DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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INTELLECTUEL





- Si l'on peut définir l'intellectuel par son mode de production propre, nous dirons que l'intellectuel est celui qui travaille sur des idées, et particulièrement sur les idées d'importance humaine, sociale et morale. Cette définition semble très restrictive puisqu'elle semble exclure d'un côté les artistes (qui travaillent sur forme et matière) et les techniciens (qui travaillent des idées, avec des idées, mais pour, par, sur des machines). En fait, cela semblerait aussi exclure les écrivains qui, selon la distinction de Roland Barthes, écrivent pour faire de l'art avec de l'écriture, à la différence des écrivants lesquels écrivent pour exprimer une idée. Toutefois, nous voyons que depuis Montaigne, les moralistes du XVII siècle, et surtout les "philosophes" du Siècle des Lumières, très nombreux sont les écrivains/écrivants, les écrivants/écrivains, et ce sont surtout eux qui symbolisent ou guident les intellectuels.

- En somme, la qualité d'intellectuel n'est pas strictement liée à la profession, elle vient d'un usage de la profession, ou du dépassement du cadre de la profession par et pour les idées. L'intellectuel se définit donc par son travail sur les idées, par les idées, pour les idées il travaille les idées.

- La sphère des intellectuels se définit par une double et contradictoire activité : 1 - la production de mythes et d'idéologies à fonction culturelle, sociale et politique ; 2 - la critique des mythes et idéologies. Les intellectuels ne voient d'eux-mêmes que la fonction critique. Ils voient moins qu'ils sont les principaux producteurs ou formulateurs des idéologies, voire des mythes, que, par ailleurs, ils se donnent mission de critiquer. Ils voient encore plus difficilement l'idéologie camouflée sous la critique.

- L'intellectuel a toujours pensé comme évidence qu'il luttait pour la vérité. Aussi bien dans son activité critique que dans l'affirmation idéologique, il pensait qu'il dénonçait l'erreur et énonçait le vrai. C'est toutefois le rapport à la vérité qui était vicieux. Il était de double appartenance : j'appartiens à la vérité, ergo la vérité m'appartient. Il faut rompre avec cette double possession, où l'on est possédé par l'idée que l'on possède. Il y a certes, sur le plan des faits, des vérités dont on est dépositaire, et qui nous obligent à témoigner pour elles. Mais, sur le plan de la croyance, il n'y a pas de vérité "objective". Il ne peut y avoir que l'infinie recherche subjective de la vérité. Il nous faut donc redéfinir la problématique de la vérité, de l'erreur, de l'illusion, comme il faut nous redéfinir devant ces nouvelles définitions.

- L'intellectuel doit non seulement se savoir intellectuel, non seulement essayer de savoir ce qu'est l'intellectuel (historiquement, sociologiquement, culturellement), mais aussi s'inclure dans sa vision des intellectuels. Jusqu'alors, l'intellectuel qui écrit sur les intellectuels se pose automatiquement en sur-intellectuel. Il décrit, juge, condamne, comme s'il était affranchi de tous les déterminismes qu'il voit peser sur ses pairs. Tel nous explique pourquoi les intellectuels sont des petits-bourgeois aliénés, mais ne nous démontre jamais comment il a pu, lui, fils de bourgeois, échapper miraculeusement au déterminisme de classe. Tel universitaire typique nous montre comment les universitaires sont adonnés à la reproduction culturelle, mais sans pouvoir nous faire comprendre quelle bourde divine l'a affranchi de cette fatalité. Tel tonne contre les média du sein des média, tel dénonce la parisianité du clocher de Saint-Germain-des-Prés. Or c'est là que l'intellectuel doit opérer une rupture capitale. Il doit quitter le site central (hélio-égo-centrique) de la Vérité-soleil pour entrer dans le mouvement de recherche de vérité qui n'a aucun site fixe ni privilégié. Par là, il pourra enfin effectuer la rupture avec le statut de pontife hérité de son ancêtre le prêtre-mage. Certes, nul ne peut échapper totalement ni à jamais à l'hystérie hélio-égo-centrique, mais chacun peut en être conscient, et là commence la rupture.

- L'intellectuel doit quitter le trône du juge, pis, celui du procureur. N'est-ce pas pourtant ce que je recommence, ici, en faisant le procureur anti-procureur ?... C'est effectivement ce que je risque de faire, si je me pose en propriétaire de la vérité, mais je lutte contre ce risque si ma vérité est celle du combat contre l'erreur, celle de la recherche de la pensée complexe... Rappelons-le : il y a chez l'intellectuel, une potentialité de déviance comme d'officialité, qui permet l'apparition de déviances dans l'officialité, et d'officialité dans la déviance . Ainsi, une déviance devenant tendance reconnue cesse d'être déviance , et la tendance devenue dominante parmi les intellectuels y devient une sorte d'officialité de l'intérieur, bien qu'elle s'oppose au pouvoir dominant et se persuade par là de son non-conformisme.

- Nous ne sommes pas en une "nouvelle étape" où l'intellectuel doit simplement apporter plus de mesure dans ses jugements, plus de complexité dans ses idées. Nous sommes en un moment de recommencement où il doit mettre en cause sa façon de penser


- L'existence même de l'intellectuel est tissée de complexités et de contradictions. L'intelligentsia est et n'est pas une classe sociale. Le site de l'intellectuel oscille entre les cimes de la société et ses marges, voire ses bas-fonds. L'intellectuel lui-même oscille entre le rôle de mage et celui du devertisseur/balladin. L'intellectuel a antinomiquement fonction critique et fonction mythologique. Il est polarisé entre l'abstrait et le concret, les idées universelles et les idées communautaires, les idées souveraines et les idées serves, les idées-tout et les idées-rien. L'intellectuel est capable intellectuellement du pire et du meilleur : ainsi, c'est chez les intellectuels que la liberté d'expression a trouvé ses plus fervents défenseurs et ses plus diaboliques ennemis.

- Etre intellectuel, nous l'avons vu, n'est ni métier, ni carrière. L'intellectuel peut être littéraire, philosophe, journaliste, technicien, universitaire, scientifique. Mais il devient intellectuel dès qu'il veut échapper à la clôture de l'esthète, de l'abstracteur, du médiocrate, du technocrate, de l'idéologue, de l'universitaire, du disciplinaire. Il devient intellectuel lorsqu'il prend au sérieux l'éthique des idées. L'éthique des idées s'oppose à l'esthétique des idées (on sélectionne une idée parce qu'elle est originale, on cultive les idées de plus en plus piquantes et paradoxales, dont on se soucie comme d'une guigne qu'elles soient vraies ou fausses) et à la mystique des idées, où les idées nous envoûtent par leur pouvoir de fascination. [...] L'éthique des idées nous renvoie aux problèmes fondamentaux des contraintes, servitudes, difficultés, vérifications du problème de l'erreur et de la vérité. (PSVS-81)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.