DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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Réalité - Réel




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- La réalité n'est ni le réel, ni l'imaginaire, mais leur affirmation et leur négation mutuelles.

- Le réel est pris en sandwich entre les deux imaginaires : le souvenir et l'imagination.

- Il faudrait montrer qu'il y a moins de matérialité dans le réel qu'il ne semble, plus de réalité dans l'imaginaire qu'on ne croit, et par ce rapprochement, essayer de considérer leur étoffe commune : la réalité humaine.

- Le réel est non tant un fait qu'une idée réifiée. Cette idée réifiée polarise nos expériences... Il faut aussi ajouter que le l'irréel est une réification à vide. Seule une dialectique souveraine nous ferait surmonter l'alternative du réel et de l'irréel.

- La réification du réel constitue un des fondements de notre civilisation du XX siècle. Elle est significative de la magie moderne. Nous ne pouvons que réduire cette réification mais non pas l'abolir : nous ne pouvons vivre en nous passant vraiment de l'idée de réel. La réification fait constitutionnellement partie de l'expérience humaine en tant qu'expérience du réel. Il y a un noyau de magie que nous ne saurions faire éclater sans faire éclater la raison elle-même. (ARG18-60)

- La réalité est inachevée (inachevable). C'est par un acte magique que l'esprit humain "achève" la réalité. C'est l'acte magique du "réalisme" qui, du même coup qu'il crée le réel, crée le couple réel-irréel, et oppose la réalité à l'irréalité.

- Ce que nous appelons le monde, la nature, la matière, la vie embrasse une dialectique où réel et virtuel sont réciproquement infrastructure et superstructure l'un de l'autre. C'est-à-dire que l'idée de réel, à elle seule devient insuffisante pour rendre compte de la réalité (c'est-à-dire de la totalité, de la contradiction, de la relativité). C'est-à-dire que l'idée même du réel est marquée par la magie de réification.

- Le mot réalité est plus qu'équivoque. C'est un mot-trappe, qui s'ouvre sur une autre trappe et à l'infini. Si l'on part de la réalité dite du "sens commun", ou dite du "monde sensible", un minimum de réflexion décompose et dissout cette réalité.

- Le réel n'est pas une chose. Il y a, à un moment donné, dans notre conscience, l'émergence d'un couple réel-iréel. Ce qu'il faut comprendre, c'est ce sentiment de réalité qui donne substance, densité, vérité, authenticité (le réel est comme la constellation de ces notions et quelques autres) à une table, un pays, une hallucination. Le sentiment de réalité peut saisir n'importe quoi; le sentiment d'irréalité également. (Moi, je ne peux jamais me défaire totalement de l'idée que tout ce qui est réel est par quelque aspect irréel, que tout ce qui est irréel et par quelque aspect réel.)

- La science, après avoir constitué, institué le réel de la bande moyenne, le ronge et le dissout en grattant au profond de la bande (la bande moyenne n'était donc pas seulement étroite, mais superficielle !). Le réel se pulvérise au niveau micro-physique, et, au niveau macro-physique, le cosmos courbe l'espace et joue de l'accordéon avec le temps. Les bornes cardinales du réel se sont volatilisées. Nous savons que nous sommes sur la bande moyenne comme sur un tapis volant.

- Nous sommes à l'ère de la mythologie du réel. Les anciennes mythologies croyaient en la réalité des légendes. La nouvelle mythologie tisse la légende de la réalité. C'est l'ontologie du réel qui réifie, hypostasie une notion qu'il s'agit plutôt de relativiser, après qu'elle a elle-même relativisé les mythes et les croyances. (VS-69)

- Rien ne suffit, tout est nécessaire. Il nous faut une nouvelle volonté d'intelligence , beaucoup plus exigeante que l'ancienne. Un ancien réel, que l'on croyait sûr, vérifiable, rationnel, agonise. En fait, il contenait du rêve, il était hallucinatoire et hystérique. Il nous faut commencer par découvrir que l'idée est malade, que la pensée est malade, que le réel est malade. C'est non pas perdre l'idée et le réel, mais perdre l'illusion de la lucidité et de la santé. C'est déjà savoir qu'il nous faut élucider ce sur quoi nous sommes aveugles et qui nous aveugle.

- Il nous faut découvrir que penser
le réel est l'aventure la plus difficile de toutes. C'est naviguer entre mutilation et confusion, entre sclérose et dérive, entre rationalisation et irrationalité, avec et contre raison/folie.

- La démythification est nécessaire, mais elle doit aussi se réfléchir elle-même et découvrir ce problème énorme : le mythe fait partie de la réalité humaine et politique. La notion même de réel a une composante imaginaire dans le sens où elle comporte une "réification". La réalité de l'homme est semi-imaginaire.

- Le réel excède la rationnel, l'intelligible, on ne peut le bouffer, le digérer qu'en toutes petites parties ; sans trêve, on chie du réel non assimilé ; dans tous ces sens, le réel est énorme. (JL-81)

- Il faut se souvenir que la pensée simplifiante-mutilante laisse tomber entre ces catégories, fait rejeter par ses catégories des lambeaux énormes du réel. (PSVS-81)

- Le réel est plus insondable encore que la mort. (M3-86)

- Nous avons toujours besoin du secours du réel, mais qu'est-ce justement que le réel, sinon ce que l'idée nous désigne tel ? Le réel n'est pas impératif, comme on le croit. Ses apparences sont fragiles et son essence est cachée ou inconnue. Sa matière, son origine, son fondement, son devenir sont incertains. Sa complexité est tissée d'incertitudes. d'où son extrême faiblesse devant la sur-réalité formidable du mythe, de la religion, de l'idéologie et même d'une idée. L'idée de réel est elle-même une idée réifiée qui nous présente un réel trop solide, trop substantiel, trop évident. (M4-91)

- Le paradigme de complexité qui nous aide à reconnaître la complexité des réalités ne donne pas la certitude. Il nous aide au contraire à révéler non seulement les incertitudes inhérentes aux structures mêmes de notre connaissance, mais aussi les trous noirs d'incertitude dans les réalités présentes.... Ainsi : - La réalité n'est pas faite que d'immédiat. - La réalité n'est pas lisible de toute évidence dans les faits. - Les idées et théories ne reflètent pas mais traduisent la réalité, d'une façon qui peut être erronée. - Notre réalité n'est autre que notre idée de la réalité. - La réalité relève, elle aussi, du pari. Alors, dans la difficulté de reconnaître la réalité, on peut poser cette question : est-il réaliste d'être réaliste ? Le petit réalisme qui croit la réalité lisible et qui ne voit que l'immédiat est aveugle. Comme disait Bernard Groethuysen : «Etre réaliste, quelle utopie !»

- Dans la lutte entre l'idée et le réel, le réel n'est pas toujours le plus fort. L'idée peut acquérir une force terrifiante en buvant le sang du réel.

- L'incertitude de l'esprit et l'incertitude du réel offrent à la fois risque et chance. L'insuffisance du réalisme immédiat ouvre la porte à l'au-delà de l'immédiat. Le problème est d'être ni réaliste au sens trivial (s'adapter à l'immédiat), ni irréaliste au sens trivial (se soustraire aux contraintes de la réalité), mais d'être réaliste au sens complexe (comprendre l'incertitude du réel, savoir qu'il y a du possible encore invisible dans le réel), ce qui semble souvent irréaliste. (TP-93)

- Je suis conjointement arrivé à l'idée que le surgissement de contradictions et d'antinomies nous signalent les profondeurs du réel. Celles-ci se révèlent là où nos instruments théoriques et logiques échouent, là où notre logique s'affole et se paralyse. La connaissance de la connaissance nous enseigne que nous ne connaissons qu'une mince pellicule de la réalité. La seule réalité qui nous soit connaissable est coproduite par l'esprit humain, avec l'aide de l'imaginaire. Le réel et l'imaginaire sont co-tissés et forment le complexus de nos êtres et de nos vies. La réalité humaine en elle-même est semi-imaginaire. La réalité est seulement humaine, et elle n'est que partiellement réelle.

- Je pense à la fois que tout n'est qu'illusion, et que pourtant cette illusion est notre seule réalité. Je vis la contradiction entre mon sentiment du peu de réalité de la réalité et mon sentiment que notre seule réalité est celle de ce monde phénoménal; je vis tantôt le sentiment d'être comme un fantôme dans le monde des apparences, et tantôt celui de jouir du miracle inouï de la vie. Je sens parfois le néant partout et je ressens parfois une plénitude extatique qui me fait chavirer. Je sais que notre seule réalité se trouve dans les phénomènes fugitifs qui ont si peu de réalité, mais que le plus fragile et le plus éphémère, l'amour , est aussi la réalité le plus sublime.

- Il y a une brèche dans le réel, ouvrant une brèche dans l'intelligibilité, brèche dans la logique, inapte à se refermer démonstrativement sur elle-même; par ces deux brèches s'effectue une hémorragie de ce qu'on continue à appeler le réel, qui suscite la ruine irréparable des fondements de la connaissance. L'idée de fondement doit sombrer avec l'idée de dernière analyse, de cause ultime, d'explication première. La crise des fondements de la connaissance scientifique rejoint la crise des fondements de la connaissance philosophique, l'une et l'autre convergeant sur la crise ontologique du réel pour nous confronter au problème des problèmes, celui de la crise des fondements de la pensée.

- A la place des fondements perdus, il y a une "vase" (Popper) sur laquelle s'élèvent les pilotis du savoir scientifique, une "mer de boue sémantique" à partir de quoi émerge le concevable... Ce que nous indique la physique : notre réel se dissout dans la bouillie subatomique. Le Temps et l'Espace n'occupent que l'aspect phénoménal du réel. Ce réel phénoménal, je ne l'ai jamais dévalué au profit d'un nirvana; nos vies, nos amours, nos souffrances ont une réalité absolue. Je dois assumer la contradiction entre mes deux sentiments, celui de la faible réalité de la réalité et celui que cette faible réalité est pourtant notre seule forte réalité, puisqu'en elle se trouvent nos amours, nos passions, nos souffrances. Le réel est mystère, mystère dans les deux sens : dans le premier sens, c'est l'inconnu/inconnaissable; dans le second sens, c'est une cérémonie profane/sacrée où nos vies jouent et se jouent. (MD-94)

- Ce que nous croyons être la réalité objective est une construction, un découpage. Le réel est rempli d'illusions et de leurres. Le réel est rempli de microbes qui peuvent soudain proliférer, l'envahir, le détruire. Le réel avance en taupe, souterrainement, le réel avance en crabe, latéralement, le réel avance parfois en tortue, comme l'URSS qui sembla immobile pendant des décennies et parfois en lièvre, comme la même URSS de 1989 à 1991. Aussi que d'obstacles pour arriver à une réalité qui semble si évidente et banale.
La réalité n'est pas lisible de toute évidence.
La réalité n'est pas que matérielle.
Les idées et théories ne reflètent pas, mais traduisent une réalité de façon parfois erronée.
Notre réalité n'est autre que notre idée de la réalité.
La réalité est incertaine. Il y a plus une relation d'incertitude entre l'idée et le réel. L'idée peut s'imposer au réel, mais celui-ci ne se conformera pas pour autant à l'idée. Les rejetons produits par les copulations entre le réel et l'idée ne sont conformes à aucun des deux géniteurs. Ainsi l'examen préalable de la notion de réalité frappe d'incertitude les réalismes, révèle parfois que des apparents irréalismes étaient réalistes, et il arrive que la révolte éthique détermine une conscience plus lucide que l'acceptation réaliste du fait accompli. Finalement, la question se pose : est-il réaliste d'être réaliste ? Bernard Groethuysen, allait jusqu'à dire : «Etre réaliste, quelle utopie ! » (PC-97)

- Les idées et théories ne reflètent pas, mais traduisent la réalité qu'elles peuvent traduire de façon erronée. Notre réalité n'est autre que notre idée de la réalité. Aussi importe-t-il de ne pas être réaliste au sens trivial (s'adapter à l'immédiat) ni irréaliste au sens trivial (se soustraire aux contraintes de la réalité), il importe d'être réaliste au sens complexe : comprendre l'incertitude du réel, savoir qu'il y a du possible encore invisible dans le réel. Ceci nous montre qu'il faut savoir interpréter la réalité avant de reconnaître où est le réalisme. (SSEF-00)

- Je crois fondamentalement qu'il y a moins de matérialité dans le réel qu'il ne semble, et plus de réalité dans l'imaginaire qu'on ne croît. Le réel est pris en sandwich entre deux imaginaires : le souvenir et l'imagination. Quand à la réalité humaine, elle n'est ni le réel ni l'imaginaire, mais l'un dans l'autre. En somme, il y a toujours une part d'imaginaire dont nous avons besoin pour vivre. (MC-08)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.