Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


Vous trouverez ci-dessous ou en cliquant ici les notes de lectures les plus récentes à moins que vous n'utilisiez le moteur de recherche alphabétique.

 

 

  • Vie et mort des nations - Lecture de la science nouvelle de Giambattista VICO

    Date de l'ouvrage : Décembre 2015
    Ecrit par : PONS Alain

    Éditeur  GALLIMARD, 2015
    Note de : LE MOIGNE Jean-Louis (Juin 2016)
    « … A ce monde cartésien abstrait, sec, menacé par ce qu’il appellera plus tard, dans sa Science nouvelle (1744), la « barbarie de la réflexion », Vico oppose le monde humain réel, dans sa richesse et sa complexité, celui qui est créé, « inventé » par les hommes eux mêmes, création et invention qui mettent en œuvre la totalité de leurs facultés, en particulier leur ingenium qui n’est pas un simple instrument de déduction, mais une puissance inépuisable d’innovation. … ». Puis-je introduire cette Note de Lecture de la « Lecture de la Science Nouvelle de Giambattista VICO » par cette interpellation que nous proposait Alain PONS dans la Note qu’il avait rédigé en 2005 afin d’accompagner la publication sur le site du Réseau Intelligence de la Complexité MCX-APC de sa traduction publiée initialement en 1980. Ce lien symbolique aidera peut-être le visiteur contemporain à prêter attention à ce nouvel ouvrage d’A Pons, nous invitant à la lecture de la grande œuvre de GB Vico au titre insolite « Principes d’une Science nouvelle relative à la nature commune des nations ».

Retour

« … A ce monde cartésien abstrait, sec, menacé par ce qu’il appellera plus tard, dans sa Science nouvelle (1744), la « barbarie de la réflexion », Vico oppose le monde humain réel, dans sa richesse et sa complexité, celui qui est créé, « inventé » par les hommes eux mêmes, création et invention qui mettent en œuvre la totalité de leurs facultés, en particulier leur ingenium qui n’est pas un simple instrument de déduction, mais une puissance inépuisable d’innovation. … ».

Puis-je introduire cette Note de Lecture de la « Lecture de la Science Nouvelle de Giambattista VICO » par cette interpellation que nous proposait Alain PONS dans la Note qu’il avait rédigé en 2005 afin d’accompagner la publication sur le site du Réseau Intelligence de la Complexité MCX-APC de sa traduction publiée initialement (et à l’époque épuisée en librairie) du ‘Discours sur la Méthode des Etudes de notre Temps’ ? (Discours de rentrée de l’Université de Naples, 1708, traduit en français par A Pons en 1980).

 

Ce lien symbolique aidera peut-être le visiteur contemporain à prêter attention à ce nouvel  ouvrage  d’A Pons, nous invitant à la lecture de la grande œuvre de GB Vico au titre insolite « Principes d’une Science nouvelle relative à la nature commune des nations ». On se souvient peut-être qu’A Pons avait publié en 2001 une traduction française de cet Opus Magnum unanimement admirée. Insolite et pourtant si plausible : Que dans ses diversités l’humanité ait fait reconnaitre quelques formes de nature commune à toutes les nations ? Citons quelques lignes de sa Lecture de la Science Nouvelle de 2015 :

« Il y a donc bien quelque chose de « nouveau » dans la volonté de Vico de prendre pour objet d'étude les nations, et plus encore d'en faire la «science» Pour lui, c'est dans la réflexion sur les nations et leur nature que la philosophie trouve son meilleur emploi, puisque dans ces « rassemblements » s'exprime la véritable nature de l'homme, qui est un être fait pour vivre en commun et qui « crée » spontanément les nations afin de permettre à sa nature sociable de retrouver une partie de l'« intégrité », de l'« humanité », qu'elle avait perdue. C'est par la vie de ces nations, par leur naissance et leur mort sans cesse renouvelées que le genre humain subsiste et réalise sa vocation propre ».

Ne doit-on pas « réunir les deux approches selon lesquelles les « choses humaines » ont été jusque-là abordées : celle qui étudie l'homme en tant qu'individu, esprit et corps, et celle qui fait connaître les différentes manières dont les hommes s'associent et communiquent entre eux grâce aux différentes institutions qu'ils créent et qui évoluent dans le temps. La Science nouvelle n'est rien d'autre qu'une tentative, dont il souligne l'ambition presque démesurée, d'unir dans la même démarche les efforts séparés jusque-là de ces deux disciplines.’ (p.11)

Ambition presque démesurée en effet : G Vico ne disait-il pas « qu’il fallait lire son livre trois fois avant d’être en mesure de le comprendre » (p 12). Pour m’être exercé en 2003 à une note de lecture enthousiaste de cette traduction d’A Pons de 2001, je confesse que je ne sus être attentif qu’à quelques arguments, sucs extraits d’une immense cuvée qui en contenait tant d’autres. Ce qui m’invite à exprimer à Alain Pons la gratitude que nous lui devons : Sa Lecture de la Science Nouvelle nous propose une sorte de méta lecture de l’aventure de l’humanité  générant et régénérant le sens commun et les coutumes(Chapitre 4) se formant et se transformant dans le cours des nations  (chapitre 6 et 7). Ce  qui nous met en mesure, sinon de comprendre, au moins de nous permettre d’exercer une sorte d’intelligence critique, en nous appropriant cet autre regard, renouvelant,  sur la formation de la connaissance entendue comme Science avec conscience

 

. En s’attachant à suivre pas à pas à l’argumentation de Vico explorant « la bibliothèque très profonde, complexe et variée de la pensée humaine tout entière (dans laquelle)  il s’est enseveli pour y lire les très anciens fondateurs des nations »,Alain Pons nous convainc de l’effective scientificité reflexive qui autorise G Vico à qualifier son œuvre de « Science nouvelle » à partir d’un postulat plus que plausible : «L'homme n'étant proprement qu'esprit, corps et parole».(in La science nouvelle  § 1045).

Je cite quelques lignes récapitulant l’argument : « La possibilité de fonder une telle science repose, sur la mise en accord, sur la constantia, la cohérence des deux grandes manières dont la réflexion de l'homme sur lui-même a été menée : la philosophie, qui réfléchit sur l'homme et son esprit, et la philologie, qui étudie les actions diverses des hommes dans le temps de l'histoire. Ces deux approches de l'humanité de l'homme, jusque-là séparées et souvent opposées, Vico a montré qu'elles étaient non seulement compatibles mais même inséparables, si l'on voulait comprendre comment c'était dans le temps lui-même que l'homme réalisait ce qui était inscrit dans sa nature…..  Et c'est là qu'apparaissent la nouveauté et la force de son projet. L'intérêt de la tentative de Vico vient de ce qu'il rassemble tous ces aspects dans une étude qui fait apparaître synchroniquement et diachroniquement leur unité organique, et cela pour parvenir à la constitution d'une science effectivement nouvelle des nations. Pour lui, la nation, depuis qu'elle existe, concentre en elle tout ce qui caractérise l'homme dans ce qu'il a de propre en tant qu'individu et en tant qu'être social. Analyser sa «nature commune», c'est mettre au jour les différentes manières dont les hommes, dans le temps de l'histoire, ont construit leur humanité. » ‘p.353

 

Au cœur de ce projet, celui de « l’étude des rapports de la pensée et du langage  qui seule permet de comprendre » (p.354) se forme ‘le deuxième livre  de la SCIENCE NOUVELLE, intitulé ‘De la sagesse poétique’ (qui) occupe à lui tout  seul près de la moitié de l'ouvrage. …  C'est sur  l'idée de poésie que se concentre l'analyse vichienne des débuts de  1'« humanité », et on peut même dire qu'elle est au cœur de son  œuvre entière’ (p 189) 

J’emprunte cette dernière citation au chapitre central de  « La lecture de La Science Nouvelle » (chapitre 5 sur 8)qui par son intitulé condense à son tour le cœur de l’œuvre entière de G Vico, reliant le ‘Discours sur la Méthode des Etudes de notre Temps’ 1708 au ‘Principes d’une Science nouvelle relative à la nature commune des nations’(1744). Intitulé que d’aucun tiendront pour provocant, ‘La Métaphysique de l’Esprit’,  que le texte de Vico autorise explicitement

             «Mais dans cette épaisse nuit de ténèbres qui recouvre l'antiquité première, si éloignée de nous, apparaît la lumière éternelle, qui ne s'éteint jamais, de cette vérité qui ne peut d'aucune façon être mise en doute: ce monde civil a certainement été fait par les hommes, et par conséquent on peut, parce qu'on le doit, trouver ses principes à l'intérieur des modifications de notre propre esprit humain » (p.178, citant SN 44, §331)

 

            Confirmation du désormais célèbre ‘principe épistémologique du Verum et Factum’ que G Vico énonçait dés 1710 : « On peut penser ajoute A Pons qu’il a bien fallu à Vico vingt ans de méditations sur le droit naturel, sur les nécessités et utilités humaines, sur le sens commun, les coutumes et les religions, pour comprendre en quoi le monde civil est un factumdont l'homme est responsable, et qu'il peut y avoir de lui un verum. … C’est parce que l’homme fait son monde (le monde civil, dira G Vico) qu’il peut le connaitre » (p. 181)

            A Pons va alors s’attacher à extraire en 40 pages la  substantifique moelle du Livre Second –‘De la Sagesse Poétique’ - de la Science Nouvelle (qui compte 213 pages sur un total de 445 pages !)

 En étudiant la genèse de la pensée et l'évolution d'« un certain esprit commun de tous les peuples », en rapprochant ainsi phylogenèse de l'ontogenèse de l'homme, G Vico va accorder une importance primordiale à la connaissance des origines de l'humanité des hommes. Il consacre une place prépondérante à l'analyse de la métaphysique de l'esprit des premiers hommes qui va lui permettre de comprendre la manière dont s'est formé le monde des nations, avec ses institutions, lesquelles sont apparues et se sont transformées au fur et à mesure que l'esprit qui les animait se modifiait. Il s'agit de comprendre par quelles opérations de leur esprit ces premiers hommes appréhendaient le monde, ou plutôt comment leurs expériences physiques et mentales leur ont permis de « faire» quelque chose de tel qu'un « monde» qui leur fût propre.

Puisque « les sciences doivent commencer là où commence leur matière" », la métaphysique de l'esprit humain, reine des sciences, doit donc commencer au moment où les premiers hommes commencèrent à penser humainement, et non pas au moment où les philosophes commencèrent à réfléchir sur les idées humaines.'. Mais rien n'est plus difficile, et Vico insiste à plusieurs reprises sur le fait que pour retrouver la façon dont cette première pensée humaine est née dans le monde païen, il a rencontré d'âpres difficultés … » (p 183)

 

            G Vico va désigner par « la poésie,  la faculté qu'a l'homme d'appréhender le monde avec les premiers instruments dont la nature l'a doté, à savoir les premières modifications de son esprit, sensation, imagination et mémoire, l'entendement n'intervenant que plus tard. Ces instruments, singulièrement vigoureux chez les premiers hommes, ne disparaissent pas, mais s'affaiblisse: …. Mais dans les temps primitifs tous les hommes sont poètes, et leur appréhension du monde relève de ce que Vico appelle une «sagesse poétique», une sagesse non pas raisonnée et abstraite, mais sentie et imaginée. » (p 190)

 

.           Cette sagesse poétique va se déployer dans la formation de l’esprit devenant rhétoriques et topiques : « Vico a découvert. … que la nature des hommes a été poétique avant que d'être rationnelle, et que pour comprendre leur «logique poétique», c'est-à-dire leur manière de penser et de s'exprimer dans les débuts de leur histoire, il était indispensable de s'aider des analyses du discours humain telles que l'on pouvait les trouver dans l’enseignement de la rhétorique  chez les grecs et les latins. …

La métaphore est le trope fondamental, qui commande les autres, car elle est créatrice du monde humain en arrachant l'homme à l'immobilité de l'animalité par la projection des passions et intentions humaines sur les objets inanimés. Mais, ce faisant, elle déclenche une production tropique qui ne s'arrêtera plus et dont l'aboutissement lointain sera la raison pleinement développée. La métonymie est définie … comme le trope qui «donne à la cause le nom de l'effet, au sujet le nom de ce qui lui est adjoint et inversement, si bien que par cause on comprend les inventeurs et les auteurs des choses »; Cette définition banale va prendre dans la «Logique poétique» une portée immense. . … Ne penser que le particulier concret, c'est n'être qu'une mens momentanea, c'est-à-dire ne pas penser du tout. Penser, c'est mettre en relation, et la première pensée, la première mise en relation sera «métonymique », elle s'accomplira par «échange de nom» entre la cause et l'effet, ou entre le sujet et ses attributs.

L’homme primitif …  perçoit le monde en termes d'activité, puisqu'il y projette sa propre activité intentionnelle.Tous les phénomènes naturels seront appréhendés par lui à travers la séquence agent-acte-résultat de l'acte, ou bien encore comme des manifestations concrètes et particulières d'un     sujet, en entendant par là un «auteur », un «inventeur» responsable, lui-même concret, puisqu'il est identifié métonymiquement  à la chose qu'il a produite, mais qui pourtant s'en distingue et possède déjà un certain degré de généralité, car il est capable d'actions ou de manifestations variées et répétées. (p.213-214)

 

Il faut bien sur s’interroger sur la pertinence de cette Lecture au début du 21° Siècle  de cette restauration de  « la logique poétique » que proposait G Vico au début du 18° Siècle. « Mainte erreur, gâtant les jugements qui se portent sur les œuvres humaines, est due à un oubli singulier de leur génération » nous rappelle P. Valéry. Nos connaissances contemporaines, pour être légitimes et s’inscrire dans « la sagesse commune des nations », peuvent ici, grâce à la Lecture de Vico que nous propose A Pons, s’attacher à comprendre la tentative de  soudure épistémologique[1] que rendait déjà si nécessaire la Querelle  des anciens et des Modernes. L’exercice n’est-il pas toujours nécessaire à l’heure où le nouveau scientisme se déchire entre tenants des post modernismes & transhumanismes et tenants des conservatismes & intégrismes ?

Je cite à nouveau : « Pour édifier sa science des nations, Vico a fait appel à tout ce que pouvait lui fournir la culture ancienne telle qu' elle avait été transmis, sans totale interruption au Moyen Âge, revivifiée qu'elle était par le christianisme, jusqu'à la Renaissance; et d'autre part la culture moderne, dont il constatait, avec un mélange d'admiration et de fierté, mais aussi d'inquiétude profonde, les triomphes et les dangers qu'elle risquait d'entraîner pour la culture des esprits et celle des âmes, c'est-à-dire pour ce qui constitue la civilisation. À cet égard, on ne peut qu'être impressionné par l'amplitude de sa vision et la profondeur de sa réflexion qui dépasse de loin celle de ses contemporains et de ses suivants immédiats. (p 354)

 

            Propos que conforte la présentation d’un autre exégète contemporain de La Nouvelle Science, Davide Luglio,  sous l’intitulé Connaissance, rhétorique et science dans l’œuvre de GB Vico[2], qu’il synthétise par l’image d’une  tentative "héroïque" de mettre en œuvre la réunion de l’ancestrale Topique ingénieuse en permanente ouverture et de la moderne Critique pragmatique se radicalisant : « la Topique éclairée par le flambeau de la Critique » ne devient- elle pas l’emblème de la plus plausible convention épistémologique que puisse se proposer le renouvellement paradigmatique de l’humaine connaissance  ‘Topica cum critica conjunctura[3]

 

On me reprochera l’abus des citations comme le caractère partisan de leur sélection. Il me faudrait recopier les 40 pages de cette Métaphysique de l’Esprit dont la teneur est à la fois si plausible et si surprenante pour nos cultures privilégiant une pensée objective indépendante des sujets pensant , et portant sur des objets analysables bien plus que sur des activités concevables. Je m’autorise cette insistance sur la face épistémologique, gnoséologique plus encore que méthodologique, de l’œuvre de G. Vico, insistance que, depuis Jules Michelet, son premier traducteur en Français, (1832), l’on retrouve sous la plume de bien des ses exégètes contemporains.

 

Il est une autre motivation à l’attention que nous pouvons aujourd’hui consacrer à ce ‘dévoilement’ du Témoignage de G Vico : c’est sa résonnance avec le renouveau du Paradigme du Pragmatisme que, depuis un siécle (W James, J Dewey, G Bachelard, J Piaget, H Simon, R Rorty,  E von Glasersfeld, …), on peut qualifier de ‘radical’[4] au sens que lui donnait J Dewey[5]: phénoménologique plus qu’ontologique, poïétique plutôt que mimétique, expérientiel plutôt que déductif. Sauf pour E von Glasersfeld, je crois qu’aucun de ces ‘témoins considérables[6] du 20° siècle ne s’est référé explicitement à la contribution épistémologique de G Vico. Mais que de confirmations bien des pages de l’œuvre vichienne apportent à cette régénérescence de la culture humaniste responsabilisant les humains dans leur ‘vivre ensemble et avec leur planète’. N’est-il pas significatif que l’ultime chapitre du septième volume de la Méthode, L’Aventure de La Méthode, 2015, d’Edgar Morin  soit un appel intitulé « Pour une rationalité ouverte » ?

 

Convenons enfin d’une inévitable mais sans doute regrettable lacune dans ces méditations réfléchissantes sur la formation de la pensée humaine par l’émergence d’artefacts : les symbolisations graphiques et les langues dans l’activité humaine qui se manifestait sur la planète au long  de cette « antiquité première ». Nous accédons à ces hypothèses plausibles sur la formation de la pensée par les traces étrusques, grecques et latines dont pouvait disposer les contemporains de G Vico.  Trois siècles plus tard, nous devrions-nous pas méditer aussi d’autres traces, celles que nous livrent les sociétés civiles de l’antiquité premières qui se formaient sur les autres continents, bien au delà de cette toute petite méditerranée qui n’est peut-être pas le seul berceau du monde ?

 

Et sans conclure - l’aventure de la connaissance est infinie - proposons nous, en guise de point d’étape, l’image de la reliance des deux métaphores sur lesquelles se forme et se transforme l’étonnante capacité humaine à ‘FaireóConnaissance’, maintenant ainsi ouverte et responsabilisante l’humaine passion de l’entendement, associant au plaisir de faire la passion de comprendre : ce sera ici en insérant la métaphore trinitaire de G Vico, « Corps, Esprit, Parole » au sein de la métaphore de « l’emboîtement de trinités proposé par E Morin : – la trinité individu-société-espèce; – la trinité cerveau-culture-esprit – la trinité raison-affectivité-pulsion[7] ».

 

 

 

 


[1] Je reprends à dessein l’image de la soudure  proposée par E Morin dans Le paradigme perdu, la nature humaine (éd. Seuil, 1973). Elle vise la soudure épistémologique entre les sciences de la vie et les sciences de l’esprit, alors que chez  G Vico en 1744 elle visait la soudure épistémologique entre les sciences physique et les sciences de l’esprit.

[2] D Luglio, La Nouvelle Science, Connaissance, rhétorique et science dans l’œuvre de GB Vico, éd. PUF, 2003

[4] Essai d’empirisme radical ‘1901) ; La démocratie est radicale (1937) ; Constructivisme radical (1995), ….

[5] Occasion de mentionner la parution de deux ouvrages récents sur l’œuvre de J Dewey :  JP Cometti, La Démocratie radicale : lire John Dewey, éd. Gallimard –Folio, 2016 ; et Stéphane Madelrieux, La Philosophie de J Dewey, Repères, éd Vrin, 2016. Voir aussi les Dossier XVIII (01-07-2002) - Pragmatique et complexité MCX ;

[6] Voir aussi les Dossier XVIII (01-07-2002) - Pragmatique et complexité MCX ;  DOSSIER MCX XXIV (31-05-2008) - Quatre grands témoins du 20ième siècle à méditer aujourd'hui pour civiliser notre planète en devenir et en reliance (W. James, J. Dewey, G Bateson, E. von Glasersfeld)

[7] E Morin , La Méthode T. 5, L’Identité Humaine, ed seuil, 2001, p 45 

 



Haut de Page

 

 

Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.