et plein emploi ; on s'intéresse à la réhabilitation des personnes pour accroitre leur employabilité. C'est l'apparition des mesures d'adaptation et de réadaptation des handicapés, et des échelles d'employabilité spécialisées : l'employabilité est définie comme "l'attractivité d'un individu aux yeux d'employeurs potentiels".

Des critères nouveaux sont introduits : motivation, apparence, disponibilité, expérience, ...

L'attractivité a des caractéristiques culturelles, sociales et psychologiques, subjectives et objectives, qui peuvent se renforcer ou se neutraliser.

soit une approche personnaliste à but d'intégration

1970 : aux USA, des programmes de grande ampleur sont mis en place pour évaluer cette employabilité (des jeunes notamment) par des tests sophistiqués.

soit une approche probabiliste

1966 : en France, dans la même optique, le sociologue Raymond Ledrut étudie l'employabilité moyenne des chômeurs à partir de leur durée de chômage, et le concept symétrique de vulnérabilité ou probabilité de tomber au chômage

soit une approche statistique et non opérationnelle

1987 : la montée du chômage de masse conduit à dépasser cette approche et à revenir à la notion d'attractivité en interrogeant deux notions :

- les durées inégales de retour à l'emploi, entre chômeurs sociologiquement semblables

- les représentations des chômeurs longue durée sur les conditions d'accès à l'emploi

Les caractéristiques psycho-sociales des personnes deviennent à leur tour des leviers : repérage des normes sociales, savoir-être, habiletés sociales, utilisation de réseaux, ...

La notion de "qualités personnelles" devient d'autant plus importantes pour l'employeur qu'il ne cherche pas des qualifications élevées et n'est pas dans l'industrie (Audibert 1980)

Odile Benoit-Guilbot dit que l'employabilité fait appel à une "compétence sociale, une

qualification sociale", une capacité de l'individu à connaitre et s'adapter à un certain nombre de normes sociales dominantes dans son environnement, notamment professionnel.

soit une approche multi-dimensionnelle complexe

Le schéma de la page ci-après illustre les 3 dimensions de l'employabilité et leurs interactions.

Le concept doit être traité commeune notion complexe, puisqu'il tente de caractériser une personne en utilisant des données appartenant en partie à d'autres personnes (l'employeur) et à son environnement (le marché).

C'est pourquoi, les SIAE qui oeuvrent à développer l'employabilité de chaque personne accueillie, ne doivent pas être jugées sur l'évolution du marché de l'emploi ... mais sur ce qu'elles apportent aux bénéficiaires de leur action. L'employabilité qu'elles aident à produire est à la fois technique et psycho-sociale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5. RelIre NOs problèmes actuels

 

Les problèmes d'aujourd'hui sont doubles, mais à des échelles différentes ;

- au niveau macro, des problèmes d'emploi principalement : manque d'emplois, et précarité croissante des statuts,

- au niveau micro (les personnes) et méso (les territoires) des problèmes de capacités de travail trop faibles ou inadaptées aux demandes des employeurs, soit des problèmes de qualification au sens anglo-saxon de compétences et non pas au sens français de diplômes et de classification.

Les besoins des êtres humains et de l'environnement sont immenses et les possibilités de travail utile voire nécessaire ne manquent pas. C'est la conscience forte de leur potentiel de développement économique et civique, et de leur nécessité éthique qui fait aujourd'hui défaut aux élites, et principalement aux décideurs publics et privés.

Notamment pour investir de façon massive dans des emplois d'utilité écologique et sociale, comme on l'a fait pour le nucléaire dans les années 50.

 

5.1 / à propos des emplois appelés emplois "aidés"

Pourquoi appelle-t-on emplois aidés les CES, CRE et autres CIE ?

- est-ce parce qu'ils sont financés en tout ou partie par l'Etat ? Mais alors, les militaires et les enseignants occupent aussi des emplois aidés. Toutes les personnes employées à temps partiel le sont également puisque l'Etat a décidé une diminution des charges sociales patronales correspondantes.

- est-ce parce qu'ils correspondent avant tout aux besoins des personnes employées plus qu'aux besoins de l'employeur, en l'occurrence l'Etat et les collectivités ? Mais alors, les agriculteurs reçoivent des subventions massives de l'Europe, pour maintenir leur niveau de vie, voire leur vie tout court. Un agriculteur est aussi aidé (60 milliards par an en 1994 pour 600.000 personnes, soit 100 000 F par agriculteur) qu'une aide-soignante en CES dans un hopital, et l'un est aussi utile que l'autre.

Cette distinction entre prédominance des besoins de l'employeur ou des besoins de la personne, est sans doute un axe d'investigation pertinent. Si on distingue 4 grandes familles d'employeur d'après leur position dans le marché concurrentiel, on peut positionner les principales mesures de soutien à l'emploi depuis 1979, dans le schéma de la page suivante.

En analysant le rapport de l'emploi "aidé" aux besoins réels d'un employeur et aux besoins de la personne employée, 3 zones apparaissent, au centre une zone d'utilité réciproque et deux zones de dérive où l'une des deux parties concernées ne s'y retrouve plus.

C'est ainsi que les EUC (1978) et les EIL (1980) se sont positionnés sur les zones 5, 6, 8 et 9, puis les TUC (1982) sur les zones 4,5 et 6, tandis que les SIVP (1984) se situaient en zone 11 et 12 ; enfin les CES et les CEC sont venus s'installer en zones 1 à 6.

On voit facilement sur ce schéma que le développement du chômage de masse a entrainé en terme de réponse sociale une création d'emploi à statut occupant un espace de plus en plus large (fourre-tout ?) et par conséquent des dérives de plus en plus fréquentes de ces mesures au fur et à mesure que le spectre des employeurs possibles s'élargissait.

- dérive occupationnelle et de création de sous-emploi dans le cas de certains CES qu'une institution prend pour répondre aux injonctions d'un directeur départemental du travail ; - - dérive utilitariste et de déstabilisation du marché du travail dans l'autre comme l'ont été de nombreux SIVP en entreprises et les CES des hopitaux par exemple !

On retrouve à nouveau dans ce schéma le fait que quel que soit l'employeur, l' emploi-travail véritablement positif est celui qui satisfait les deux parties en présence : il répond à la fois aux besoins de l'employeur et et à ceux du travailleur. Soit un équilibre métastable qui a besoin pour se maintenir de la formation, du droit à l'initiative mais aussi du droit à une sécurité suffisante et bien sur de l'obligation de performance.

 

 

 

5.2 / l'emploi-travail : une meilleure approche de l'insertion

Il nous faut donc parler de l'emploi-travail comme d'un couple indissociable qui relie le faire et l'avoir, dans la complexité de l'être et la visibilité du paraitre.

Plus concrètement, dans les associations à finalité sociale, nous avons à réfléchir sur les interactions motivantes entre le travail, sa perception subjective, son utilité vécue, son efficacité auto et hétéro-évalurée et l'emploi, sa perception subjective et son image sociale.

Et notamment dans le secteur social et médico-social, nous devons produire des repérages plus précis du travail, qui favorisent un vrai développement négocié des compétences de la personne, et ne plus nous contenter de nommer celle-ci par son statut, quand bien même celui-ci serait un des fleurons de la convention collective de 1966.

Enfin, pour les personnes exclues de l'emploi-travail depuis longtemps, cette approche double s'impose encore plus, car elle respecte mieux la globalité de la personne et la singularité de tout être humain.

Le travail fournit du sens à l'individu, un sentiment d'exister, d'être utile, ou l'inverse selon la signification que lui donne son auteur ; mais l'emploi ajoute (ou retranche) sa "valeur", soit une honorabilité - positive ou négative - par son caractère d'habit social de la personne, à travers l'image plus ou moins valorisante de tel ou tel métier dans notre société. Au Danemark, un éboueur gagne autant qu'un médecin ... et en France ?

Les métiers du service à domicile ont une mauvaise image (domesticité et aucun besoin d'une réelle qualification) alors que les possibilités de qualification et de création d'emploi-travail y sont intéressantes. Les nouveaux métiers liés à l'environnement (protection, aménagement, récupération, recyclage) sont des gisements de nouvelles qualifications (côté travail) mais les emplois correspondants, reconnus et durables, sont encore en gestation, sans oublier que leur image est associé aujourd'hui à celle des "spécialistes" de la récupération : ferrailleurs, éboueurs, gens du voyage, etc ... Le côté pile de la pièce de monnaie peut nuire au côté face, et réciproquement.

 

Le pari d'aujourd'hui, c'est de penser et de montrer qu'on peut construire des emplois reconnus et durables pour des travaux utiles, soit de vrais emplois pour un vrai travail. Des entreprises de plus en plus nombreuses s'y essaient, qu'elles fassent de l'emploi-travail un moyen civique de produire des richesses et du profit (les entreprises citoyennes), ou un but au service de la réinsertion des personnes en grande difficulté (les structures d'insertion par l'activité économique salariée).

Chacune de ces deux types de structure ayant besoin de l'autre, leurs relations en émergence préfigurent peut-être l'image d'une nouvelle cohésion sociale.

 

Une autre piste existe : celle qui consiste à rédéfinir la notion d'emploi, non plus dans le rapport à un seul employeur, ni même à plusieurs (les GE) ce qui le stabilise, mais en intégrant d'autres fonctions et d'autres acteurs financeurs : Alain Supiot propose de travailler sur le concept d'état professionnel, en y intégrant des temps déjà en émergence tels que la formation continue, le congé sabbatique ou la maternité, mais aussi l'engagement bénévole dans le territoire, la formation de reconversion, le mandat électif, etc ...

 

 

 

 

 

 

LEXIQUE DES SIGLES

 

AI Association Intermédiaire

cdd contrat à durée déterminée

cdi contrat à durée indéterminée

CAT Centre d'Aide par le Travail

CEC Contrat Emploi Solidarité Consolidé

CES Contrat Emploi Solidarité

CIE Contrat Initiative Emploi

CHRS Centre d'Hébergement et de Réadaptation Sociale

CNEI Comité National des Entreprises d'Insertion

COORACE COORdination des Associations Créatrices d'Emploi

COTOREP Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnel

CRE Contrat de Retour à l'Emploi

DESS Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées

DRTE Direction Régionale du Travail et de l'Emploi

EDC Emploi de développement culturel

EI Entreprise d'Insertion

EIL Emploi d'Initiative Locale

EJ Emploi-Jeune

ETTI Entreprise de Travail Temporaire d'Insertion

EUC Emploi d'Utilité Collective

GEIQ Groupement d'Employeurs pour l'Insertion et la Qualification

IERS Institut d'Etudes Régionales et Sociales

PDG Président Directeur Général

PME Petites et Moyennes Entreprises

PMI Petites et Moyennes Industries

RQ Régie de Quartier

SIAE Structure d'Insertion par l'Activité Economique (salariée)

SIVP Stage d'Initiation à la Vie Professionnelle

TIG Travail d'Intérêt Général

TUC Travaux d'Utilité Collective

 

Bibiliographie

ADAM Michel, Le travail et l'emploi, un contenu et un contenant, Cahier d'IRIS n1, Editions du CARIF Poitou-Charentes, 1996

Aznar Guy, L'emploi en mutation, Le Seuil, 1996

Barth Britt-Mari, L'apprentissage de l'abstraction, Retz, 1986

BLACK Bob, Travailler, moi ? jamais ! L'abolition du travail, L'esprit Frappeur, 1998

Boissonnat Jean, Le travail dans vingt ans, Odile Jacob, 1995

Bruneau Jean-Pierre, La machine à casser, Juventa, 1993

Calvez Jean-Yves, Nécessité du travail, Dunod, 1997

Canivet Michel, Les formes de l'activité humaine , in Revue de psychologie de la motivation n15 éléments pour un nouvel humanisme, 1993

Castera de Bernard, Le Compagnonnage, Que sais-je ? PUF, 1988

C.J.D, L'entreprise au XXIème siècle, Flammarion, 1996

CHABAL Mireille, Qu'est-ce que le travail humain ? in Stéphane Lupasco, l'homme et l'oeuvre, éditions du Rocher, 1999

Clot Yves, Le travail sans l'homme ? , La Découverte, 1995

D'Iribarne Philippe, La logique de l'honneur, Le Seuil, 1986

DANIELLOU Franois, coll., Comprendre le travail pour le transformer, la pratique de l'ergonomie, Editions ANACT, 1997

DEJOURS Christophe, Travail, usure mentale, Edition Bayard, 1993

DUPUY Jean-Pierre, La trahison de l'opulence, PUF, 1976

Dutay Loc, Pour un chmage innovant , éditions l'Harmattan, 1996

Eme Bernard, Laville Jean-Louis, Les petits boulots en question , Syros Ten, 1988

FOUCAULD de Jean-Baptiste, Une société en qute de sens, Odile Jacob, 1995

Godet Michel, L'avenir autrement, Armand Colin, 1991

Gorz André, Métamorphoses du travail , Galilée, 1986

Icher Franois, Les Compagnons ou l'amour de la belle ouvrage, Gallimard, 1993

ILLICH Ivan, Le travail fantme, Le Seuil, 1981

Lafargue Paul, Le droit à la paresse, édition Mille et Une Nuits, 1996

Limoges Jacques, Trouver son travail, Edition Fides, Montréal, 1987

Liorthois Jacqueline, La commune et l'insertion par l'économique , Ed W, 1993

Martin Bernard, L'emploi par la formation, les populations en grande difficulté, Edition Chronique Sociale de France, 1993

Maruani Margaret, Rey Emmanuelle, Sociologie de l'emploi, La Découverte, 1993

Méda Dominique, Le travail, une valeur en voie de disparition, Aubier, 1995

Otsman Oscar, Quel travail pour demain ? , Dunod entreprise, 1994

Paugham Serge, in Salariés, syndicalistes et exclusion , étude CFDT - IRES 1997

un croisement du travail et de l'emploi avec d'autres paramètres que ceux de M. Adam

PELLET Thierry et coll., Le travail en question, 12 questions sur le travail, l'emploi et le chmage dans le monde, Edtions Orcades, 1995

Perret Bernard, Roustang Guy, L'Economie contre la société , Seuil, 1993

Rassow Dominique, Manager d'insertion, Syros, 1995

REVUZ Christine, psychologue du travail et psychanalyste, la place du travail dans la vie psychique, ou comment accompagner les chmeurs ? , Actes des 6èmes Rencontres Nationales de l'Orient-ation et de l'insertion professionnelle", Orient'action

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ROMEFORT Alain de, Promouvoir l'emploi, convivialité et partenariat, Editions L'Harmattan, 1988

Roques Martine, Sortir du chmage, Editions Mardaga, 1995

Schnapper Dominique, L'épreuve du chmage , Gallimard, 1981, 2ème édition 1994

avec une post-face Folio actuel n42

Schnapper Dominique, Contre la fin du travail, Editions Textuel, 1997

Schwartz Bertrand, Moderniser sans exclure, La Découverte, 1994

SUE Roger, Temps et ordre social, Editions PUF, 1995

Supiot Alain (sous la direction de), Grandeur et servitude de l'emploi ..., in revue Partage, n112, 1998

SUPPIOT Alain, Au delà de l'emploi ? Transformations du travail et de venir du droit du travail en Europe, Flammarion, 1999

Tanguy Lucie et le PMTET, L'introuvable relation formation/emploi , La Docu-mentation Franaise, 1986

Vassileff Jean, Eloge de la valeur travail , Edition Silo, 1995

ZARIFIAN Philippe, Objectif compétence, pour une nouvelle logique, Editions Liaisons, 1999

 

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