DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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Progrès




- L'idée de progrès semblait évidente à la fois comme direction assurée et comme progression effective. La croissance économique semblait déterminer le développement économique, lequel déterminait le développement social et individuel. L'accroissement quantitatif entraînait de lui-même l'épanouissement qualitatif. Or, cette idée de progrès était métaphysique dans le sens littéral où elle ignorait la loi, ou plutôt, l'anti-loi physique fondamentale : nous sommes dans un universoù joue un principe d'agitation, de dispersion, de désordre, où tout travail comporte déperdition et dégradation d'énergie, où toute organisation comportant du travail - depuis l'organisation des étoiles jusqu'à celle des être vivants - produit par là même sa propre désorganisation , contre quoi elle lutte par autoréorganisation permanente, mais qui finalement, l'emporte et produit la mort : ainsi les étoiles comme les vivants sont promis à la mort. Tout progrès est partiel, local, provisoire, et, de plus, produit de la dégradation, de la désorganisation , c'est-à-dire du régrès. L'évolution biologique peut être considérée comme un progrès buissonnant à partir d'une archaïque vie unicellulaire. Mais ce progrès s'est payé par la dispersion d'espèces de milliers de fois plus nombreuses que les espèces aujourd'hui survivantes. Tout organisme vit, non seulement de la vie, mais aussi de la mort (le renouvellement) de ses cellules. Toute société vit, non seulement de la vie, mais aussi de la mort de ses individus. Ainsi, il n'y a ni progrès définitivement acquis, ni progrès qui n'est que progrès, ni progrès sans ombre. Tout progrès risque de sa dégrader et comporte un double jeu dramatique progression/régression. (PSVS-81)

- ... dans l'univers physique, biologique, sociologique et anthropologique, il y a une problématique complexe du progrès. Dire complexité signifie que l'idée, ici le progrès, comporte de l'incertitude, comporte sa négation et sa dégradation potentielle et comporte du coup la lutte contre la dégradation. Autrement dit, il faut faire un progrès dans l'idée de progrès. Le progrès doit cesser d'être une notion linéaire, simple, assurée, irréversible, pour devenir complexe et problématique. La notion de progrès doit comporter autocritique et réflexivité. (SC-90)

- On doit bien accepter qu'il n'y a pas des rails de l'histoire conduisant vers le mieux être, alors qu'on s'ordonnait jusque là au mythe du progrès.(EAP-95)

- Le mythe du progrès, qui est au fondement de notre civilisation, qui voulait que, nécessairement, demain serait meilleur qu'aujourd'hui, et qui était commun au monde de l'Ouest et au monde de l'Est, puisque le communisme promettait un avenir radieux, s'est effondré en tant que mythe. Cela ne signifie pas que tout progrès soit impossible, mais qu'il ne peut plus être considéré comme automatique et qu'il renferme des régressions de tous ordres. Il nous faut reconnaître aujourd'hui que la civilisation industrielle, technique et scientifique crée autant de problèmes qu'elle en résout. (LFM-97)

- On a pu Croire que le progrès était automatique garanti par l'évolution historique. On a cru que la science ne pouvait être que progressive, que l'industrie ne pouvait apporter que des bienfaits, que la technique ne pouvait apporter que des améliorations. On a cru que des lois de l'histoire garantissaient l'épanouissement de l'humanité et, sur cette base, on a cru qu'il était possible de mettre sur terre le salut, c'est-à-dire ce règne du bonheur que les religions avaient promis dans le ciel. Or on assiste aujourd'hui à l'effondrement de l'idée qu'il puisse y avoir un salut sur terre, ce qui ne veut pas dire qu'il faille renoncer à l'idée d'améliorer les rapports humains et de civiliser l'humanité. L'abandon de l'idée de salut est lié à la compréhension qu'il n'y a pas de lois de l'histoire, que le progrès n'est pas garanti, qu'il n'est pas automatique. Non seulement le progrès doit être conquis, mais, chaque fois qu'il est conquis, il peut régresser et il faut sans cesse le régénérer. (APS-97)

- La démence n'a pas conduit l'espèce humaine à l'extinction (seules les énergies nucléaires libérées par la raison scientifique et seul le développement de la rationalité technique aux dépens de la biosphère pourraient la conduire à sa disparition). Et pourtant, tant de temps semble avoir été perdu, gaspillé à des rites, des cultes, des ivresses, des décorations, des danses, et d'innombrables illusions... En dépit de tout cela, le développement technique, puis scientifique, a été foudroyant ; les civilisations ont produit philosophie et science ; l 'Humanité a dominé la Terre. C'est dire que les progrès de la complexité se sont faits à la fois malgré, avec et à cause de la folie humaine.

- La possibilité anthropologique, sociologique, culturelle, spirituelle de progrès restaure le principe d'espérance, mais sans certitude " scientifique ", ni promesse " historique ". C'est une possibilité incertaine qui dépend beaucoup des prises de conscience, des volontés, du courage, de la chance... Aussi, les prises de conscience sont-elles devenues urgentes et primordiales. (SSEF-00)

- La crise de civilisation est invisible parce qu'on ne voit qu'une myriade de crises individuelles, qu'une myriade de problèmes disjoints les uns des autres. Je la crois profonde. Marx disait que l'histoire progresse par le mauvais côté. Aujourd'hui, on pourrait s'interroger sur la pertinence du terme «progresse». L'idolâtrie de la modernité a empêché d'entrevoir la face cachée du progrès, sa face sombre. Elle empêche de voir que le progrès technique, scientifique, économique n'est pas la locomotive du progrès humain. (LF-02)

- Partout le progrès des sciences, des techniques, de l'économie, de l'urbanisation, de la bureaucratie et même de l'individualisme, qui semblaient être à la fois les moteurs et les effets d'un progrès historique généralisé, révèlent leurs ambivalences. Les solutions sont devenues problèmes dans le monde dit développé ; elles le deviendront dans le reste du monde et aggraveront les problèmes mondiaux. Sans le savoir, nous avons peut-être franchi les seuils au-delà desquels les sous-produits néfastes des processus bienfaisants devenaient les produits principaux. Nous pouvons supposer que l'extension des mégapoles et de l'industrialisation ne peut être illimitée, et que, si les processus ne sont pas décélérés ou modifiés, ils conduiront à des catastrophes irréversibles. D'où la nécessité de remplacer quantité par qualité. (PPC-02)

- Les développements de la science, de la technique, de l'industrie, de l'économie qui propulsent désormais le vaisseau spatial Terre ne sont régulés ni par la politique, ni par l'éthique. Ainsi ce qui semblait devoir assurer le progrès certain apporte certes des possibilités de progrès futur, mais aussi crée et accroît des périls. ( LM-12/03)

- Auparavant, les hommes étaient convaincus que l'avenir du monde serait meilleur grâce à ce qu'on appelait le développement, ou encore le progrès. Ces mots magiques, pour certains, sont synonymes d'une amélioration de l'état du monde apportée par la croissance économique et industrielle. L'URSS annonçait un avenir radieux, l'Ouest assistait avec ferveur au développement des sociétés industrielles. Cette croyance s'est désintégrés, entraînant une prise de conscience de l'incertitude de l'avenir. On s'est rendu compte avec certains événements que le progrès n'arrivait pas, ou pis, qu'apparaissaient des nombreux phénomènes régressifs. .... On a pris conscience que, si la technique permet de domestiquer les énergies matérielles, elle a également implanté massivement une mentalité fondée uniquement sur le calcul. Une logique qui convient parfaitement aux machines artificielles et qui, malencontreusement, est appliquée aux sociétés humaines qui ne sont pas des machines dans le sens déterministe, trivial. De la même manière, l'industrie permet de produire des objets en série accessibles à des couches de plus en plus nombreuses de personnes. Or il a été prouvé que ceux qui travaillent au sein de ces entreprises sont asservis par leur travail. De plus, les sociétés industrielles produisent des pollutions, des dégradations de la nature.

- Si les progrès scientifiques techniques, médicaux, sociaux son admirables, il ne faut pas sous-estimer le redoutable pouvoir destructeur et manipulateur de la science et de la technique. C'est la première fois dans l'histoire de l'homme que, grâce à la science et à la technique, on est capable d'anéantir irrémédiablement toute l'humanité. La biosphère est également menacée de dégradation : ces dangers sont le fruit de notre progrès. Tout progrès, surtout s'il est matériel et technique, se traduit par une régression dans un autre sens. C'est pourquoi il faudrait un nouveau commencement, c'est-à-dire ne plus continuer dans la même direction. A cet égard la phrase de Heidegger prend toute sa dimension : «L'origine n'est pas derrière nous, mais elle est devant nous». Nous sommes dans l'obligation, aujourd'hui, quand nous faisons le bilan de tous les processus planétaires, de ne plus continuer sur la même voie et d'imaginer un commencement, mais la question est de savoir comment. (VM-03)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.