DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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Age de fer planétaire




- De toutes façons, il nous semble que nous sommes entrés dans le développement de la crise du développement, dans un «âge de fer planétaire», dans une crise de l'humanité en tant qu'humanité, dans une redistribution des relations entre individus et sociétés. Il nous semble que tous les progrès inouïs de notre vingtième siècle comportent en même temps potentialités de progression et de régression, d'émancipation et d'asservissement, de nouvelle vie et d'anéantissement. (JL-81)

- Nous sommes encore à la préhistoire de l'esprit humain. Le problème anthropologique de l'organisation sociale et de la vie en société n'a pas trouvé sa solution fondamentale. Nous sommes dans une ère de crises, bruit et fureur, progressions/régressions. Et, en même temps, corrélativement, nous avons accédé à l'ère planétaire où, comme une nébuleuse spirale, l'humanité tend à accéder à l'être. Nous sommes dans l'âge de fer planétaire. Et cet âge de fer est en même temps l'ère ouranienne des Etats-Nations.

- Les Etats-nations sont des monstres paranoïdes, qui considèrent comme ennemi a priori leur voisin et comme suspect leur ressortissant. Ils s'affrontent comme des dinosaures et des ptérodactyles, dans une furie de sang de plus en plus démente. Ils ne reconnaissent aucune loi supérieure à leur volonté barbare. Les traités sont toujours des chiffons de papier que déchire tout nouveau rapport de forces. Ils sont incapables d'aimer et sont dépourvus de conscience. Et nous, individus, nous, humanité, dépendons totalement des ivresses, fureurs et cruautés de ces monstres ouraniens. Le sort de la planète est entre leurs mains. C'est bien des Etats-nations que vient la menace suprême qui pèse et sur les individus en tant qu'individus (l'aliénation totalitaire) et sur l'humanité en tant qu'humanité (l'anéantissement total). C'est dire que nous ne sommes qu'à l'ère secondaire de la politique. C'est dire que nous sommes encore à la préhistoire de l'organisation sociale, à la préhistoire de l'esprit humain : l'âge de fer planétaire.

- Nous ne savons pas si l'agonie où nous sommes entrés est celle de la naissance ou de la mort de l'humanité. Ainsi, tout en préparant une nouvelle Renaissance, tout en demeurant dans la préhistoire de l'esprit, ce n'est pas un vrai Moyen Age que nous vivons, ce n'est pas une vraie Renaissance que nous préparons, ce n'est pas la préhistoire que nous achevons. Nous sommes dans l'âge de fer planétaire. Mais un âge de fer est par lui-même forgeron. C'est l'humanité que forge l'âge de fer planétaire. La différence avec l'ancien âge de fer, où se forgeait la civilisation technique, est que celle-ci ne portait pas en elle la menace d'anéantissement de l'humanité, sinon en son terme actuel où l'extrême développement technique permet à la fois la genèse de l'humanité planétaire, c'est-à-dire ce nouvel âge de fer, et sa destruction apocalyptique. (PSVS-81)

- Comme toujours, la crise de l'idéologie dominante est la crise des fondements mêmes de la société. Les notions de science, technique, rationalité, qui semblaient être les notions guides, contrôleuses, régulatrices, apparaissent au contraire comme les notions aveugles, incontrôlées, fabriquant de l'irrationalité, irrationalité dont toujours la forme la plus extrême (parce que la mieux camouflée) a été la rationalisation. Nous avions cru contrôler la nature, mais notre contrôle était incontrôlé. Nous avions cru contrôler l'économie, mais la crise apparue en 1973 nous a révélé que le contrôle économique des années d'après guerre était non seulement lacunaire, mais provisoire. Nous avions cru contrôler la technique, mais nous ne sommes pas aptes à contrôler la gigantesque reconversion qu'opèrent l'informatique, la computique et l'électronique. Nous n'avons jamais pu contrôler le devenir mondial, lequel est sans discontinuer crisique, chaotique, titubant, dément, et cela est aussi heureux (car nous avons jusqu'à aujourd'hui évité le règne d'un Empire unique sur le monde) que malheureux (car nous n'arrivons pas à accéder à la nécessaire fédération mondiale). Comme je l'ai souvent répété, nous sommes dans "l'âge de fer planétaire" et la "préhistoire de l'esprit humain". (SO-84)

- L'âge de fer planétaire, c'est aussi l'âge de fer des idées. La recherche d'une relation civilisée entre l'esprit et l'idée va de pair avec la recherche d'une société civilisée. Le problème du sous-développement de l'esprit humain, y compris scientifique, est au cœur de notre problème historique. Le sous-développement n'est pas seulement celui des esprits voués aux illusions mythologiques, aux croyances superstitieuses, et aux grossièretés idéologiques. C'est aussi celui de l'esprit techno-scientifique, hyper-spécialisé, unidimensionnel et abstrait, voué aux théories réductrices et obéissant aux paradigmes mutilants; l'abstraction colonise notre monde, et il est nécessaire de coloniser les abstractions qui nous colonisent. (M4-91)

- En 1945, la bombe d'Hiroshima a fait entrer l'âge de fer planétaire dans une phase damocléenne. La crainte du péril nucléaire, un temps assoupie, s'est réveillée au cours de la dernière décennie. Si les Etats-Unis et la Russie s'emploient à réduire un stock nucléaire capable de détruire plusieurs fois l'humanité, l'arme se dissémine, se miniaturise ; elle est déjà la propriété d'Etats paranoïdes et elle sera bientôt à la disposition de dictateurs fous et de groupes terroristes. La potentialité d'auto-anéantissement accompagne désormais la marche de l'humanité. une autre menace damocléenne s'est levée après l'alerte écologique de 1970-1972 ; on se rend progressivement compte, dans les années 1980, que le développement techno- industriel détermine des dégradations et pollutions multiples, et, aujourd'hui, la mort plane dans l'atmosphère, promise au réchauffement par l'effet de serre. Ainsi, une mort d'un type nouveau s'est introduite dans la sphère de vie dont fait partie l'humanité. (TP-93)

- Nous savons aujourd'hui que les possibilités cérébrales de l'être humain sont encore en très grandes parties inexploitées. Nous sommes encore dans la préhistoire de l'esprit humain. Comme les possibilités sociales sont en relation avec les possibilités cérébrales, nul ne peut assurer que nos sociétés aient épuisé leurs possibilités d'amélioration et de transformation et que nous soyons arrivés à la fin de l'histoire....

- Nous vivons une époque incertaine où sont mêlés les germes progressifs et les germes régressifs. Certes, la modernité est en crise parce que la certitude du progrès et la foi dans le futur étaient les fondements de la modernité. Mais le mot postmoderne est trop pauvre pour parler de ce que nous vivons effectivement, et qui est plus que la fin des Temps modernes. Nous vivons quelque chose d'aussi important que le fut la transition entre le paléolithique et le néolithique, qui a vu le début de la disparition des petites sociétés de quelques centaines d'individus - sans agriculture, sans Etat, sans ville, sans armée, sans classes sociales, etc. -, tandis que naissaient, encore très marginalement, les premières cités et les premiers empires. Ainsi le monde historique est né. Les civilisations historiques se sont répandues sur le globe, dévorant ou anéantissant les civilisations préhistoriques. Puis l'impérialisme européen a remis en relations, après cinquante millénaires de diaspora, ou plus, tous les représentants de l'espèce humaine. Ainsi l'ère planétaire est née et s'est développée dans la conquête, l'asservissement, la guerre. Nous sommes toujours dans l'âge de fer planétaire, et nous ne savons si nous pourrons sortir de cet âge de fer et de la préhistoire de l'esprit humain. (PC-97)

- Nous sommes dans la préhistoire de l'esprit humain, ce qui signifie que les capacités mentales humaines sont encore sous-exploitées, notamment sur le plan des relations avec autrui. Nous sommes des barbares dans nos relations avec autrui, pas seulement dans les rapports entre religions et peuples différents mais au sein même d'une famille, entre parents, où la compréhension fait défaut. (LFM-97)

- Conçu de façon seulement technico-économique, le développement est à terme insoutenable, y compris le développement durable. Il nous faut une notion plus riche et complexe du développement qui soit non seulement matériel mais aussi intellectuel, affectif, moral... Le XX siècle n'a pas quitté l'âge de fer planétaire ; il s'y est enfoncé. (SSEF-00)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.