Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Penser la technique autrement - XVIe-XXIe siècle – En hommage à l’œuvre d’Hélène VERIN

    => Voir la présentation de cet ouvrage dans la bibliothèque du R.I.C.

    Date de l'ouvrage : Avril 2017
    Ecrit par : COLLECTIF (Dir. R Carvais, AF Garçon, A Grelon)

    Ed Classiques Garnier, coll. Histoire des techniques, 2017, 497 pages


    Note de : LE MOIGNE Jean-Louis (Avril 2017)
    Peu après avoir publié ‘Entreprise, entrepreneur, histoire d’une idée‘ (La première édition parait en 1982, régulièrement ré édité depuis), Hélène Vérin présentait au colloque ‘Sciences de l’intelligence, sciences de l’artificiel, avec H Simon ’(PUL, 1984/1986) une contribution qu’elle intitulait ‘Art des systèmes, et évaluation d’un modèle en 1785’ (p 170-198) : Les débats que l’on rencontrait alors chez les ingénieurs militaires en particulier donnaient lieu à des échanges avec l’académie des sciences, échanges qui en appelaient déjà à la reconnaissances du caractère scientifique des processus de construction de modèles. Les sciences d’ingénierie, sciences de conception plutôt que sciences d’analyse, se formaient déjà dans les cultures organisationnelles où les multiples problèmes de coordination de multiples métiers (aujourd’hui on dira plutôt ‘sous traitants’) incitaient déjà à les ‘penser autrement’, par fonctions et processus plutôt que par structures et par organes séparés. Cette attention permanente d’une philosophe devenue historienne à la complexité des activités collectives de production de tous type, sans séparer les composantes sociologiques de celle des ’savoirs des métiers’ d’alors (on ne disait pas encore ‘les techniques’), ni de celle des gestionnaires et comptables, ni de celles des responsables territoriaux, ni de celles des juristes, ni de …

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[ I ] Présentation de l’éditeur

 

En trois ouvrages publiés entre 1982 et 2008 (Entrepreneurs, entreprises. Histoire d'une idée, La Gloire des ingénieurs. I ‘intelligence technique du XVI° au XVIII° siècle, et Réduire en art. La technologie de la Renaissance aux Lumières),


 

Hélène Vérin, philosophe et historienne des techniques, renouvelait l'histoire de l'intelligence technique et des savoirs d'action.

 Le présent ouvrage s'inscrit dans la continuité de cette approche féconde. Croisant sciences et techniques, architecture, économie, droit, sociologie et philosophie, il interroge l'historicité de la pensée technique et analyse entre époque moderne et époque contemporaine l'émergence d'une «sciences des intentions opératoires, irréductible à l'application de la science et distincte des savoirs de métiers »

. Table des matières

 

[ II ] Note de lecture

 

Peu après avoir publié  ‘Entreprise, entrepreneur, histoire d’une idée‘ (La première édition parait en 1982, régulièrement ré édité depuis), Hélène Vérin présentait au colloque ‘Sciences de l’intelligence, sciences de l’artificiel, avec H Simon  ’(PUL, 1984/1986) une contribution qu’elle intitulait ‘Art des systèmes, et évaluation d’un modèle en 1785’ (p 170-198) : Les débats que l’on rencontrait alors chez les ingénieurs militaires en particulier donnaient lieu à des échanges avec l’académie des sciences, échanges qui en appelaient déjà à la reconnaissances du caractère scientifique des processus de construction de modèles.

Les sciences d’ingénierie, sciences de conception plutôt que sciences d’analyse, se formaient déjà dans les cultures organisationnelles où les multiples problèmes de coordination de multiples métiers (aujourd’hui on dira plutôt ‘sous traitants’) incitaient déjà à les ‘penser autrement’, par fonctions et processus plutôt que par structures et par organes séparés. Cette attention permanente d’une philosophe devenue historienne à la complexité des activités collectives de production de tous type, sans séparer les composantes sociologiques de celle des ’savoirs des métiers’ d’alors (on ne disait pas encore ‘les techniques’), ni de celle des gestionnaires et comptables, ni de celles des responsables territoriaux, ni de celles des juristes, ni de …, .  

Cette attention allait s’affirmer de plus en plus en activant une exploration épistémologique[i] ressourcée par ses exploration d’historienne attentive à la formation des mots et des concepts issues des pratiques des métiers ; explorations qui feront partager par ses lecteurs son émerveillement devant l’intelligence déployées par ces hommes[ii] (‘les ‘ingénieurs réfléchissant’ des XV°-XVIII° S.) s’attachant à rédiger et dessiner les ‘modèles de leur activité de concepteurs de modèles[iii] … ‘pour faire entendre et même comprendre ce qu’est penser en technicien’

Les quelques vingt ‘récits d’explorations’ d’historien-nes que les directeurs de cet hommage à l’œuvre d’Edgar Morin ont su rassembler dans cet ouvrage (qu’il faudra compléter par ceux de l’ouvrage collectif publié en 2008 sous le direction de P Dubourg Glatigny et H Vérin :‘Réduire en art, la technologie de la Renaissance aux Lumières’), constituent une illustration convaincante de ce changement de regard sur la genèse des connaissances humaines se formant dans la rédaction des méditations réfléchies dans et par l’expérience du ‘métier.

 Le célèbre exergue de Léonard de Vinci si révélateur des modes d’écriture des 6000 pages de ses Carnets, « Sapience (science avec conscience) est Fille de l’Expérience [iv]», prend alors tout son sens. Peut-être avait il pu lire dans l’introduction du ‘Sur l’Architecture’ de Vitruve (publiée 24 an avant JC) qui montra l’exemple de ce que pouvait-être pour les ingénieurs et architectes de la Renaissance (et d’avant les grandes écoles d’ingénieurs françaises, fin du XVIII° S.) ces initiatives pour penser la technique autrement, initiative que H Vérin nous incite à régénérer en reprenant l’expression que les ingénieurs d’alors appelaient ’la réduction en art, qui est de rassembler des choses éparpillées, multiples,  confuses’[v].

 

Je m’autorise à conclure cette note de lecture en empruntant aux directeurs de l’ouvrage la présentation synthétique de l’œuvre d’H.Vérin par laquelle ils concluent leur présentation détaillée de l’ouvrage[vi] et légitiment le titre, à mes yeux fort pertinent, qu’ils ont retenus « Au  XXI° Siècle, Penser la technique autrement qu’on l’avait pensée trop exclusivement au XX° S,. en s’aidant des témoignages des ingénieurs et concepteurs de la Renaissance aux Lumières .

« Philosophe de formation, elle transcende les frontières des disciplines académiques pour travailler les concepts et se fond dans une pluridisciplinarité à l'image de la variété des disciplines que ses amis abordent dans le présent opus : historien, historien des techniques, des sciences, du droit, de l'art, des mathématiques, de l'économie, sociologue, économiste, archéologue, psychanalyste... Elle positionne ses sujets d'étude entre l'universel et le singulier, entre le général et le particulier, entre l'abstrait et le concret. Et elle opère des resserrages de focale pour travailler des objets inédits, tels les devis, les modèles, les machines, la construction navale, les fortifications, les instruments de mesure, les dessins, etc, Cela aboutit à un va et vient incessant entre ce qui sous-tend l'histoire et l'intrusion dans les archives, entre la pensée et l'action. Comme elle ose des confrontations inhabituelles, à contre-courant de la pensée commune, elle invente et nous explique un nouveau système de concevoir l'action, usant des fondements, de méthodes et de réflexions hors des sentiers battus.

Finalement, la pensée technique, aussi intelligente qu'elle soit dans l'œuvre d'Hélène Vérin, ne cesse de nous interroger sur les femmes et les hommes qu'elle sollicite. Il ne s'agit pas uniquement des intellectuels qui ont écrit sur elle, mais également et surtout des êtres qui se sont confrontés à la pratique dont nous aurions oublié l'existence si elle ne nous avait pas donné - à travers les sources d'archives qu'elle a consultées - des moyens d'accès er des reconstitutions de situations soulignant le rôle de l'humain dans toute cette histoire vivante de la technique. ».

 

 


[i] Voir ‘ Sur le processus d’autonomisation des sciences du génie’ (J-L Le Moigne et H. Vérin), Cahier S.T.S –CNRS, n°2. De la technique à la technologie, 1984, p 42-55.

[ii]La gloire des ingénieurs’, p 133.

[iii] Postface  de  ‘L’officine du fonctionnalisme’, vol 2  de AMPHION, Etudes d’histoire des technique, ed Picard , 1987, p 196.

[iv] La sapienza è figliola della sperienzia. (Codice Forster III

[v]Vitruve «  De l'architecture. Tome premier. trad. nouvelle par  M. Ch.-L. Maufras,.(Introduction, §I – 3)..

En toute science, et principalement en architecture, on distingue deux choses, celle qui est représentée, et celle qui représente. La chose représentée est celle dont on traite ; la chose qui représente, c'est la démonstration qu'on en donne, appuyée sur le raisonnement de la science. La connaissance de l'une et de l'autre paraît donc nécessaire à celui qui fait profession d'être architecte. Chez lui, l'intelligence doit se trouver au travail : car l'esprit sans l'application, ou l'application sans l'esprit, ne peut rendre un artiste parfait

[vi] R Carvais, AF  Garçon, A Grelon.  

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.