Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Qui transforme aujourd'hui l'atmosphère au point d'en dérégler le climat? L'homme. Qui charrie plus de terre que tous les fleuves réunis? L'homme. Qui acidifie les océans ? L'homme. Qui est en train de détruire les espèces vivantes qui constituent notre biosphère? L'homme. C'est en cherchant à percer les mystères du réchauffement planétaire que les climatologues ont découvert une information essentielle : l'être humain est devenu la principale force géologique sur la planète. Et les stratigraphes d'aujourd'hui se réunissent (ce mois d'août 2011) pour déterminer comment traiter cette nouvelle ère dont la brièveté est justement la caractéristique. Car l'Anthropocène est avant tout cela : l'histoire d'une formidable accélération qui nous questionne aujourd'hui sur notre rôle: serons-nous les gardiens de la Terre ou les spectateurs impuissants de notre toute-puissance?

Ce livre est le récit captivant dans l'espace et dans le temps (une trentaine d'années) du voyage d'un glaciologue, Claude Lorius, pionnier des recherches sur le climat et lauréat du Blue Planet Prize (l'équivalent du Nobel pour les questions écologistes), et d'un journaliste, Laurent Carpentier, écrivain et spécialiste de questions environnementales, aux confins de cette nouvelle ère, dont nous sommes les héros.

Il nous conte aussi bien "les cinq âges" du paysan que la genèse des termes biosphère et noosphère. E. Morin est le livre de chevet de l'auteur principal et cela se sent dans la vigueur des dialogiques repérées. "Le grand révolutionnaire de la civilisation moderne, thermo-industrielle, c'est lui, l'ingénieur, admirable et inquiétant". Un livre qui interroge autant qu'il interpelle, lucide quant à la responsabilité partagée de chacun d'entre nous dans l'état actuel du monde. "Qu'on ne s'y méprenne pas, nous ne sommes ni lassés de cette Terre, ni lassés de cette civilisation, nous en sommes les fruits, très exactement, avec chairs et pépins (...)". "Nous sommes heureux d'avoir vécu ce que nous avons vécu. Mais le bleu du ciel est un faux ami (...)". "Nous aimons ce monde, nous aimons y vivre. Chants de liesse et chants de larmes. Mais si nous sommes devenus notre meilleur ennemi, il nous incombe de le dire."

"La proposition d'introduire une nouvelle ère dans l'échelle des temps géologiques n'est pas "un effet de manche" (...) c'est une démarche de philosophe. Elle correspond à la nécessité d'offrir à toutes les disciplines un socle conceptuel commun pour définir une époque sans commune mesure avec aucune autre... C'est une démarche d'explorateur qui a besoin de repères."

Un livre qui souligne la fécondité de la recherche quand la coopération unit les hommes comme ce fut le cas pour lui et quelques autres dans les glaces de l'Antarctique malgré la guerre froide. Les mots de la fin sont laissés à Edgar Morin : "le probable c'est la désintégration. L'improbable mais possible, c'est la métamorphose." Claude Lorius appelle au sursaut plutôt qu'au sursis. A la construction plutôt qu'à la seule dénonciation.

Une postface de Michel Rocard montre comment l'homme politique peut parfois en utilisant la contingence, ses réseaux d'amis et son courage, faire pousser de beaux "fruits" dans les glaces.

Michel Adam - 21 août 2011

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.