DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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Société - Organisation sociale




- De plus en plus apparaîtront aux sociétés évoluées, si elles continuent leur course à la prospérité, l'irrationalisme de l'existence rationalisée, l'atrophie d'une vie sans communication véritable avec autrui comme sans réalisation créatrice, l'aliénation dans le monde des objets et des apparences. (FO-59)

- Comme on sait, la sociologie humaine se croyait sans précédent dans le monde vivant, et les seules sociétés reconnues, celles des fourmis, termites et abeilles, semblaient non seulement des exceptions extraordinaires, mais les exemples monstrueux de l'antisociété, parce que fondées uniquement sur l'obéissance à un « instinct aveugle ». Le biologisme de son côté n'avait ni les concepts, ni la volonté pour sortir hors de son paradigme organismique et il concevait les sociétés organisées d'insectes comme cas d'espèce, et non comme développements particuliers de la sociologie animale. De façon très curieuse et révélatrice, la sociologie animale émerge à la périphérie de l'éthologie. C'est en reliant les diverses données mises en relief par l'éthologie que l'on peut aujourd'hui constituer une notion de société. Cette société aménage et défend, bien entendu, sa base territoriale, elle est structurée hiérarchiquement, mais cette hiérarchie est la résultante de compétitions et de conflits qui se résolvent provisoirement par des rapports interindividuels de soumission/domination; ceux-ci, concaténés les uns aux autres, constituent précisément la hiérarchie. En même temps, la société implique des solidarités à l'égard des ennemis et dangers extérieurs et suscite des activités de coopération souvent subtilement organisées et différenciées. La richesse des communications à travers signes, symboles, rites, est précisément fonction de la complexité et de la multiplicité des relations sociales; la grande diversité d'individu à individu, chez les oiseaux et surtout les mammifères, détermine, et accroît cette complexité.
Tout cela signifie que la société, conçue comme organisation complexe d'individus divers, fondée à la fois sur la compétition et la solidarité, comportant un système de communication riche, est un phénomène extrêmement répandu dans la nature. Et nous ne sommes qu'au début de la prospection.
De toute façon, la substitution de la notion de société à celles de hordes, troupes, colonies, devient nécessaire dès lors que l'on découvre l'organisation complexe de ces groupes. Ici encore, c'est autour du concept d'organisation qu'émerge une nouvelle complexité bio-sociologique, et c'est autour du concept de complexité qu'émerge le visage de l'organisation sociale.
On peut désormais concevoir que la société est une des formes fondamentales très largement répandues, très inégalement, mais très diversement développée, de l'auto-organisation des systèmes vivants. Dès lors, la société humaine apparaît comme une variante et un développement prodigieux du phénomène social naturel; dès lors, la sociologie - science humaine - perd son insularité et devient le couronnement de la sociologie générale - science naturelle (Moscovici, 1972)

- [...] société et individualité ne sont pas deux réalités séparées s'ajustant l'une à l'autre, mais il y a un ambi-système où complémentairement et contradictoirement individu et société sont constitutifs l'un de l'autre tout en se parasitant l'un l'autre.

- [...] une société s'autoproduit sans cesse parce qu'elle s'autodétruit sans cesse. (PP-73)

- La société moderne n'est pas seulement sensible aux événements extérieurs, qui viennent de l'éco-système ou des autres sociétés, donc apte à assimiler et développer les nouveautés étrangères. Elle suscite d'elle-même les événements et écarts de par le caractère extrêmement lache de l'intégration des éléments qui la constituent. Elle entretient une instabilité permanente qui fait que le jeu des complémentarités sociales est un même temps un jeu d'antagonismes, que le jeu des différences est en même temps un jeu d'oppositions, que ses rythmes oscillatoires, notamment les dépressions économiques, créent eux-mêmes, quand ils sont aggravés par une conjoncture défavorable, de véritables écarts sociologiques (crises). Elle est faiblement intégrée culturellement; l'implacabilité des normes et des tabous s'y est affaiblie; les zones d'anomie, de marginalité, d'originalité sont plus ou moins tolérées et constituent d'elles-mêmes des zones d'écarts sociologiques, propices à la schismogenèse et à la morphogenèse. L'écart ne se situe pas seulement dans les micro-milieux périphériques, il peut se situer dans la zone de décision, au pouvoir même, dont les détenteurs peuvent dans certaines conditions, en prenant des options nouvelles, se permettre d'effectuer des écarts, c'est-à-dire des déviances motrices et morphogénétiques. - La société moderne, en étant plus tolérante à l'égard des déviances et originalités, y compris artistiques, intellectuelles et scientifiques, s'ouvre à la fois au «bruit», aux aléas, aux événements, aux écarts. C'est toujours d'un ou de quelques individus que part une conduite, une idée, une invention nouvelle. L'autonomie individuelle est donc une condition, non seulement de la nouveauté et de l'invention, mais des nouvelles tendances et contre-tendances, jusqu'au moment où le snobisme, puis le conformisme vont contribuer à leur développement. (ET-76)

- Je suis persuadé que nos sociétés sont de monstrueuses ébauches et que nos temps historiques sont une époque d'essais et erreurs, préludant à une nouvelle forme d'organisation sociale, analogue en cela à la période prébiotique où pendant un milliard d'années se sont essayées des combinaisons temporaires, toutes non viables, jusqu'à ce que se constitue la merveille d'organisation cellulaire. Ainsi, il peut, il doit y avoir des progrès, des réformes, des mutations, des révolutions. Mieux, il peut y avoir, s'il y a chance, un grand progrès, une nouvelle forme de société, un épanouissement d'humanité. (PSVS-81)

- Les sociétés domestiquent les individus par les mythes et idées qui à leur tour domestiquent les sociétés et les individus, mais les individus pourraient réciproquement domestiquer leurs idées en même temps qu'ils pourraient contrôler leur société qui les contrôle. Dans le jeu si complexe (complémentaire-antagoniste-incertain) d'asservissement-exploitation-parasitisme mutuels entre les trois instances (individu, société, noosphère)) il ne s'agit nullement de nous donner comme idéal de réduire les idées à de purs instruments et d'en faire des choses. Les idées existent par et pour l'homme, mais l'homme existe aussi par et pour les idées. Nous ne pouvons bien nous en servir que si nous savons aussi les servir. (M4-91) société/communauté : - Toute société est une communauté/société, par exemple la France est une société rivalitaire de conflits de tous ordres, mais c'est aussi une communauté : en cas de péril extérieur, on défend l'intégrité du territoire ou de la patrie. Le phénomène de communauté/société est un phénomène normal pour toute société organisée qui a besoin d'un tissu communautaire, d'un tissu fraternisant. - La science est une communauté/société de type très original..... l'essence des relations entre scientifiques est à la fois de nature amicale et hostile, de collaboration, de coopération et de rivalité, de compétition. C'est là un trait qui définit l'activité scientifique avec cette règle du jeu de vérification ; c'est son originalité par rapport aux autres réalités culturelles ou collectives. Il y a ces conflits mais la communauté scientifique est réelle aussi. (SC-90)

Etre du troisième type : - Ce qui est intéressant, c'est que nous sommes dans une époque où nos sociétés, Etats-nations, développement la concentration des pouvoirs d'Etat, les contrôles économiques, la fonction assistancielle de l'Etat, dit Welfare State. Dès lors, il semble que nos sociétés deviennent des êtres du troisième type. - Qu'est-ce que ça veut dire être du troisième type ? J'appelle être ou individu du premier type l'unicellulaire. Les êtres du deuxième type c'est nous, organismes multicellulaires du règne animal , mammifères, primates, hommes qui constituons une population de 30 milliards de cellules assujetties en nous. Mais voilà que la société humaine tend au cours de l'histoire à se constituer en être du troisième type disposant d'un patrimoine propre qui est la culture, d'un centre de commande propre qui est l'Etat. Certes, les développements des individus et de la société sont interdépendants dans le sens où les individus puisent des connaissances, de la culture, dans la société qui permet leur développement. Mais inversement, ils sont inhibés ou réprimés par les lois, par les normes, par les interdits. Il y a un jeu très complexe de complémentarité et d'antagonisme entre l'individu et la société. (SC-90)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.