Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • COMPLEXITE(S) DES MODELES DE L'ARCHITECTURE NUMERIQUE
    Actes du 5eme séminaire de Conception Architecturale Numérique

    Date de l'ouvrage : Juillet 2012
    Ecrit par : GUENA François, LECOURTOIS Caroline, (Direction)

    PUN - Editions Universitaires de Lorraine, 2012, ISBN 978 2 8143 0122 1, 267 pages


    Note de : BOUDON Philippe (Juillet 2012)
    Présentation de l’éditeur : Le Séminaire de Conception Architecturale Numérique (SCAN) est une conférence francophone qui rassemble des chercheurs autour de questionnements portant sur les implications du numérique en conception architecturale. SCAN'12 invite à réfléchir à la question des complexité(s) des modèles de l'architecture numérique. La conférence SCAN'12 a eu lieu les 21 et 22 Juin 2012 à l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-la-Villette. Elle a réuni les différents auteurs de cet ouvrage ainsi que des architectes, ingénieurs, praticiens, pédagogues, chercheurs en architecture, chercheurs de la pensée complexe et informaticiens autour de deux objets majeurs : La complexité de la modélisation et des modèles de la conception architecturale ; La complexité de la modélisation et des modèles informatiques de ou pour l'architecture.

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C’est autour du titre Complexité(s) des modèles de l’architecture numérique que s’est déroulé à l’Ecole d’Architecture de Paris-la-Villette, le 5ème séminaire de Conception Architecturale Numérique sous la direction de François Guéna et de Caroline Lecourtois qui a rédigé la préface  des Préactes, édités par les Presses Universitaires de Lorraine.

Deux excellentes conférences ont accompagné les travaux, l’une de Jean-Pierre Peneau et l’autre d’Antoine Picon. Elles étaient on ne peut plus complémentaires : démarche plutôt analytique pour l’une, plus globale et historique pour la seconde, c’est bien l’enjeu de la distinction entre méthode analytique et pensée complexe, si souvent méditée par Jean-Louis Le Moigne dont elles indiquaient en quelque sorte les pôles.

On peut considérer que le domaine « numérique » se présente de façon particulièrement problématique au regard de cette distinction entre pensée analytique et pensée complexe. Il était légitime que Jean-Louis Le Moigne fût invité à présider le jury du Prix de l’Académie d’Architecture qui en a marqué la clôture.

Mais dans la chaleur de son discours, aura-t-on suffisamment pris garde à sa remarque selon laquelle la complexité n’est pas dans l’outil mais dans la tête de celui qui conçoit. Une précision majeure. Car nul doute que l’outil informatique nous aide à gérer les complications qu’entraîne une complexité qui toutefois s’en distingue. Compliqué, on sait combien peut l’être l’outil numérique, mais la complexité reste en dehors, malgré les complications qu’elle peut entrainer.

 

Le prix "SCAN" de l’Académie d’Architecture a été donné à Vincent Monier, Gilles Duchanois et Jean-Claude Bignon pour leur étude « Génération de structures non-standards au moyen d’éléments natifs irréguliers en bois ». Elle propose un algorithme permettant, dans un souci de valoriser la matière qu’est le bois dans son état d’origine c’est-à-dire sous une diversité de formes, d’associer des éléments non standards selon des géométries aléatoires. Tout se passe comme si était inventée ici la cabane primitive de la conception architecturale dite numérique…

Une mention a été donnée à une réflexion plus problématique, au bon sens du terme de Denis Derycke. Non sans être influencé par la théorie de l’acteur réseau de Latour et Yaneva à laquelle il fait référence, l’auteur y soulève la question de la dualité entre sensible et intelligible qui naît de la distance entre un paradigme de la représentation architecturale représenté par des règles graphiques vieilles de 500 ans (le dessin d’architecture et ses figures) et l’accumulation d’informations du modèle numérique qui « rend difficile la tâche de l’utilisateur quant à leur organisation et surtout quant à la représentation graphique des objets architecturaux que ces informations contiennent ».

Une belle question que l’on n’a sans doute pas fini de se poser car, là encore, c’est tout l’enjeu d’une démarche globale complexe qui est le propre de la représentation architecturale classique versus  le caractère analytique des modèles numériques qui se présente suivant la bonne expression de l’auteur, comme un « oxymore épistémologique ». Mais là encore j’aimerais souligner la critique du président du jury à l’endroit du mot « numérique » auquel il aurait préféré « digital » : derrière un enjeu apparemment terminologique, un enjeu épistémologique ?

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.