Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Edgar Morin. L’aventure d’une pensée

    => Voir la présentation de cet ouvrage dans la bibliothèque du R.I.C.

    Date de l'ouvrage : Février 2020
    Ecrit par : Sous la direction de Jean-François Dortier et Louisa Yousfi

    Editions Sciences humaines, 2020 - 192 pages - ISBN : 9782361065
    Note de : LE MOIGNE Jean-Louis (Février 2020)
    Ce livre paru en janvier 2020 avait été rédigé deux ans avant la parution de ‘l’Aventure de la Méthode’ (ce quasi ’Tome 7’ de La Méthode, paru en Mai 2015) ? Il faut plutôt féliciter l’équipe de rédaction de la performance : Elle parvient à présenter de façon à la fois sobre et aisée bon nombre des Arguments forts du déploiement polyphonique de « Une Pensée ». Titre maladroit sans doute mais l’introduction veut aussitôt rassurer : Il s’agira d’Une Pensée Hors Norme. Procédé médiatique d’esquive qui pourtant laissera perplexe sauf si le lecteur a déjà abordé La Pensée d’Edgar Morin - ou mieux, La Méthode de Pensée’- par un des premiers ouvrages l’abordant explicitement, Le Paradigme Perdu : la Nature Humaine -1973-. Et au cœur de ce Manifeste, le chapitre que je tiens pour pivot épistémologique qu’Edgar Morin intitulera L’Hypercomplexité.

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Peut-être est-ce parce que j’avais parcouru plutôt que lu en 2013, les textes des six chapitres de ce livre sous la forme d’un numéro hors-série n° 18 du magazine Sciences Humaines déjà intitulé Edgar Morin, l’Aventure d’une Pensée qu’il me fallut arriver aux dernières pages de l’ouvrage publié en 2020 sous ce même titre (en 180 pages) dans la ‘Petite Bibliothèque de Sciences humaines’, pour prendre conscience qu’il reprenait les textes publiés 7 ans auparavant par quatre collaborateurs de la Revue autour de JL Dortier ?

         Ne me fallait-il alors suspendre mon jugement en me souvenant que ce livre paru en janvier 2020 avait été rédigé deux ans avant la parution de ‘l’Aventure de la Méthode’ (ce quasi ’Tome 7’ de La Méthode, paru en Mai 2015) ?  Il faut plutôt féliciter l’équipe de rédaction de la performance : Elle parvient à présenter de façon à la fois sobre et aisée bon nombre des Arguments forts du déploiement polyphonique de « Une Pensée ». Titre maladroit sans doute mais l’introduction veut aussitôt rassurer : Il s’agira d’Une Pensée Hors Norme.

          Procédé médiatique d’esquive qui pourtant laissera perplexe sauf si le lecteur a déjà abordé La Pensée d’Edgar Morin - ou mieux, La Méthode de Pensée’- par un des premiers ouvrages l’abordant explicitement, Le Paradigme Perdu : la Nature Humaine -1973-. Et au cœur de ce Manifeste, le chapitre que je tiens pour pivot épistémologique qu’Edgar Morin intitulera L’Hypercomplexité.

          Chapitre qui se déploiera dans et par les sept Tomes de La Méthode à partir de 1977 qui sera la source des questionnements catalysant en quelque sorte les réorganisations épistémologiques permanentes de la Connaissance humaine, qu’Edgar Morin appellera volontiers la problématique de la complexité :

Quelle est cette énigme, dans cet univers de catastrophe, de turbulence, de dispersion et qui apparait dans la catastrophe, la turbulence, la dispersion? L'Organisation. (E. MORIN, La Méthode T 1 p 94)

 

C’est sans doute parce que l’ouvrage de l’équipe de Sciences Humaines ne consacrait qu’une demie page incidente à cet argument pivot  et à ses innombrables developpements queje crois utile d’attirer l’attention sur ‘L’Incompressible Paradigme de l’Orgnis-action’ dont l’argumentation va se developper dans le tome II de la Méthode à partir en particulier du chapitre ayant ce titre (p 351 +).

          N’est-il pas le concept qui libère l’exercice de la raison humaine des rigidifactions  qu’impose  les concepts de ‘Structure’ (formé sur la métaphore du squelette) et d’ ”Analyse Structurelle”  encore si familier dans l’enseignement  des connaissances de tous types aussi bien que dans la  gouvernance des entreprises et des administrations?  Structurer la et les connaissances (le plan type uniforme en 3 parties ?) n’est-ce pas les pétrifier ?. Je me permets ici de recopier quelques lignes extraites des ‘conclusions-transit’ du Tome 3 de La Méthode (p. 231-2)

 « … Nous l’avons vu : que de complexité pour une « simple » perception, pour une « simple » idée ! Quelle conjonction fabuleuse de conditions physiques, électriques, chimiques, neuronales, cérébrales, computantes, cogitantes, spirituelles, linguistiques, culturelles, sociales pour que se constitue et se perpétue un « simple » savoir ! Quelle multiplicité de formes combinatoires, associées, complémentaires, antagonistes, depuis la représentation jusqu’au discours, au mythe, à la théorie !

Si la connaissance existe, c’est qu’elle est organisationnellement complexe. C’est cette organisation complexe, à la fois fermée et ouverte, dépendante et autonome, qui peut construire des traductions à partir d’une réalité sans langage. C’est cette complexité organisationnelle qui porte en elle les plus grandes aptitudes cognitives et les risques ininterrompus et multiples de dégradation de ces aptitudes, c’est-à-dire les possibilités inouïes et les fragilités insensées de la connaissance humaine.  … »

 

Faut-il ajouter ici, à l’intention des enseignés autant qu’à celle des enseignants, la référence aux deux premiers des « Sept Savoirs nécessaires à l’éducation du Futur » ?

 

Peut-on synthétiser par l’appel à l’exploration réfléchie dans les myriades d’expériences réfléchies se transformant en « science avec conscience » , autrement dit en connaissance humaine, par l’argument dialogique fondant la critique épistémologique de l’humaine connaissance : 

 

« L’Organisation de la - et des - Connaissances appelle la Connaissance de l’Organisation et la connaissance de l'organisation l'organisation de la - et des - connaissances  »

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.