Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • AUX ENTREPRENANTS ASSOCIES

    Date de l'ouvrage : Juillet 2011
    Ecrit par : BOST Elisabeth

    Editions REPAS – 2011, ISBN 978-2-919272-01-3   186 pages
    Note de : ADAM Michel (Juin 2012)
    « Une innovation récente et majeure de l’économie sociale et solidaire (ESS) est l’apparition des coopératives d’activités et d’emplois, les CAE. Dans un monde où le capitalisme financier ne cesse de détruire les relations humaines, est-il encore envisageable d’associer ces deux termes travail et rêve, travail et projet désiré ?Une forme originale d’entrepreneuriat : les CAE... »

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Une innovation récente et majeure de l’économie sociale et solidaire (ESS) est l’apparition des coopératives d’activités et d’emplois, les CAE. Dans un monde où le capitalisme financier ne cesse de détruire les relations humaines, est-il encore envisageable d’associer ces deux termes travail et rêve, travail et projet desiré ? C’est ce qu’affirme avec force Elisabeth Bost, à l‘origine d’une forme originale d’entrepreneuriat : les CAE.

Avec passion et patience, méthode et application, à travers essais et erreurs, joies et déceptions, avec une ténacité indéfectible et une énergie sans cesse renouvelée, c’est une utopie qui s’est réalisée. Rassemblant aujourd’hui plusieurs milliers d’entrepreneurs-salariés (ce beau paradoxe), ces jeunes organisations de l’ESS font chaque jour de nouveaux adeptes, des personnes désireuses de vivre leur savoir-faire et d’en vivre, animés de cette idée simple - mais non simpliste - qu’ensemble on est plus fort que tout seul. Quite à apprendre à gérer la complexité de ce nouveau « tout ». Et à en être formé, transformé…

S’appuyer sur la force du collectif et des interrelations pour développer son activité économique (de production), recréer des solidarités sociales, faire passer l’épanouissement par la coopération, n’est-ce pas une voie pour rêver le travail ? Et  « quand on rêve à plusieurs » comme le disait en 1965 Dom Helder Camara aux paysans pauvres du Nordeste au Brésil, « c’est le début de la réalité ».

Ce livre dévoile peu à peu la lente et difficile gestation d’un concept nouveau, à travers l’obstination de la fondatrice qui ne lâche pas son but lointain mais tatônne inlassablement pour en dessiner les contours, avec le soutien et les freins à la fois des partenaires publics et de leur normativité. « Peu à peu le fait deviendrait le droit », disait Jean Monnet[1] ; c’est ce qui se passe sous nos yeux dans cette longue marche. Où la tension dialogique ne cesse pas entre l’inventivité sociale qui engendre un mouvement ascendant de citoyens librement associés et la normativité descendante des dispositifs publics qui prétendent enfermer la réalité dans des cadres trop vite devenus des carcans.

Le concept de CAE conçu, construit et mis au point par Elisabeth Bost est déclaré avec sagesse encore en devenir ; elle nous le raconte dans sa genèse complexe et délicate. Cela aide le lecteur à mieux cerner de quoi il s'agit, non seulement à partir du but recherché mais des problèmes rencontrés et de la façon de les surmonter… ou non. L’ingénierie tatônnante d’un système socio-économique complexe et une véritable écologie de l'action s’en dégagent, comme celle qui transparaît au fil des pages dans les Mémoires de Jean Monnet, cet immense entreprenant qui inventa plusieurs fois son métier, comme commissaire au Plan et président de la CECA cette première institution européenne. 



[1] Jean Monnet, citoyen du monde – la pensée d’un précurseur, Michel ADAM, L’Harmattan, 2011

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.