Notes de lecture

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Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Pour résister a la régression

    => Voir la présentation de cet ouvrage dans la bibliothèque du R.I.C.

    Date de l'ouvrage : Décembre 2018
    Ecrit par : MORIN Edgar

    Ed de l’Aube, 2018 ISBN  978 8159 3170 0 270 pages
    Note de : MORIN Edgar (Décembre 2018)
    « Refonder une pensée qui puisse affronter les défis de notre temps…. » Nous remercions Edgar Morin et les éditions de l’Aube qui nous autorise à reprendre sous la forme d’une Note de lecture le texte de l’Avant Propos tressant cette collection d’entretiens (tenus et publiés dans des contextes divers entre 2000 et 2018) en un lien robuste, celui d’une cordée qui solidarise les praticiens réfléchissant

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Ndlr : Nous remercions Edgar Morin et les éditions de l’Aube  qui nous autorise à reprendre sous la forme d’une Note de lecture le texte de l’Avant-Propos tressant cette  collection d’entretiens (tenus et publiés dans des contextes divers entre 2000 et 2018) en un lien robuste, celui d’une cordée qui solidarise les praticiens réfléchissant

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« Refonder une pensée qui puisse affronter

les défis de notre temps »

          Ce livre rassemble des composantes complémentaires pour la refondation d’une pensée qui puise affronter les grands défis de notre temps.

A la différence de tous ceux qui croient que le mode de penser dominant (réducteur, disjonctif, quantitatif) traite de façon pertinente les problèmes de la société et du monde, je crois en la nécessite d’une  pensée complexe apte à relier les savoirs dispersés et compartimentés. C’est cette pensée qui anime les textes ici rassemblés.

A la différence de tous ceux qui croient que nous disposons des instruments de connaissance ready made,  prêts à fonctionner, je suis persuadé qu’il faut s’interroger au préalable sur la connaissance, laquelle n’est jamais photographie ou image fidèle de la réalité, mais reconstruction mentale à partir des données sensorielles. D’où la nécessité d’une connaissance de la connaissance qui détecte ses présupposés et ses risques permanents d’erreur et d’illusion. Les risques d’erreur et d’illusion n’ont nullement disparu à l’ère de l’information et de la communication. Ils se sont au contraire multipliés, car toute communication comporte un risque d’erreur, comme l’a montré la théorie de Shannon.

 Ils n’ont pas disparu dans la théorie même scientifique,  car toute théorie, y compris scientifique comme l’a indiqué Popper, peut être réfutée – ce qui est arrivé à presque toutes les théories scientifiques du  XIXe  siècle  et ce qui peut arriver à nos plus grandioses théories cosmologiques.

Mais, surtout, chaque être humain court sans cesse le risque d’erreur et d’illusion dans les choix et les décisions de sa vie professionnelle, sentimentale, civique, politique.

De même, l’histoire nous montre que de grandes décisions politiques aboutissent non au triomphe voulu, mais à la catastrophe. C’est pourquoi j’ai proposé avec insistance dans mon livre Sept savoirs nécessaires à l’éducation[1] et ici dans le dialogue avec des écoliers, que la connaissance des erreurs et des illusions que peut engendrer la connaissance soit introduite dans les programmes comme une matière fondamentale.

De même, il y a un trou noir dans la connaissance de ce que nous sommes, nous humains. Ce qui était nommé « anthropologie »  au XIXe siècle cherchait à constituer une science reflexive de tout ce qui est humain. Aujourd’hui, la notion d’anthropologie  est rétrécie aux sociétés sans écriture. Or si jamais il n’y eut autant de connaissances sur l’humain, jamais, comme l’a dit Heidegger, on n’a moins su ce qu’était l’être humain. En fait, l’humain est une trinité individu/société/espèce où les trois termes interdépendants s‘engendrent l’un l’autre. Connaitre l’humain oblige . intégrer la nature biologique de l’humain, qui elle même est constituée de matière physico-chimique, laquelle s’est laborée au cours de l’histoire de l’univers.

 Comment oser faire de la politique si l’on ne considère pas la nature complexe de l’individu humain qui est bipolairement sapiens et démens, faber et mythologicus, economicus et ludens ? …  

A partir donc d’une  problématique infra politique et supra politique à la fois, plusieurs des composants de ce livre vont essayer de donner un sens régénéré au mot désormais videé de tout contenu et brisé en miettes en dupit du majestueux LA unificateur : LA gauche.

Cela suppose une réunification des sources qui à l’origine communiquaient les unes avec les autres, mais dans la division : la source libertaire, qui porte l’épanouissement de l’individu, la source socialiste, qui porte l’amélioration de la société, la source communiste, qui porte la communauté et la fraternité ;  à quoi il faut ajouter la source écologique qui restitue notre relation avec la nature.

Cela dit, il faut comprendre pourquoi nous sommes en une époque régressive généralisée en tout continent et pourquoi, particulièrement en France, il y a le dépérissement du peuple de gauche et de sa culture humaniste/universaliste.

Et nous arrivons à la nécessité de proposer une nouvelle Voie politique ; ce que j’ai fait dans le dialogue avec François Hollande, lequel, certes très amical, a dédaigné mes propositions qui à mes yeux restent actuelles.

Le lecteur pourra donc, je l’espère, trouver dans les textes ici réunis éléments et aliments à sa réflexion, invitation à repenser, et incitation à la résistance. Toute régression doit stimuler une résistance, et toutes les résistances constituent des ilots de sauvegarde des valeurs essentielles pour nos vies et en même temps d’éventuels points de départ pour un renouveau transformateur.

(Edgar Morin, Aout 2018)

 



[1] Edgar Morin, Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Paris, Seuil, 1999 ; r..d. poche 2015.

 

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

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