Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Parier sur la réciprocité : vivre la solidarité

    Date de l'ouvrage : Février 2013
    Ecrit par : HEBER SUFFRIN Claire


    Note de : De PERETTI André (Février 2013)
    Aussi pouvons-nous, pensant avec entrain à Claire Heber-Suffrin, et à tous ceux qu’elle a entrainés, « Parier sur la Réciprocité » : selon le titre d’un ouvrage de 2011, rédigé avec une vingtaine de ses émules (dont la moitié est québécoise), associés et nous associant, pour, selon le sous-titre, « Vivre la Solidarité ». Et ce serait en respectant les différences entre les Personnes pour mieux les conjuguer et relier, les protégeant ainsi de la pernicieuse confusion (ou du « mythe ») identitaire.

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Ndlr. Lorsque nous apprîmes que le Premier Ministre du Gouvernement français remettrait le 6 février 2013 les insignes d’officier de la Légion d’Honneur à Madame Claire HEBER SUFFRIN , la fondatrice –animatrice des « Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs , nous primes conscience de notre involontaire inattention apparente : chacun de nous pensait que les travaux des RERS étaient depuis longtemps affichés dans notre ‘Cahier des Lectures MCX’. Ce qui nous a  incités à demander aussitôt à notre ami André de PERETTI de réparer au plus tôt notre péché par omission  non délibérée.

L’expérience bientôt cinquantenaire et toujours vivifiante des Réseaux  d’Echanges Réciproques des savoirs, n’est-elle pas un remarquable « Témoignage en Acte de l’Agir et Penser en Complexité »? Nous remercions chaleureusement André de son témoignage documenté et chaleureux sur les multiples initiatives de réciprocités solidarisantes des RERS.

*-*-*-*-*-*

Que dirais-je pour commencer à esquisser une reconnaissance accrue, accordée à Claire Heber-Suffrin, et à ses « Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs », en compagnonnages de complexité ?

Je dirai d’abord notre modestie, jusqu’ici, pour nous mettre à militer pour le terme moteur de Réciprocité. Les Index et les Tables de Matières, ou les Sommaires, de nos augustes ouvrages, constructivistes ou complexitiques, ne mentionnent qu’avec parcimonie, sinon oubli, le dit paradigme, lui préférant le recours morinien à l’entraînante « Récursivité » éthique ou organisationnelle ainsi que les « rétroactions ».

Et même si l’ « Ingénierie des Pratiques collectives », entre « la cordée et le quatuor », s’éprend d’une, je cite, « Culture du Co », notamment d’une « Cognition Collective », elle est plus réservée pour la culture du Ré, omettant la Réciprocité, même si elle garde règle, réseau, résonance et responsabilité. Et le « Vocabulaire de la Complexité » est aussi fort peu disert : citant une seule fois, sur cinq cents pages, cette vertu de la réciprocité qui pourtant nous séduit justement.

Aussi pouvons-nous, pensant avec entrain à Claire Heber-Suffrin, et à tous ceux qu’elle a entrainés, « Parier sur la Réciprocité » : selon le titre d’un ouvrage de 2011, rédigé avec une vingtaine de ses émules  (dont la moitié est québécoise), associés et nous associant, pour, selon le sous-titre,  « Vivre la Solidarité ». Et ce serait en respectant les différences entre les Personnes pour mieux les conjuguer et relier, les protégeant ainsi de la pernicieuse confusion (ou du « mythe ») identitaire.

Car il y a, pour Claire, Marc et leurs affiliés, des Choix et des Postulats « simples », « à comprendre, reconnaître, vérifier ». Et je cite : « Chacun, oui chacun, est porteur d’une multitude de savoirs et d’ignorances. Mais pas des mêmes. Chacun peut transmettre des savoirs, chacun peut apprendre. Chacun peut apprendre à apprendre transmettre », fin de citation.

Dès lors, « des choix sont rendus possibles » et complémentaires. Car, je cite « Chacun peut contribuer à mettre ses savoirs en circulation dans le social qu’il choisit (ville, quartier, école, organisme de formation, université). Chacun peut donc être Offreur de savoirs. Chacun peut apprendre et peut donc se constituer Chercheur, Demandeur de savoirs. Tous les savoirs (ceux qui respectent les êtres humains et la paix entre les humains) sont de Droit pour tous », fin de citation.

Mais, pragmatiquement, je cite, « Chacun étant à la fois enseignant et apprenant, cette réciprocité est, ouverte, en réseaux. C’est-à-dire que l’on offre à ceux qui sont intéressés par cette offre, qui, eux-mêmes, offrent à ceux (et c’est rarement en aller-retour), que leur offre intéresse », fin de citation. (p 18-19)

Il en résulte que, je cite « Les échanges produisent un système que l’on peut dire à géométrie variable : une personne enseigne à une autre ; une autre à trois demandeurs ; une autre encore, à un groupe de douze ; deux offreurs accompagnent un demandeur dans son apprentissage de la lecture, etc. »

Ah ! oui, et coetera ! Par et pour une systémique qui se démultiplie en exemples originaux, saisissants, autant concrets que militants, épandus exponentiellement en Amérique du Nord au Sud, en Afrique, et bien sûr en Europe, à Evry, où le rêve et les réseaux ont commencé.

Evry ? Cette mention nous ramène à la référence d’un Essai de 2012, dans lequel Claire et Marc Heber-Suffrin  ont entrepris de décrire, biographiquement, la fondation et le développement ramifié de leurs « Réseaux d’échanges réciproques de savoirs », en mouvement « vers une société apprenante et créatrice ».

Dans ce que Gaston Pineau a appelé une « Grande Boucle Etrange », cinq pôles conceptuels sont, d’emblée (p 29) rappelés, je cite : « une réciprocité socio formatrice, organisée en réseau, pour mettre en circulation des savoirs, qu’une dynamique organisée et « protégée » d’échanges va rendre accessibles, promouvoir, valoriser et multiplier en un mouvement coopératif , constructeur de solidarité entre les personnes, et porteur d ‘une volonté citoyenne de contribuer au changement social », fin de citation. Et l’ouvrage peut, en rigueur, détailler les temps accélérés et les lieux planétaires, au long et large desquels se réalise l’épanouissement du projet initiateur, élaboré puis accompagné par leurs audacieux auteurs.

Au départ, en quel cadre a pu naître ce projet ? Je note, tout d’abord, l’appartenance de Claire à un mouvement de Jeunesse étudiante qui nous entraînait à devenir sans retard « co-responsables » de nos études avec nos enseignants, comme avec chacun de nos camarades. Devenue enseignante, elle eut des contacts avec des enseignants, militants de Célestin Freinet, et pratiqua un enseignement de « classe coopérative ». Et je réjouis qu’elle fut alors sujette à ce qu’elle appelle un « surgissement étrange ».

Un jour de neige, une élève difficile, profondément « bloquée » en sorte de gêner la classe, « s’est mise à danser. C’est le silence admiratif des autres élèves qui a alerté Claire. C’était très beau. Doublement beau » (p 36)) fin de citation. Notre amie a eu de suite l’idée de proposer à cette élève de l’inscrire dans un petit conservatoire municipal de danse, lui demandant d’offrir, en retour à ses camarades ce qu’elle y apprendrait !

Tout marcha, on dansa, tant et si bien que cette enfant, outre la danse, se mit à apprendre aussi bien « les mathématiques, l’histoire, la grammaire » ! Et je cite Claire : « Là, j’ai compris pour toujours qu’on ne peut créer l’envie d’apprendre sans restaurer la dignité. » Pour toujours ! Et par l’illustration de nombre d’autres exemples décrits, confirmant l’opportunité de respecter, en ses différences, chacun, en vue de lui donner une chance évolutive de donner et recevoir en stimulante réciprocité.

Ces prémices dites, les « Confessions » et le « Discours sur leur Méthode » de Claire et Marc ont pu se succéder en une ramification de « Créations » et de « Développements » étonnants, bientôt reliés avec la grâce des médias, à la Réalité sociale, politique et universitaire.

Citons, sans perdre le souffle, entre 1971 et 1976, la création première du « Réseau d’Orly », suivi, entre 1979 et 1984, par celle du « Réseau d’Evry ». En suite des développements, il y eut en 1985 la création d’un réseau de Réseaux », en cohérence avec nombre de créations à l’étranger à partir de 1991 ; et, même s’il se mit relativement en sommeil, la création, entre 2005 et 2008 d’un Mouvement international pour la réciprocité active, en éducation, en formation et dans les pratiques citoyennes » (p.71).

Et je puis vous épeler sur une seule page 72, les réseaux sis en Belgique, Autriche , Allemagne, Italie, Espagne, Suisse, Maroc, Burundi, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Chili, Nicaragua, Mozambique, sans oublier ailleurs, Brésil, Québec, Uruguay…. Au vrai, il y a de quoi essouffler, mais plus dignement comprendre pourquoi les Autorités politiques françaises décorent, par la main du Premier Ministre, en ce jour du 6 Février (sans rappel historique) Claire Heber-Suffrin.

Par ses efforts incessants, des savoirs négligés ou méprisés, sinon « confisqués » par des « experts », peuvent se retrouver, en mutualité, dans ou avec des savoirs « émergents », entre laçant en complexité des questions dialogiques : sociales, économiques, politiques, culturelles, éthiques, autant qu’épistémiques, mais aussi matérielles et pratiques.

La reliance et les échanges priment en sorte que la complexité requise peut nous inciter à bien apprécier l’écho des symphonies en Ré majeur - de Réseau, de Réciprocité, de Responsabilité et de Réalisme invitant à « savoir essayer ensemble » (c’est le titre du dernier chapitre du livre cité et d’harmoniser une « présence formatrice à soi » et une « présence au monde réel proche » en vue de « vivre ensemble » en un Respect solidaire.

Honneur à vous, notre amie Claire.

André de PERETTI, 6 février 2013

 

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.