Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • Héros pathétique de l'âge de l'information. en quête de Norbert Wiener, père de la cybernétique

    => Voir la présentation de cet ouvrage dans la bibliothèque du R.I.C.

    Date de l'ouvrage : Décembre 2012
    Ecrit par : CONWAY Flo, SIEGELMAN Jim

    Préface de Robert VALLEE. (Trad. française : Nicole VALLEE-LEVI). Éditions Hermann, 2012, ISBN 9782705682941, 420 pages
    Note de : Vallée Robert (Décembre 2012)
    Ndlr : Nous remercions notre ami le professeur Robert VALLEE, et les Éditions Hermann, qui nous autorisent à reprendre ici la préface qu’il a rédigée pour cette riche biographie du ‘père de la Cybernétique’ (1948), Norbert WIENER, célèbre mathématicien mais aussi scientifique transdisciplinaire avant la lettre, en appelant à une culture humaniste qui restaure dans la réflexion scientifique la légitimité de la Téléologie, science des processus de finalisation, (en particulier par un article paru dés 1943, ‘Comportement, Intention et Téléologie’ (traduction française in ‘Etudes Philosophique n° 2’, 1961 de l’article de 1943 " Behaviour, Purpose et Teleology ").

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Si l’on connaît Norbert Wiener comme père de la cybernétique, ou comme  mathématicien, on ignore que ce fut un philosophe inquiet de l’avenir de l’humanité, à l’existence assombrie par des conflits familiaux  et en butte à une certaine hostilité de la part du gouvernement des Etats-Unis, notamment au temps de McCarthy. On oublie qu’il fut, beaucoup par la volonté de son père, un enfant prodige qui obtint un doctorat à l’âge de dix-huit ans, mais qui eut une certaine peine à se faire reconnaître. Il dut aussi souffrir de certains emprunts, non avoués, de ses idées.

On parle de systèmes évoluant « au bord du chaos », métaphoriquement, ce fut le cas de Wiener, passant de phases créatives d’exaltation à des phases stériles d’abattement : « I am tired and I don’t know why » me dit-il, un soir de l’été 1954, dans sa maison de campagne du New Hampshire. Ces aspects de la personnalité et de la vie de Norbert Wiener, qui font de lui un « héros pathétique », sont présentés, avec compétence et talent, par Flo Conway et Jim Siegelman, et fidèlement exprimés dans la traduction due à Nicole Vallée-Lévi.

   Un autre trait de la personnalité de Wiener est l’intérêt qu’il a  toujours  manifesté pour les mathématiciens français, en particulier Hadamard et Lebesgue. Il aimait s’exprimer en français et il publia plusieurs notes aux Comptes rendus de l’Académie des Sciences, présentées par Louis de Broglie, qui présida, en 1951, pour clore son séminaire annuel, un colloque consacré aux aspects informationnels de la cybernétique. Il se rendit d’ailleurs en  France à l’occasion de divers congrès mathématiques après la seconde guerre mondiale, en particulier en 1947.

J’ai eu le plaisir d’accompagner Flo Conway et Jim Siegelman, très intéressés par les contacts parisiens de Wiener et venus  visiter le siège des Éditions Hermann et Cie, rue de la Sorbonne, où Wiener rencontra M. Freymann qui le convainquit d’écrire le livre qui allait être le célèbre Cybernetics  et dont la toute première édition fut  publiée à Paris en 1948. Ce fut, lors de nouveaux passages, au début des années cinquante, que j’eus l’occasion de faire sa connaissance et de l’informer de l’existence du « Cercle d’Études Cybernétiques » que j’avais fondé en 1950. Ces circonstances facilitèrent ma venue au MIT, dans le cadre du Foreign Students Summer Project de 1954, sous l’égide de Wiener qui me confia la traduction d’un court texte sur la logique et les probabilités, lequel parut dans un ouvrage sur la méthode dans les sciences,  sous la direction de François Le Lionnais.

   En ce qui concerne ses recherches scientifiques, le mouvement brownien, déjà étudié par Einstein, fournit à Wiener une matière propice à la mise en œuvre de ses qualités d’intuition : il devinait d’abord et démontrait ensuite, démarche plus fréquente qu’on le pense. Ces premières recherches, qui aboutirent à ce que l’on appelle mesure et processus de Wiener, sont toujours à l’ordre du jour. Son analyse harmonique généralisée le conduisit à une solution du problème du filtrage et de la prévision de signaux aléatoires qu’il rattacha à la cybernétique et la théorie de l’information. Cette partie de son œuvre m’a particulièrement influencé : les opérateurs agissant sur le passé d’un signal me suggérèrent les « opérateurs d’observation » qui furent l’objet, dès 1951, de notes aux Comptes Rendus de l’Académie des Sciences  présentées par Louis de Broglie.

Ces opérateurs, qui mettent en évidence le rôle du sujet observant son environnement et lui-même, constituent les prémices de ce que l’on a appelé, plus tard, la « seconde cybernétique », déjà en germe dans la cybernétique de Wiener. Par ailleurs, l’intérêt de Norbert Wiener pour la physique théorique proprement dite, de la relativité générale à la mécanique quantique, fut toujours très vif et l’amena, tout au long de sa vie, à d’intéressantes publications. Ces multiples aspects de la pensée de Wiener, mathématicien et physicien, sont présentés à côté de sa philosophie humaniste par les deux auteurs de ce qui est bien davantage qu’une simple biographie.

Robert VALLEE

 

 

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

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Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

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