DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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MONDE - MONDIALISATION





- Ce monde n'est ni horrible, ni merveilleux, mais il est horrible-merveilleux. Le merveilleux et l'horrible sont entre-accroupis dans le noyau de toutes choses... (VS-69)

- Il nous faut changer de monde. L'univers hérité de Kepler, Galilée, Copernic,Newton, Laplace était un univers froid, glacé, de sphères célestes, de mouvements perpétuels, d'ordre impeccable, de mesure, d'équilibre. Il nous faut le troquer contre un univers chaud, de nuage ardent, de boules de feu, de mouvements irréversibles, d'ordre mêlé au désordre, de dépense, gaspillage, déséquilibre. L'univers hérité de la science classique était centré. Le nouvel univers est acentrique, polycentrique. Il est plus un que jamais dans le sens ou c'est un cosmos très singulier et original, mais il est en même temps éclaté et émietté. (M1-77)

- Non seulement chaque partie du monde fait de plus en plus partie du monde, mais le monde en tant que tout est de plus en plus présent en chacune de ses parties. Cela se vérifie, non seulement pour les nations et les peuples, mais aussi pour les individus. De même que chaque point d'un hologramme contient l'information du tout dont il fait partie, de même désormais chaque individu reçoit en lui ou consomme les informations et les substances venant de tout l'univers. Ainsi l'Européen s'éveille chaque matin en ouvrant sa radio japonaise et en reçoit les événements du monde ; éruptions volcaniques, tremblements de terre, coups d'Etat, conférences internationales lui arrivent pendant qu'il prend son thé de Ceylan, Inde ou Chine, à moins que ce ne soit un moka d'Ethiopie ou un arabica d'Amérique latine ; il plonge dans un bain moussant d'huiles tahitiennes et utilise un after-shave aux senteurs exotiques ; il met son tricot, son slip et sa chemise faits en coton d'Egypte ou d'Inde ; il revêt veste et pantalon en laine d'Australie, traitée à Manchester puis Roubaix-Tourcoing, ou bien un blouson de cuir venu de Chine sur un jean style USA. Sa montre est suisse ou japonaise..... Il peut écouter chez lui une symphonie allemande dirigée par un chef coréen.... L'Africain dans son bidonville n'est pas dans ce circuit planétaire de confort, mais il est également dans le circuit planétaire. Il subit dans sa vie quotidienne les contrecoups du marché mondial qui affectent les cours du cacao, du sucre, des matières premières que produit son pays. Il a été chassé de son village par des processus mondialisés issus de l'Occident, notamment les progrès de la monoculture industrielle ; de paysan autosuffisant il est devenu un suburbain en quête d'un salaire ; ses besoins sont désormais traduits en termes monétaires. Il aspire au bien-être. Il utilise la vaisselle d'aluminium ou de plastique, boit de la bière ou du Coca-Cola. Il couche sur des feuilles récupérées de mousse polystyrène, et porte des tee-shirts imprimés à l'américaine.... Cet africain, devenu objet du marché mondial, est devenu aussi sujet d'un Etat formé sur le modèle occidental. Ainsi, pour le meilleur et le pire, chacun de nous, riche ou pauvre, porte en lui, sans le savoir, la planète toute entière. La mondialisation est à la fois évidente, subconsciente, omniprésente. (TP-93)

- Le monde où nous vivons est peut-être un monde d'apparences, l'écume d'une réalité plus profonde qui échappe au temps, à l'espace, à nos sens et à notre entendement. Mais notre monde de la séparation, de la dispersion, de la finitude, est aussi celui de l'attraction, de la rencontre, de l'exaltation. Nous sommes pleinement immergés dans ce monde qui est celui de nos souffrances, de nos bonheurs et de nos amours. Ne pas ressentir est éviter la souffrance mais aussi la jouissance. Plus nous sommes aptes au bonheur, plus nous sommes aptes au malheur. (APS-97)

- Le monde est né dans l'imperfection. Il porte en lui le principe de corruption et de mort. Mais dans cette imperfection, il porte la possibilité d'amélioration; non pas d'arriver à la perfection ! (NCJN-00)

- Nous sommes entrés depuis le XVI siècle dans l'ère planétaire et nous sommes depuis la fin du XX siècle au stade de la mondialisation. La mondialisation, comme stade actuel de l'ère planétaire, signifie d'abord, comme l'a très bien dit le géographe Jacques Lévy : " l'émergence d'un objet nouveau, le monde en tant que tel ". Mais, plus nous sommes saisis par le monde, plus il nous est difficile de le saisir. A l'époque des télécommunications, de l'information, d'Internet, nous sommes submergés par la complexité du monde et les innombrables informations sur le monde noient nos possibilités d'intelligibilité.

- Le monde devient de plus en plus un tout. Chaque partie du monde fait de plus en plus partie du monde, et le monde, en tant que tout, est de plus en plus présent en chacune de ses parties. Cela se vérifie non seulement pour les nations et les peuples mais aussi pour les individus. De même que chaque point d'un hologramme contient l'information du tout dont il fait partie, de même désormais chaque individu reçoit en lui ou consomme les informations et les substances venant de tout l'univers.

- La mondialisation est certes unificatrice, mais il faut immédiatement ajouter qu'elle est aussi conflictuelle dans son essence. L'unification mondialisante est de plus en plus accompagnée par son propre négatif qu'elle suscite par contre-effet : la balkanisation. Le monde devient de plus en plus un, mais il devient en même temps de plus en plus divisé. [...] Les antagonismes entre nations, entre religions, entre laïcité et religion, entre modernité et tradition, entre démocratie et dictature, entre riches et pauvres, entre Orient et Occident, entre Nord et Sud s'entrenourrissent, ce à quoi se mêlent les intérêts stratégiques et économiques antagonistes des grandes puissances et des multinationales vouées au profit. Ce sont tous ces antagonismes qui se rencontrent dans des zones à la fois d'interférences et de fracture comme la grande zone sismique du Globe qui part d'Arménie/Azerbaïdjan, traverse le Moyen-Orient et va jusqu'au Soudan. Ils s'exaspèrent là où il y a religions et ethnies mêlées, frontières arbitraires entre Etats, exaspérations de rivalités et dénis de tous ordres, comme au Moyen-Orient. Ainsi, le XX siècle a à la fois créé et morcelé un tissu planétaire unique ; ses fragments se sont isolés, hérissés, entre-combattus. Les Etats dominent la scène mondiale en titans brutaux et ivres, puissants et impuissants. En même temps, le déferlement technico-industriel sur le Globe tend à supprimer bien des diversités humaines, ethniques, culturelles. Le développement lui même a créé plus de problèmes qu'il n'en a résolu, et il conduit à la crise profonde de civilisation qui affecte les sociétés prospères d'Occident. (SSEF-00)

- Dans les croyances religieuses, il y a un Dieu créateur. Moi, je suis plutôt spinoziste, je vois le monde comme un processus d'auto-création. Aujourd'hui, étant donné que nous savons que notre univers matériel ne représente que 2 à 4 % de la totalité réelle, le reste étant constitué par une matière noire invisible, une énergie noire encore inconnue, je pense de plus en plus, j'y pensais déjà lorsque je parlais de " chaos-mos " dans le premier tome de la méthode que notre univers, qui est né du vide semble-t-il, mais d'un vide très bizarre, continue en sous-main à s'appuyer sur du vide. (HU-01)

- Depuis le XVI siècle et la conquête des Amériques, nous vivons deux mondialisations en une, inséparables et antagonistes. La première a mis en relation de plus en plus étroite toutes les parties de la planète par la conquête, la colonisation, l'esclavage. La seconde a mis en relation de plus en plus étroite toutes les parties de la planète par la prise de conscience de l'unité de l'humanité. [...] L'invention du forum de Porto Alegre représente à mes yeux une nouvelle étape de cette seconde mondialisation. S'y réunissent des avant-gardes, les précurseurs d'une '"société civile mondiale" que nous espérons, mais qui n'existe pas encore. C'est un laboratoire de recherche de l'alternative.... Depuis Seattle, les opposants à la mondialisation libérale se sont rendu compte qu'à problème mondial, il fallait une réponse mondiale. Et ils ont décidé de passer du simple refus à la recherche de propositions. Une autre mondialisation cherche à prendre corps, ce que les Italiens appellent "l'altermondialisation". Avec ce message très fort : "Le monde n'est pas une marchandise" (AI-03)

- Depuis le XVI siècle et la conquête des Amériques, nous vivons deux mondialisations en une, inséparables et antagonistes. La première a mis en relation de plus en plus étroite toutes les parties de la planète par la conquête, la colonisation, l'esclavage. La seconde a mis en relation de plus en plus étroite toutes les parties de la planète par la prise de conscience de l'unité de l'humanité. [...] L'invention du forum de Porto Alegre représente à mes yeux une nouvelle étape de cette seconde mondialisation. S'y réunissent des avant-gardes, les précurseurs d'une '"société civile mondiale" que nous espérons, mais qui n'existe pas encore. C'est un laboratoire de recherche de l'alternative.... Depuis Seattle, les opposants à la mondialisation libérale se sont rendu compte qu'à problème mondial, il fallait une réponse mondiale. Et ils ont décidé de passer du simple refus à la recherche de propositions. Une autre mondialisation cherche à prendre corps, ce que les Italiens appellent "l'altermondialisation". Avec ce message très fort : "Le monde n'est pas une marchandise" (AI-03)

- Aujourd'hui, l'état du monde est le suivant : riche et pauvre. Le phénomène fondamental n'est pas dans la pauvreté matérielle, la faiblesse des revenus. Elle est dans la situation d'inégalité profonde où se trouvent les démunis par rapport à l'accès aux soins médicaux, mais aussi à l'humiliation que leur infligent sans arrêt ceux qui ont le pouvoir. L'injustice la plus grave n'est pas matérielle mais morale : elle ne se mesure pas en dollars, mais dans le fait que certains hommes sont privés des droits fondamentaux dont jouissent les puissants. (VM-03)

- Il faut comprendre que c'est en se désintégrant que le monde s'organise et que c'est en s'organisant que le monde se désintègre ; cela détermine corrélativement la cruauté du monde et la possibilité de résistance à cette cruauté. (M6-04)


Il faut lier cela à une mondialisation culturelle. Marx avait prévu que l'essor mondial du capitalisme permettrait une littérature mondiale. Elle l'est devenue dans le sens où nous, Européens, disposons désormais des littératures sud-américaines, chinoises, japonaises. De même il s'est produit un épanouissement d'une culture cinématographique mondiale comportant des apports originaux des productions coréennes, chinoises, iraniennes, africaines. Cette mondialisation culturelle revêt trois aspects simultanés. Le premier est celui d'une tendance homogénéisante qui concourt à détruire les originalités culturelles ou à les intégrer en les banalisant. Le second est celui d'une régénération de certaines cultures dans leur résistance à l'homogénéisation, lesquelles vont bénéficier d'une audience hors de leurs frontières. Le troisième est celui des métissages culturels, certains extrêmement créatifs.
J'explique ces trois processus avec le flamenco. Cet art du chant, de la guitare et de la danse, né en Andalousie, est le produit original d'un riche syncrétisme culturel intégrant des apports indiens, arabes, juifs. Il dépérissait au milieu du XXe siècle, mais une nouvelle génération, soucieuse de sauvegarder ses racines culturelles, a régénéré le flamenco sous la conduite des vieux maîtres, et l'industrie mondialisée du disque a commencé à produire des anthologies qui l'ont propulsé d'abord en France, puis largement jusqu'au Japon. Simultanément se sont créés des genres métis, flamenco-rock, flamenco-raï, qui apportent de nouvelles originalités.
Ainsi donc, il y a plusieurs mondialisations dans la mondialisation. Celle-ci est une et plurielle. Il y a la mondialisation techno-économique, la mondialisation démocratique, la mondialisation culturelle, elle-même une et plurielle. Ces trois mondialisations en une nous emportent dans l'aventure planétaire où tout ce qui est global intervient sur le local, tout ce qui est local intervient sur le global, où tout interfère, interagit et rétroagit. (MC-08)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.