DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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CULTURE





- [...] la culture est indispensabe pour produire de l'homme, c'est-à-dire un individu hautement complexe dans une société hautement complexe, à partir d'un bipède nu dont la tête va s'enfler de plus en plus.

- [...] l'homme est un être culturel par nature parce qu'il est un être naturel par culture. (PP-73)

- fausse évidence, mot qui semble un, stable, ferme, alors que c'est le mot piège, creux, somnifère, miné, double, traite. Mot mythe qui prétend porter en lui un grand salut : vérité, sagesse, bien-vivre, liberté, créativité...

- Le mot culture oscille entre, d'une part, un sens total et un sens résiduel; d'autre part, un sens anthropo-socio-ethnographique et un sens éthico-esthétique. De fait, dans la conversation et dans la polémique, l'on passe sans s'en apercevoir, du sens ample au sens rétréci, du sens neutre au sens valorisé. Ainsi on oppose culture de masse et culture cultivée en omettant d'accommoder le sens du mot culture quand on passe d'un terme à l'autre, ce qui permet par exemple de confronter Sylvie Vartan à Socrate et Fernandel à Paul Valéry, le plus souvent au détriment des premiers. C'est confronter une culture de masse, de nature ethno-sociologique, et une culture cultivée, normative-aristocratisante; il n'est pas possible de concevoir une politique de la culture si l'on ne se rend pas compte, au départ, que ces deux notions ne sont pas de même niveau. (ET-76)

- La culture, qui devrait permettre de penser par soi-même, fait penser culturellement, c'est-à-dire de façon conventionnelle/stéréotypée. (JL-81)

- On a besoin d'une culture plus large que celle de la discipline , je dirais même une culture générale, une culture humaniste. Aujourd'hui même dans les entreprises, dans les lieux mêmes où triomphait le monde technocratique on se rend compte que connaître un peu le monde des idées philosophiques, le monde de la musique, le monde de la littérature n'es pas un simple ornement qui permet de briller dans les déjeuners d'affaire. C'est aussi quelque chose qui peut aider à vivre, donc à travailler. Dans l'Université comme dans la recherche, l'hyperspécialisation conduit des esprits à se considérer comme des propriétaires exclusifs de cette parcelle minable de territoire qu'ils occupent et d'interdire que l'on pense dessus. (SH-90)

- La culture, qui est le propre de la société humaine, est organisée/organisatrice via le véhicule cognitif qu'est le langage, à partir du capital cognitif collectif des connaissances acquises, des savoir-faire appris, des expériences vécues, de la mémoire historique, des croyances mythiques d'une société. Ainsi se manifestent "représentations collectives", "conscience collective", "imaginaire collectif". En disposant de son capital cognitif, la culture institue les règles/normes qui organisent la société et gouvernent les comportements individuels. Les règles/normes culturelles génèrent des processus sociaux et régénèrent globalement la complexité sociale acquise par cette même culture.

- Si la culture contient en elle un savoir collectif accumulé en mémoire sociale, si elle porte en elle des principes, modèles schèmes de connaissance, si elle génère une vision du monde, si le langage et le mythe sont parties constitutives de la culture, alors la culture ne comporte pas seulement une dimension cognitive : c'est une machine cognitive dont la praxis est cognitive.

- Une culture ouvre et ferme les potentialités bio-anthropologiques de connaissance. Elle les ouvre et les actualise en fournissant aux individus son savoir accumulé, son langage, ses paradigmes, sa logique, ses schèmes, ses méthodes d'apprentissage, d'investigation de vérification etc., mais en même temps elle les ferme et les inhibe avec ses normes, règles, prohibitions, tabous, son ethnocentrisme, son auto-sacralisation, son ignorance de son ignorance. Ici encore, ce qui ouvre la connaissance est ce qui ferme la connaissance. (M4-91)



- Mon message universaliste : il faut être cultivé. Ce que devrait signifier aujourd'hui "être cultivé", c'est ne pas être enfermé dans sa spécialisation, ni se satisfaire d'idées générales jamais soumises à examen critique parce que non raccordables aux connaissances particulières et concrètes. C'est être capable de situer les informations et les savoirs dans le contexte qui éclaire leur sens; c'est être capable de les situer dans la réalité globale dont ils font partie; c'est être capable d'exercer une pensée qui, comme disait Pascal, nourrit les connaissances des parties des connaissances du tout, et les connaissances du tout des connaissances des parties. C'est du coup, être capable d'anticiper, non pas certes de prédire, mais d'envisager les possibilités, les risques et les chances. La culture est en somme ce qui aide l'esprit à contextualiser, globaliser et anticiper.



- Certes, la culture ne peut être que lacunaire et trouée, inachevée et changeante. Elle doit sans cesse intégrer le nouveau à l'ancien, l'ancien au nouveau. D'où la nécessité vitale de principes à la fois organisateurs et critiques de la connaissance pour contextualiser, globaliser, anticiper.

- Se cultiver est une aventure dangereuse. Mais je crois que, dans cette aventure même, j'ai acquis les principes qui me permettent d'intégrer les informations , d'examiner les théories, d'articuler les savoirs, c'est-à-dire de me faire une culture auto-exo-productrice et auto-exo-organisatrice. Ainsi j'essaie d'intégrer, certes partiellement et avec bien des carences, mon savoir dans ma vie et ma vie dans mon savoir. (MD-94)

-Qu'est ce que devrait être la culture ? Ce n'est pas seulement comme disait Edouard Herriot " ce qui reste quand on a tout oublié " : ce qui reste c'est justement la capacité de remonter assez rapidement aux sources de la contextualisation. Qu'est ce qui spécifiait la culture humaniste ? Celle-ci développait une sorte de gymnastique mentale à travers la littérature, la philosophie... permettant de situer les choses et d'élaborer un rapport à soi-même autant qu'un rapport au monde quelque peu élucidés. De nos jours, on se rend bien compte qu'à travers un enchevêtrement de procédures de toutes sortes avec les experts, les spécialistes on a affaire à des gens qui ont perdu tout sens du global ; nous nous rendons compte aussi qu'avec la bureaucratisation ils ont évacué tout sens des responsabilités - c'est à dire, la faculté de se situer par rapport à un ensemble de solidarités disparues.

- La culture ne peut exister de nos jours que sous la forme d'une communication entre la culture humaniste traditionnelle et les données fondamentales des sciences. La culture ne peut être que cela ; sinon il n'y a pas de culture.

- la culture c'est de laisser aller la curiosité et de laisser ouvrir la possibilité de modifier les choses. Evidemment alors, dans le fond, la culture c'est que chacun ait un minimum de conscience de la nécessité de toujours contextualiser ou globaliser son savoir particulier sans qu'il soit nécessaire d'avoir tout en tête.... La culture c'est aussi, aujourd'hui, de pouvoir utiliser la dialogique et la boucle, parce qu'à mon avis on ne peut comprendre les origines de la guerre de 1914 que par une conception en boucle. Il faut entretenir la curiosité sur l'être humain, sur nous-mêmes. (EAP-95)

- La culture est désormais non seulement découpée en pièces détachées mais aussi brisée en deux blocs. La grande disjonction entre la culture des humanités et la culture scientifique, commencée au siècle dernier et aggravée dans le nôtre, entraîne de graves conséquences pour l'une et pour l'autre. La culture humaniste est une culture générique, qui, via la philosophie, l'essai, le roman, nourrit l'intelligence générale, affronte les grandes interrogations humaines, stimule la réflexion sur le savoir et favorise l'intégration personnelle des connaissances. La culture scientifique, de nature tout autre, sépare les champs de connaissance ; elle suscite d'admirables découvertes, de géniales théories, mais non une réflexion sur le destin humain et sur le devenir de la science elle-même. La culture des humanités tend à devenir comme un moulin privé du grain des acquis scientifiques sur le monde et sur la vie qui devrait agreennter ses grandes interrogations ; la seconde, privée de réflexivité sur les problèmes généraux et globaux, devient incapable de se penser
elle-même et de penser
les problèmes sociaux et humains qu'elle pose. Le monde technique et scientifique ne voit que comme ornement ou luxe esthétique la culture des humanités, alors que celle-ci favorise ce que Simon appelait le general problem solving, c'est-à-dire l'intelligence générale que l'esprit humain applique aux cas particuliers. Le monde des humanités ne voit dans la science qu'un agrégat de savoirs abstraits ou menaçants. (TBF-99)

- Il y a des pré-cultures dans le monde animal, mais la culture, comportant le langage à double articulation, la présence du mythe, le développement des techniques, est proprement humaine. Aussi, homo sapiens ne s'accomplit en être pleinement humain que par et dans la culture. Il n'y aurait pas de culture sans les aptitudes du cerveau humain, mais il n'y aurait pas de parole ni de pensée sans culture. L'apparition de la culture opère un changement d'orbite dans l'évolution. L'espèce humaine va très peu évoluer anatomiquement et physiologiquement. Ce sont les cultures qui deviennent évolutives, par innovations, intégrations d'acquis, réorganisations ; ce sont les techniques qui se développent ; ce sont les croyances, les mythes qui changent ; ce sont les sociétés qui, à partir de petites communautés archaïques se sont métamorphosées en cités, nations et empires géants. Au sein des cultures et des sociétés, les individus évolueront mentalement, psychologiquement, affectivement.

- La culture est, répétons-le, constituée par l'ensemble des habitudes, coutumes, pratiques, savoir-faire, savoirs, règles, normes, interdits, stratégies, croyances, idées, valeurs, mythes, qui se perpétue de génération en génération, se reproduit en chaque individu, génère et régénère la complexité sociale. La culture accumule en elle ce qui est conservé, transmis, appris, et elle comporte principes d'acquisition, programmes d'action. Le capital humain premier, c'est la culture. L'être humain serait sans elle un primate du plus bas rang.

- La culture est ce qui permet d'apprendre et de connaître, mais elle est aussi ce qui empêche d'apprendre et de connaître hors de ses impératifs et de ses normes, et il y a alors antagonisme entre l'esprit autonome et sa culture. L'émergence de la culture, qui se produit par la complexification de l'individu et celle de la société, les complexifie en retour. (M5-01)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.