DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte

L'argument de cette rubrique nous a été donné par M Jean Pierre PAQUET (dit Jipépak) qui a réalisé au fil des ans un site sur Edgar MORIN qu'il présente en ces termes : « Emerveillé par la force, la portée, la profondeur, la beauté, la poésie de la pensée d'Edgar MORIN, ...  j'ai constitué, petit à petit, ce lexique morinien, pour tenter de saisir cette perpétuelle curiosité omnivore, cette pensée toujours en « itinérance », cherchant toujours la "reliance", afin de mieux comprendre, mieux saisir sa vision globale, mieux m'imprégner de cette oeuvre démesurée, essentielle, universelle. Grâce à l'internet je mets simplement ce lexique à la disposition de tout le monde, ... Ce recueil synthétique est également une invitation à se lancer dans la lecture des oeuvres de cet incontournable penseur/humaniste. ...»

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Dictionnaire des citations d'Edgar Morin (Extraits)

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HISTOIRE - HISTORIEN 





- L'histoire n'est rien d'autre que le lien aléatoire, complémentaire, concurrent et antagoniste, entre désordre et procès de complexification. (PP-73)

- Faire le point, c'est essayer de concevoir où va le monde. Il s'agit d'abandonner les futurologies assurées qui projettent sur l'avenir les tendances actuelles. Il faut savoir que l'histoire progresse, non pas frontalement comme un fleuve, mais latéralement comme un crabe, à partir de déviances qui deviennent tendances, s'imposent comme norme, laquelle norme sera attaquée, corrodée, remplacée par de futures déviances/tendances. Il faut savoir que dans l'évolution, la création, l'invention n'ont jamais pu être prévues avant et que le nouveau c'est l'improbable. (JL-81)

- Tout est historisé, c'est un changement radical. Avant on pensait qu'il n'y avait que l'aventure humaine. Depuis Darwin, même avec Lamarck, on a appris que la matière était historique, que le cosmos était historique. Nous sommes dans un évolutionnisme généralisé. L'évolution n'est pas le privilège d'une espèce ; c'est ce qui existe dans tout ce qui est créé dans l'univers. (SCC-84)

- L'histoire impitoyable pour les civilisations historiques vaincues, a été atroce sans rémission pour tout ce qui a été préhistorique. La préhistoire ne s'est pas éteinte, elle a été exterminée. Les fondateurs de la culture et de la société d'Homo sapiens sont aujourd'hui définitivement génocidés par l'humanité elle-même qui a progressé ainsi dans le parricide.

- L'histoire, c'est le surgissement, la croissance, la multiplication et la lutte à mort des Etats entre eux ; c'est la conquête, l'invasion, l'asservissement, et c'est la résistance, la révolte, l'insurrection ; c'est batailles, ruines, coups d'Etat et conspirations ; c'est le déferlement de la puissance et de la force, c'est la démesure du pouvoir ; c'est le règne terrifiant des grands dieux assoiffés de sang ; c'est l'asservissement de masse et le massacre de masse ; c'est l'édification de palais, temples, pyramides grandioses, c'est le développement des techniques et des arts ; c'est l'apparition et le développement de l'écriture ; c'est le commerce par mer et par terre des marchandises, puis des idées ; c'est aussi ici et là un message de pitié et de compassion, ici et là une pensée qui interroge le mystère du monde.

- L'histoire traditionnelle nous a conté le bruit et la fureur des batailles, coups d'Etat, ambitions démentes. Elle s'est mise à la crête des vagues et tourbillons, là où la «nouvelle histoire» n'a vu que l'écume événementielle. Cette nouvelle histoire, aujourd'hui fort vieillie, a cru déceler la vérité du devenir dans le déterminisme économico-social. Puis elle a commencé à se faire ethnographique, polydimentionnelle. Aujourd'hui, l'événement, l'aléa, qui ont fait irruption partout dans les sciences physiques et biologiques, reviennent dans les sciences historiques. Ce n'est plus l'écume, mais ce sont les chutes, les rapides, les changement s de cap du torrent historique.

- Il nous faudrait une histoire multidimentionnelle et anthropologique, comportant ses ingrédients de bruit et de fureur, de désordre et de mort. L'histoire des historiens est en retard anthropologique sur les tragiques grecs, les élisabéthains, et singulièrement Shakespeare, qui ont montré que les tragédies de l'histoire étaient les tragédies de la passion, de la démesure, de l'aveuglement humains. Grandeur, horreur. Sublimités, atrocités. Splendeurs, misères. Les réalités ambivalentes et complexes de la «nature humaine» s'expriment de façon fabuleuse dans l'histoire, dont l'aventure continue, se déploie, s'exaspère dans l'ère planétaire où nous sommes toujours. Aujourd'hui, le destin de l'humanité nous pose avec une insistance extrême la question clé : pouvons-nous sortir de cette histoire ? Cette aventure est-elle notre seul devenir ? (TP-93)

- Nous sommes dans une histoire instable et incertaine où rien n'est encore joué. Nous avons à prendre conscience de l'aventure folle qui nous entraîne vers la désintégration, et nous devons chercher à l'orienter afin de provoquer la métamorphose vitalement nécessaire.

- Dans l'histoire, nous avons vu souvent, hélas, que le possible devient impossible, et nous pouvons pressentir que les plus riches possibilités humaines demeurent encore impossibles à réaliser. Mais nous avons vu aussi que l'impossible - écroulement du mur de Berlin, autodestruction du totalitarisme - devient possible et se réalise. Nous avons écrit souvent que la seule espérance est dans l'improbable. Héraclite, dans la même phrase où il reconnaissait que l'inespéré est «introuvable et inaccessible», ajoutait : «Si tu n'espères pas, tu ne trouveras pas l'inespéré.»

- L'histoire contemporaine a montré que l'esclavage et la colonisation pouvaient disparaître, que la citoyenneté pouvait être étendue à tous les ressortissants d'une nation, que la démocratie pouvait garantir les sécurités et droits des individus, que la recherche du profit capitaliste pouvait être tempérée ou contrebattue par l'action des syndicats ouvriers. Mais ces acquis ne sont pas irréversibles et sont mêmes fragiles. Le problème de la domination et de l'exploitation demeure et peut même s'aggraver à l'occasion d'une crise. Nous savons que les libres citoyens des sociétés policées peuvent se conduire de façon infâme à l'égard des peuples qui veulent se libérer de leur domination, où à l'égard de leur voisin devenu ou redevenu ennemi. C'est le pays le plus civilisé du monde qui a produit le nazisme, c'est dans une terre multicentenaire de convivialité entre orthodoxes, catholiques, musulmans, que s'est déchaînée la purification ethnique. (PC-97)



- Nous sommes dans l'histoire. Nous ne pouvons nous comprendre hors de l'histoire. Nous ne pouvons concevoir l'historien au-dessus de l'histoire, car l'historien est lui-même historisé. [...] chaque fois l'expérience du présent rétroagit sur l'histoire.

- L'historien est quelqu'un qui doit, si j'ose dire, s'auto-épistémologiser. Si, dans toute science, dans toute connaissance, il faut essayer de réfléchir sur les présupposés de son savoir, je crois que l'historien est le plus proche de cette conscience aujourd'hui. Il faut abandonner le grand déterminisme historique au profit de multiples déterminations, il doit abandonner la causalité linéaire pour une causalité inter-rétroactive, il doit abandonner la vision occidentalocentrique qui semblait évidente et rationnelle il y a cinquante ans. Il doit faire copuler Marx et Shakespeare. (RC-99)

- .... l'histoire n'obéit pas à des processus déterministes, soumise à une logique technique-économique inéluctable, ou guidée vers un progrès nécessaire. L'histoire est sujette aux accidents, perturbations et parfois terribles destructions de masse de populations ou civilisations. Il n'y a pas de «lois» de l'histoire, mais une dialogique chaotique, aléatoire et incertaine, entre déterminations et forces de désordre, et un jeu souvent rotatif entre l'économique, le sociologique, le technique, le mythologique, l'imaginaire. Il n'y a plus de progrès promis, par contre des progrès peuvent advenir, mais ils doivent être sans cesse régénérés. Aucun progrès n'est acquis à jamais. L'histoire, bien qu'un temps vidée de la notion d'événement, d'aléa et de «grands hommes», s'est enrichie en profondeur. Ainsi la tendance illustrée en France par l'école des Annales a eu pour vertu, non comme elle l'a cru, de se débarrasser de l'événement et du contingent, mais de devenir multidimensionnelle en intégrant en elle le substrat économique et technique, la vie quotidienne, les croyances et rites, les attitudes devant la vie et la mort. Elle commence à peine à reconnaître l'événement et le contingent, qui paradoxalement avaient été depuis trente ans retrouvés en cosmologie, physique, biologie.

- L'incertitude historique est liée au caractère intrinsèquement chaotique de l'histoire humaine. L'aventure historique à commencé il y a plus de 10 000 années. Elle est marquée par des créations fabuleuses et des destructions irrémédiables. Il ne reste rien des empires égyptien, assyrien, babylonien, perse, ni de l'empire romain qui avait pu sembler éternel. De formidables régressions civilisationnelles et économiques ont suivi de temporaires progressions. L'histoire est soumise aux accidents, perturbations et parfois terribles destructions de masse de populations et civilisations.... Il n'y a pas de lois de l'histoire. Il y a au contraire échec de tous les efforts pour congeler l'histoire humaine, en éliminer événements et accidents, lui faire subir le joug d'un déterminisme économico-social et/ou la faire obéir à une ascension télécommandée. (TBF-99)

- L'histoire humaine a commencé par une diaspora planétaire sur tous les continents, puis est entrée, à partir des temps modernes, dans l'ère planétaire de la communication entre les fragments de la diaspora humaine. La diaspora de l'humanité n'a pas produit de scission génétique : pygmées, noirs, jaunes, indiens, blancs relèvent de la même espèce, disposent des mêmes caractères fondamentaux d'humanité. Mais elle a produit une extraordinaire diversité de langues, de cultures, de destins, source d'innovations et de créations dans tous les domaines. Le trésor de l'humanité est dans sa diversité créatrice, mais la source de sa créativité est dans son unité génératrice.

- L'histoire ne constitue donc pas une évolution linéaire. Elle connaît des turbulences, des bifurcations, des dérives, des phases immobiles, des stases, des périodes de latence suivies de virulences comme pour le christianisme, qui incuba deux siècles avant de submerger l'Empire romain ; des processus épidémiques extrêmement rapides comme la diffusion de l'Islam. C'est un chevauchement de devenirs heurtés, avec aléas, incertitudes, comportant des évolutions, des involutions, des progressions, des régressions, des brisures. Et, lorsqu'il s'est constitué une histoire planétaire, celle-ci a comporté comme on l'a vu en ce siècle deux guerres mondiales et les éruptions totalitaires. L'histoire est un complexe d'ordre, de désordre et d'organisation . Elle obéit à la fois à des déterminismes et à des hasards où surgissent sans cesse le " bruit et la fureur ". Elle a toujours deux visages contraires : civilisation et barbarie, création et destruction, genèses et mises à mort...



- N'est-ce pas la médiocrité qui serait à la fois le jouet et l'exécutant des plus basses oeuvres de l'histoire humaine ?(M6-04)

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DICTIONNAIRE DE CITATIONS - La Complexité en contexte (suite et fin)

Une part importante de ce site est constituée d'une remarquable collection 'd'Extraits', faite de citations de paragraphes extraits d'ouvrages d'Edgar Morin, citations ordonnées alphabétiquement autour de plusieurs centaines de 'mots clés'. Si bien que cette collection peut s'utiliser comme une sorte de lexique définissant les concepts dans et par les contextes (des 'Extraits') dans lesquels on peut les rencontrer. 

            JP Paquet nous a très amicalement autorisé à reprendre ici le fichier de cette 'collection d'extraits' ce qui nous permet d'installer sur la plupart des documents  et Notes du Site du Réseau Intelligence de la Complexité les liens hypertextes reliant aisément la lecture d'un mot - concept et celle du ou des contextes dans lesquels on peut l'interpréter. Nous l'en remercions chaleureusement.

            La visite complète du site sur Edgar MORIN intéressera souvent les navigateurs attentifs à l'oeuvre d'E Morin, puisqu'ils y trouveront nombre d'autres documents complémentaires, en particulier bio et biblio graphiques et vidéographiques. La rubrique Bibliographie donne en particulier les références éditoriales des chacun des ouvrages dans lequel chaque citation a été extraite (mentionnées seulement par les initiales du titre)

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Chemin faisant, on peut présumer que d'autres familles de citations remarquables, éclairant notre intelligence de la complexité, pourront s'insérer dans cette Rubrique : ce sera peut-être d'avantage sous la forme d'un Florilège que sous celle d'un dictionnaire alphabétique. Dans l'immédiat, ce Dictionnaire des Citations d'Edgar Morin a l'immense mérite d'être effectivement établi et aisément accessible. .Il nous permet d'ouvrir une voie nouvelle et de mettre à la disposition de chacun une aide bienvenue à la navigation.