DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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Paradigme - Le paradigme d'exclusion/disjonction





La science se sépare de la philosophie au cours du XVIIe siècle non seulement parce qu'elle introduit en elle la mesure et la précision, l'observation systématique et l'expérimentation, mais aussi parce qu'elle se fonde sur le paradigme disjonctif écartant tout jugement de valeur dans ses jugements de fait et dans ses théories.
En fait, le développement de la science obéit à une dialogique complexe entre l'imagination théorique et la vérification expérimentale, entre le rationalisme qui cherche à établir les lois de l'univers et l'empirisme qui subordonne tout au respect des faits. Toutefois, la science classique va obéir au grand paradigme d'Occident en sécrétant un paradigme de simplification propre, apte à établir une vision déterministe parfaite d'un univers obéissant à quelques grandes lois impeccables. " La science doit remplacer du visible compliqué par de l'invisible simple ", selon la formulation que Jean Perrin croyait toujours pertinente au milieu de ce siècle.
Le paradigme qui va triompher en physique, science première et reine, jusqu'au début du xxe siècle, trouve à la fois sa fécondité et sa carence dans le rejet de toute subjectivité. C'est effectivement dans sa recherche obsédée d'objectivité, c'est-à-dire le recours conjoint à tout ce qui est vérification et critique, que s'est trouvée et se trouve encore la source des développements et des progrès non seulement passés mais futurs de la science occidentale. Mais cette science a confondu l'atteinte d'une objectivité réelle avec la scotomisation de l'observateur/concepteur et, en deçà, l'ignorance de-ses conditions culturelles, sociales et historiques d'émergence ; elle a éliminé toute possibilité de réflexivité sur elle-même, toute possibilité de connaître le processus incontrôlé qui l'entraîne vers la manipulation et la destruction effrénées...
Nous avons maintes fois, dans ce travail, décrit les traits caractéristiques de la science classique :
- révélation de l'ordre souverain de la nature et expulsion des désordres et hasards comme épiphénomènes ou effets d'ignorance ;
- simplicité et fixité de l'ordre naturel (se manifestant selon un mécanisme universel) et des objets premiers de la nature (unités élémentaires simples), dont l'assemblage constitue les divers corps qui obéissent tous au mécanisme universel ;
- inertie de la matière soumise aux " lois de la nature ", spatialisation et géométrisation de la connaissance, qui ignore ou exclut l'irréversibilité du temps ;
- substantialisation, " réification ", clôture, isolement de l'objet par rapport à son environnement et son observateur ;
- pertinence de la formulation d'intelligibilité cartésienne, pour qui la clarté et la distinction des idées sont critères de vérité, et dont l'ultime écho se trouve dans l'aphorisme de Wittgenstein, proféré au moment où tout a cessé d'être clair : " Ce qui peut être dit peut être clairement dit, et, ce dont on ne peut parler, il faut le passer sous silence " ;
- élimination du non-mesurable, non-quantifiable, non-formalisable, réduction de la vérité scientifique à la vérité mathématique, qui sera elle-même réduite à l'ordre logique.
Tous ces traits ont en commun un paradigme d'exclusion, qui exclut purement et simplement de la scientificité, et par là même de la " vraie " réalité, tous les ingrédients de la complexité du réel (le sujet, l'existence, le désordre, l'aléa, les qualités, les solidarités, les autonomies, etc.). Le paradigme d'exclusion est associé à un principe de réduction qui enjoint de désintégrer les entités globales et leurs organisations complexes au profit des unités élémentaires qui les constituent, et qui deviennent source et fondement de toute intelligibilité. Dès lors, la vision atomistique (qui ne voit que des unités élémentaires) et la vision mécanique (qui ne voit qu'un ordre déterministique simple) parfois se conjuguent, parfois s'opposent, mais chassent l'une et l'autre l'organique et le complexe. Toutes ces simplificarions sont entre-soudées et entre-justifiées par la cohérence logique, en fait rationalisatrice, qui se donne à elle-même l'image de la rationalité. La conception du monde de la science classique se fonde en effet sur deux postulats rationalisateurs : 1) la coïncidence entre l'intelligibilité logicomathématique et les structures de la réalité objective ; 2) le principe de raison suffisante 1, qui donne à tout ce qui est une raison d'exister.
A cela s'est ajouté un paradigme interne de disjonction, qui a isolé les sciences les unes des autres et, au sein de ces sciences (physique, biologie, sciences humaines), les disciplines les unes des autres, découpant, de façon abstraite et arbitraire, leur objet dans le tissu solidaire du réel. (M4-91)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.