Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Il tempo della complessita

    => Voir la présentation de cet ouvrage dans la bibliothèque du R.I.C.

    Date de l'ouvrage : Octobre 2018
    Ecrit par : CERUTI Mauro

    Prefazione di Edgar MORIN
    Cortina Raffaello editore , 2018, ISBN 978883285000, 200 pages.
    Note de : MORIN Edgar (Octobre 2018)
    Pourquoi ne reconnaissons-nous plus le monde dans lequel nous vivons? Parce que le monde nous semble le même, mais aussi complètement différent: un monde incompréhensible qui fonctionne selon une logique inconnue? Et pourquoi dans ce nouveau monde se produisent des choses qui sont capables de renverser des destins et des réalités à une époque et à des époques autrefois impensables? » : Le défi reste épistémologique devenant ainsi anthropologique : Celui d’un nouvel ‘apprendre à vivre’

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Ndlr  Notre compagnonnage avec Mauro CERUTI s’est formé en 1984 lors de l’impressionnant congrés international qu’il avait organisé avec G BOCCHI et avec la complicité active d’Edgar MORIN en 1984  à Milan : Dés la parution de la première édition de l’ouvrage publiant en italien en 1986, les actes de cette impressionnante manifestation réunissant H Atlan, E Morin, I Prigogine, H von Foerster et une quinzaine d’autres pionniers qui allaient tresser la toile de fond sur laquelle peut se déployer depuis le paradigme de l’épistémologie complexe, l’ouvrage fut un événement. (Audience qui demeure, puisque ce livre de 400 pages et très régulièrement  ré édité (en 2017 encore)

 

Sur cette trame se forma une sorte de terreau épistémologique et anthropologique générant de nouveaux questionnements dés lors qu’il nous faut apprendre à vivre en ré adaptant nos perceptions du « monde de la vie » : « Pourquoi ne reconnaissons-nous plus le monde dans lequel nous vivons? Parce que le monde nous semble le même, mais aussi complètement différent: un monde incompréhensible qui fonctionne selon une logique inconnue? Et pourquoi dans ce nouveau monde se produisent des choses qui sont capables de renverser des destins et des réalités à une époque et à des époques autrefois impensables? » : Le défi reste épistémologique devenant ainsi anthropologique : Celui d’un nouvel ‘apprendre à vivre’

 

.           On ne sera pas surpris de découvrir qu’Edgar MORIN ai accepté de rédiger la préface de ce nouvel ouvrage de son ‘Esprit Frère’ (ainsi appelle t il Mauro Ceruti avec lequel il a co rédigé plusieurs ouvrages, (récemment encore « Notre Europe, Décomposition ou Métamorphose ». Ce texte, lu initialement dans sa version publié en Italien, nous est apparu constituer par surcroit une chaleureuse  invitation à partager « la passion de comprendre notre temps, c’est comprendre la mondialisation, qui emporte l’aventure humaine devenue planétairement interdépendante » qui anime les questionnements du Temps de la Complexité’ que nous vivons.

Aussi avons-nous demandé à Edgar Morin de nous donner le texte francais de sa préface et de nous autoriser à la publier sous la forme d’une Note de Lecture du  Cahier des Lectures du Site du Réseau Intelligence de la Complexité ’en grande partie  principalement francophone . , Nous le remercions de son accord. Nous remercions également l’éditeur et l’auteur qui nous permettent de publier la traduction en français de cette ‘préfacions’.               (Note de JL Le Moigne, oct 2018)

 

 

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« Comprendre notre temps, celui de la mondialisation, qui emporte l’aventure humaine »

Par Edgar MORIN

 

Mauro Ceruti a compris que le problème essentiel, qui est de comprendre notre temps,  est un problème gigogne qui contient en lui d’autres problèmes lesquels contiennent chacun d’autres problèmes.

Comprendre notre temps, c’est comprendre la mondialisation, qui emporte l’aventure humaine devenue planétairement interdépendante, c’est comprendre cette interdépendance faite d’actions et réactions notamment politiques, économiques, démographiques, mythologiques, religieuses, c’est essayer d’interroger le devenir de l’humanité, lequel est propulsée par les moteurs  couplés ‘science/technique/économie’ vers un « homme augmenté » mais nullement amélioré et une société gouvernée par algorithmes qui tendraient, en même temps qu’à la faire gouverner par l’intelligence artificielle,  à faire de nous des machines triviales.

 En même temps, ces mêmes moteurs science/technique/ économie conduisent à des catastrophes elles-mêmes interdépendantes: dégradation de la biosphère et réchauffement climatique conduisant à d’immenses migrations, multiplication des menaces mortelles depuis l’accroissement des armes nucléaires, des armes chimiques et l’apparition de l’arme informatique capables de désintégrer les sociétés.  Tout cela provoquant angoisses, replis sur soi, délires fanatismes. Ainsi d’un côté l’inhumanité du « meilleur des mondes » de l’autre la barbarie d’une situation à la « Mad Max », résultant d’une méga catastrophe planétaire.

Dès lors le problème de l’aventure humaine nous pose le problème : qu’est-ce que l’humain ? Or la nature de notre propre identité n’est nullement enseignée dans nos écoles, donc reconnue dans nos esprits. Tous les éléments pour la connaitre sont dispersés dans d’innombrables sciences, y compris physiques car nous sommes aussi des machines physiques faites de molécules elles mêmes faites d’atomes, ainsi que dans la littérature qui révèle dans ses chefs d’œuvre les complexités humaines.

Du coup le problème de l’identité humaine porte en lui inclus le problème de la Nature présente vitalement non seulement dans son environnement, mais à l’intérieur de cette identité, laquelle porte en lui le problème de la Nature à la fois physique et cosmique. L’humain n’est pas seulement un élément singulier dans le cosmos, il porte le cosmos en son intérieur. Il n’est pas seulement un  être singulier dans la vie, il porte la vie en lui.

Ainsi, de chainon en chainon, l’interrogation s’amplifie et se multiplie. Elle nécessite une connaissance transdisciplinaire, capable d’extraire, assimiler et intégrer les connaissances encore séparées, compartimentées, cloisonnées. Elle nécessite une pensée complexe c’est-à-dire capable de relier, d’articuler et non seulement de  juxtaposer les connaissances.

Mauro CERUTI est un des rares penseurs de notre temps à avoir compris et relevé le défi que la complexité de nos êtres et de notre monde nous pose. C’est du reste, avec Gianluca Bocchi le promoteur du splendide colloque la Sfida della Complessita, tenu à Milan en 1984 et du colloque historique qui suivit en 1986 à Florence Abitare la Terra. Mauro Ceruti sait que tout problème important nécessite une connaissance transdisciplinaire et une pensée complexe. Toute son œuvre est animée par le souci de comprendre la complexité humaine, ce qui nécessite non d’isoler l’humain, mais de le situer dans ses contextes cosmiques, physiques biologiques et désormais dans la communauté de destin planétaire.

 

Toute son œuvre est animée par le souci de comprendre la complexité humaine, ce qui nécessite non pas d’isoler l’homme, mais de le situer dans ses contextes cosmique, physique, biologique, social, culturel et maintenant aussi dans la communauté humaine communauté de  destin planétaire. Ses travaux ont suscité un large débat dans de nombreux domaines de recherche, tels que la psychologie, la pédagogie, les sciences cognitives, mais également les sciences de l'organisation, de l'architecture, de l'anthropologie et de la sociologie ….

Il me plait de rendre hommage, à l’occasion de la sortie de ce livre, à l’esprit puissant, créatif et fraternel de Mauro Ceruti. 

Edgar Morin

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.