Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Refaire le monde du travail
    Une alternative à l’ubérisation de l’économie

    Date de l'ouvrage : Février 2017
    Ecrit par : GRACEFFA Sandrino

    Edition REPAS, 2016, ISBN : 978-2-919272-11-2 112 pages
    Note de : ADAM Michel (Février 2017)
    L’entreprenant n’est pas toujours, ni seulement, un entrepreneur !: « … Il y a confusion entre entrepreneur et entreprenant, ce que chacun peut être dans son travail si l’emploi (les conditions du travail) est « étoffant » comme le dit Edgar Morin.: « l’emploi peut étoffer le travail comme il peut l’étouffer. » Selon le mot choisi, on ne parle pas de la même autonomie, économique chez le travailleur indépendant –- , sociotechnique dans l’autre face à sa tâche et dans son poste de travail au sein d’une entreprise…. . La logique de l’entrepreneur salarié n’est pas appelé à en remplacer une autre – danger de la vision binaire du one best way - mais à enrichir la palette des statuts possibles et la fluidité des parcours professionnels. »

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L'intérêt que suscite la question du « travail» est unique aujourd'hui en France et dans l'ensemble du monde occidental. Le contrat social du salariat basé sur la subordination en échange de protection a-t-il un avenir ? L'emploi salarié et la protection sociale résisteront-ils aux multiples tentatives à l'œuvre visant toujours plus de flexibilité et moins de sécurité? Est-il vraiment indispensable que tous les travailleurs deviennent des entrepreneurs d'eux-mêmes?

Alors que le spectre d'une uberisation croissante du monde du travail apparaît pour certains comme une fatalité, des voix s'élèvent pour expérimenter des alternatives crédibles, notamment au travers du mouvement des communs. Les nouvelles formes de coopératives de travail ouvertes peuvent-elles s’imposer comme un véritable modèle de préfiguration d'une société post-capitaliste ?

Entrepreneur social et créateur d’initiatives locales, Sandrino Graceffa a occupé plusieurs postes à responsabilité au sein d’associations, de collectivités et d’entreprises. Spécialiste des nouvelles formes de coopérations entre acteurs économiques, il a fondé le PTCE (Pôle Territorial de Coopération Economique) Initiative et Cité à Lille et dirige SMart depuis 2014. Cette coopérative de travailleurs accompagne depuis 1998 quelque 75.000 porteurs de projets dans la gestion de leurs activités professionnelles à travers 32 bureaux dans 9 pays d’Europe, en leur proposant une solution originale pour créer leur emploi salarié en développant leur propre activité économique dans le secteur culturel au sens large. Fort de ses expériences de terrain, l'auteur propose une analyse de l’évolution du monde du travail et des pistes sérieuses permettant d'accompagner les changements à l'œuvre dans une perspective de progrès social.

Ce livre offre un riche exemple de capitalisation de l’expérience humaine. Néanmoins, même si nous partageons sa lecture critique de la hiérarchie du travail selon Hanna Arendt, il nous semble emporté par sa lutte contre l’ubérisation de l’économie, sa mercantilisation et sa précarisation. Ce qui le conduit à  prendre la partie émergente et créative que sont les CAE (coopérative d’activités et d’emploi) pour le Tout à venir des formes de relation entre l’emploi et le travail. Non seulement « il n’est pas indispensable que tous les travailleurs deviennent des entrepreneurs d'eux-mêmes », mais c’est un mythe néolibéral et un mensonge aux conséquences culpabilisantes.

Il y a confusion entre entrepreneur et entreprenant, ce que chacun peut être dans son travail si l’emploi (les conditions du travail) est « étoffant » comme le dit Edgar Morin. Rappelons sa forte phrase en 1993 à un Congrès de SOS Amitié à Poitiers qui se questionnait sur son bénévolat, très professionnalisé : « l’emploi peut étoffer le travail comme il peut l’étouffer. » Selon le mot choisi, on ne parle pas de la même autonomie, économique dans un cas chez le travailleur indépendant – même relié aux autres et salarié dans une CAE - , socio-technique dans l’autre face à sa tâche et dans son poste de travail au sein d’une entreprise. Soit un changement d’échelle, de niveau organisationnel, qui oblige à constater et accepter que tout un chacun n’a pas les mêmes compétences commerciales.

La logique de l’entrepreneur salarié n’est pas appelé à en remplacer une autre –  danger de la vision binaire du one best way - mais à enrichir la palette des statuts possibles et la fluidité des parcours professionnels. C’est pourquoi le couplage avec les Groupements d’employeurs multi-sectoriels où se pratique un mono-travail multi-employeur, plus sécurisant, nous semble appelé à un grand avenir, mais la question n’est pas abordée.

Michel ADAM – 21 janvier 2017

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.