DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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SYSTÈME





- Plus un système vivant est autonome, plus il est dépendant à l'égard de l'écosystème ; en effet, l'autonomie suppose la complexité, laquelle suppose une très grande richesse de relations de toutes sortes avec l'environnement, c'est-à-dire dépend d'interrelations, lesquelles constituent très exactement les dépendances qui sont les conditions de la relative indépendance. (PP-73)

- Tous les objets clés de la physique, de la biologie, de la sociologie, de l'astronomie, atomes, molécules, cellules, organismes, sociétés, astres, galaxies constituent des systèmes. Hors systèmes, il n'y a que la dispersion particulaire. Notre monde organisé est un archipel de systèmes dans l'océan du désordre. Tout ce qui était objet est devenu système. Tout ce qui était même unité élémentaire, y compris et surtout l'atome, est devenu système.... Ce qui est remarquable, c'est le caractère systémique de l'univers organisé. Celui-ci est une étonnante architecture de systèmes s'édifiant les uns sur les autres, les uns entre les autres, les uns contre les autres, s'impliquant et s'imbriquant les uns les autres, avec un grand jeu d'amas, plasmas, fluides de micro-systèmes circulant, flottant, enveloppant les architectures de systèmes. Ainsi l'être humain fait partie d'un système social, au sein d'un éco-système naturel, lequel est au sein d'un système solaire, lequel est au sein d'un système galaxique : il est constitué de systèmes cellulaires, lesquels sont constitués de systèmes moléculaires, lesquels sont constitués de systèmes atomiques.

- Le système a pris la place de l'objet simple et substantiel, et il est rebelle à la réduction en ses éléments; l'enchaînement de systèmes en systèmes brise l'idée d'objet clos et auto-suffisant. On a toujours traité les systèmes comme des objets; il s'agit désormais de concevoir les objets comme des systèmes.

- On peut concevoir le système comme unité globale organisée d'interrelations entre éléments, actions ou individus.

- Le système est le caractère phénoménal et global que prennent des interrelations dont l'agencement constitue l'organisation du système. Les deux concepts sont liés par celui d'interrelations : toute interrelation dotée de quelque stabilité ou régularité prend caractère organisation nel et produit un système. Il y a donc une réciprocité circulaire entre ces trois termes : interrelation, organisation , système.

- Il y a toujours, dans l'extraction, l'isolement, la définition d'un système, quelque chose d'incertain ou d'arbitraire : il y a toujours décision et choix, ce qui introduit dans le concept de système la catégorie du sujet. Le sujet intervient dans la définition du système dans et par ses intérêts, ses sélections et finalités, c'est-à-dire qu'il apporte dans le concept de système, à travers sa surdétermination subjective, la surdétermination culturelle, sociale et anthropologique. Ainsi le système requiert un sujet qui l'isole dans le grouillement polysystémique, le découpe, le qualifie, le hiérarchise. Il renvoie, non seulement à la réalité physique dans ce qu'elle a d'irréductible à l'esprit humain, mais aussi aux structures de cet esprit humain, aux intérêts sélectifs de l'observateur/sujet, et au contexte culturel et social de la connaissance scientifique.

- Les objets font place aux systèmes. Au lieu des essences et des substances, l'organisation ; au lieu des unités simples et élémentaires, les unités complexes ; au lieu des agrégats formant corps, les systèmes de systèmes de systèmes. L'objet n'est plus une forme-essence et/ou matière substance. L'idée de forme est conservée, mais transformée : la forme, c'est la totalité de l'unité complexe organisée qui se manifeste phénoménalement en tant que tout dans le temps et l'espace ; la forme Gestalt est le produit des catastrophes, des interrelations/interactions entre éléments, de l'organisation interne, des conditions, pressions, contraintes de l'environnement. La forme cesse d'être une idée d'essence pour devenir une idée d'existence et d'organisation . (M1-77)

- Tout système, y compris d'idées, tend, avec le temps, à se dégrader, se corrompre, se désintégrer. Contre cette entropie croissante, il peut lutter par le chaud, c'est-à-dire l'activité permanente d'auto-révision et autoréorganisation , à travers échanges avec le monde extérieur et dialogues avec les autres systèmes d'idées. Bien entendu, cela comporte des risques lorsque les données extérieures se mettent à infirmer le système, et que les autres systèmes lui donnent à considérer des arguments de moins en moins réfutables. Dès lors, cette ouverture du système, au lieu de l'entretenir et de le régénérer, accélère et amplifie sa dégénérescence. Il est un autre mode pour un système d'idées de se protéger contre la corruption. C'est de se fermer et de se pétrifier. Alors qu'on peut nommer théorie le système d'idées ouvert, on peut appeler doctrine le système d'idées fermé. Ce système est "froid" parce qu'il cesse de "travailler", de dégager de la chaleur par échanges/dialogues avec l'extérieur. Ses concepts se pétrifient, échappant ainsi provisoirement à la corruption qui frappe tout ce qui vit. Il n'y a plus d'échanges/dialogues, mais de la polémique (réfutation, rejet). Il y a désormais auto-suffisance : le système se prouve logiquement de lui-même à partir de ses idées clés et de ses données de base qu'il pose comme évidences irréfutables. Ainsi fondée sur ses évidences devenues dogmes, la doctrine , désormais insensible aux données et arguments extérieurs, devient, pour employer le terme popperien, "non falsifiable" : elle ne dispose plus d'aucun moyen de se démontrer à elle-même sa fausseté, et, par là, elle interdit à quiconque de lui démontrer sa fausseté. (PSVS-81)

- Il y a dans toute construction de système, une potentialité délirante, proprement philosophique. Toute pensée risque la folie, ou plutôt risque deux folies. La première est dans la construction de systèmes, la seconde est dans l'affrontement des contradictions et le voyage aux limites de la pensée. C'est cette aventure là qui peut foudroyer (Pascal, Nietzsche). C'est cette seconde folie qui est un beau risque à courir. (JL-81)

- Le système ouvert est à l'origine une notion thermodynamique, dont le caractère premier était de permettre de circonscrire, de façon négative, le champ d'application du deuxième principe, qui nécessite la notion de système clos, c'est-à-dire ne disposant pas de source énergétique/matérielle extérieure à lui-même. Une telle définition n'aurait guère offert d'intérêt si ce n'était que l'on pouvait dès lors considérer un certain nombre de systèmes physiques (la flamme d'une bougie, le remous d'un fleuve autour de la pile d'un pont), et surtout les systèmes vivants comme des systèmes dont l'existence et la structure dépendent d'une agreenntation extérieure, et dans le cas des systèmes vivants, non seulement matérielle/énergétique, mais aussi organisationnelle/informationnelle.

- Un système clos, comme une pierre, une table, est en état d'équilibre, c'est-à-dire que les échanges en matière/énergie avec l'extérieur sont nuls. Par contre, la constance de la flamme d'une bougie, la constance du milieu intérieur d'une cellule ou d'un organisme ne sont nullement liées à un tel équilibre; il y a, au contraire, déséquilibre dans le flux énergétique qui les agreennte, et, sans ce flux, il y aurait dérèglement organisation nel entraînant rapidement dépérissement.

- Dans un premier sens, le déséquilibre nourrissier permet au système de se maintenir en apparent équilibre, c'est-à-dire en état de stabilité et de continuité, et cet apparent équilibre ne peut que se dégrader s'il est livré à lui-même, c'est-à-dire s'il y a clôture du système. Cet état assuré, constant et pourtant fragile ... a quelque chose de paradoxal : les structures restent les mêmes bien que les constituants soient changeants; ainsi en est-il non seulement du tourbillon, ou de la flamme de la bougie, mais de nos organismes, où sans cesse se renouvellent nos molécules et nos cellules, tandis que l'ensemble demeure apparemment stable ou stationnaire. Dans un sens, le système doit se fermer au monde extérieur afin de maintenir ses structures et son milieu intérieur qui, sinon, se désintégreraient. Mais, c'est sont ouverture qui permet cette fermeture.

- Le problème devient plus intéressant encore lorsqu'on suppose une relation indissoluble entre le maintien de la structure et le changement des constituants, et nous débouchons sur un problème clé, premier, central, évident, de l'être vivant, problème pourtant ignoré et occulté, non seulement par l'ancienne physique, mais aussi par la métaphysique occidentale/cartésienne, pour qui toutes choses vivantes sont considérées comme des entités closes, et non comme des systèmes organisant leur clôture (c'est-à-dire leur autonomie) dans et par leur ouverture.

- Deux conséquences capitales découlent donc de l'idée de systèmes ouvert : la première est que les lois d'organisation du vivant ne sont pas d'équilibre, mais de déséquilibre, rattrapé ou compensé, de dynamisme stabilisé... La seconde conséquence, peut-être plus majeure encore, est que l'intelligibilité du système doit être trouvée, non seulement dans le système lui-même, mais aussi dans sa relation avec l'environnement, et que cette relation n'est pas qu'une simple dépendance, elle est constitutive du système. La réalité est dès lors autant dans le lien que dans la distinction entre le système ouvert et son environnement. Ce lien est absolument crucial tant sur le plan épistémologique, méthodologique, théorique, empirique. Logiquement le système ne peut être compris qu'en incluant en lui l'environnement, qui lui est à la fois intime et étranger et fait partie de lui-même tout en lui étant extérieur. (IPC-90)

- On peut dire que la notion de système, ou encore d'organisation , terme que je préfère, permet de connecter et de relier les parties à un tout et de nous désemprisonner de connaissances fragmentaires. (MO-97)

- Quand un système est incapable de résoudre avec ses propres moyens ses problèmes fondamentaux, ou bien il craque, ou bien il réussit à faire surgir de lui un «méta-système», plus complexe, capable de résoudre les problèmes qui se posent à lui. (LF-02)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.