(constitué par Serge DIEBOLT à partir des travaux de Jean-William LAPIERRE et Jean-Louis LE MOIGNE; qu'ils en soient remerciés)
Modélisation systémique : Définition
usuelle
La modélisation systémique caractérise une des
grandes méthode de modélisation contemporaine, ("modéliser
un phénomène perçu ou conçu complexe comme et
par un système en général"). Elle veille à expliciter
"les points de vue" que se propose l'observateur-concepteur qui la met en
oeuvre et à souligner son propre projet, qui est de proposer une des
formes de compréhension intelligible du phénomène sans
prétendre "l'expliquer" (cela se passe "comme si", et non : cela se
passe "comme cela, et seulement comme cela"). Elle est donc "explicitement
fondée sur deux hypothèses de base :
- phénoménologique : elle cherche à rendre compte
des fonctions et fonctionnements du phénomène : attitude du
physiologiste plutôt que de l'anatomiste.
- téléologique : elle cherche à expliciter les
finalités (qui peuvent être de type causal strict, le système
ayant alors pour fin d'obéir aux lois externes qui le commanderaient
!) qu'elle attribue au phénomène modélisé en
veillant à les différencier explicitement des finalités
de l'observateur-concepteur. Elle sera donc plus attentive à la
"cohésion" (ou congruence) sémantique qu'à la
"cohérence" formelle du système modélisé. (Exemple
classique de la "double négation", le contraire du contraire d'un
énoncé peut n'être pas exactement ni uniquement cet
énoncé d'origine).
Action d'organiser et de s'organiser et résultat de cette action : la définition des dictionnaires rappelle en peu de mots la richesse... et l'intelligible complexité de ce concept formé par la médecine du XVe siècle pour rendre compte de l'activité multiforme de ce "système d'organes" qu'est un système vivant. Depuis le mot s'est déployé dans toutes les disciplines, se stabilisant parfois pour ne désigner que "la chose organisée" (la structure, ou l'ensemble structuré d'une machine ou d'une institution sociale). Mais il apparaissait vite que l'organisé, s'il se "désorganisait" souvent lorsqu'on n'y prenait pas garde, était aussi "organisant" et même "s'organisant" : l'idée d'auto-organisation était déjà dans les premiers usages du mot, en particulier au début du XIXe siècle, avant que les théories de "l'organisation dite scientifique du travail" (OST) ne semblent la pétrifier au début du XXe : l'essor de la cybernétique puis de la systémique allait redonner à l'usage du concept d'organisation la vigueur et la complexité qu'on lui connaît aujourd'hui.</TD> <TD WIDTH="23%" VALIGN="TOP">
"Quelle est cette énigme dans cet univers de catastrophes, de turbulences, de dispersion, et qui apparaît dans la catastrophe, la turbulence, la dispersion ? L'organisation.
E. Morin. 1977.
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La définition synthétique la plus complète dont nous disposions aujourd'hui est celle formulée par E. Morin dans "La Méthode" : propriété d'un système capable à la fois de maintenir et de se maintenir, et de relier et de se relier, et de produire et de se produire. Définition fonctionnelle et systémique, qui permet d'échapper aux descriptions de la "structure" présumée invariante et quasi indépendante de l'activité du système, que privilégiaient les définitions analytiques ou anatomiques classiques ; définition qui incite à considérer les structures dans leur permanente genèse, ainsi qu'y invitait J. Piaget ; définition qui permet aussi de rendre compte de la dualité de cette "génétique organisationnelle" : l'organisation est conjonction de "différenciation" (en composants fonctionnels spécifiques) et de "coordination" (ou d'"intégration"), construisant son "identité-intégrité" dans cette conjonction.</TD> <TD WIDTH="23%" VALIGN="TOP">
"L'organisation, la chose organisée, le produit de cette organisation et l'organisant sont inséparable".
P. Valéry (1920).</TD> </TR> <TR> <TD WIDTH="77%" VALIGN="TOP">
Les représentations de l'organisation seraient donc toujours des "coupes" à l'instant t, dans une histoire dont l'organisation peut souvent garder mémoire : les réseaux articulés des processeurs en interrelation par lesquels on la représente commodément devant s'entendre dans cette "chronique".</TD> <TD WIDTH="23%" VALIGN="TOP"> </TD> </TR> </TABLE>
Output : voir
extrant
"Constructions de l'esprit agençant propositions, principes et conclusions qui forment un corps de doctrine, ou une construction théorique qui rend compte d'un vaste ensemble de phénomènes".
"Ensemble de concepts présentés sous une forme coordonnée selon une règle donnée".
"Méthode de classification fondée sur l'emploi d'un nombre restreint de critères.
"Ensemble de méthodes ou d'appareillages organisés et de pratiques
et procédés, permettant d'assurer des fonctions définies
(en vue de résultats)".
Depuis Condillac ("Traité des Systèmes", 1754), "le
système est ce qui permet à l'esprit humain de saisir
l'enchaînement des phénomènes"). Mais l'audience du concept
d'ensemble mathématique depuis un demi siècle a fréquemment
conduit l'usage récent à une "réduction" de la notion
de système à la notion d'ensemble ("un système est un
ensemble ordonné d'éléments abstraits..."), ce qui a
souvent stérilisé en pratique les développements
contemporains d'une théorie puis d'une science des systèmes
: si "le système est un ensemble, on n'a nul besoin d'une théorie
des systèmes : la théorie des ensembles est bien construite
et elle fera l'affaire sans s'encombrer de synonymes redondants !). Un retour
aux sources des définitions usuelles (l'Encyclopédie de Diderot
d'Alembert y consacrait un long article de 40 pages !) s'avèrera en
pratique fort bienvenu, surtout si l'on souhaite prendre en compte les
développements récents des sciences de la complexité
(récursivité, émergence, auto-organisation,
évolutivité, imprévisibilité, etc.).
