Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


Vous trouverez ci-dessous ou en cliquant ici les notes de lectures les plus récentes à moins que vous n'utilisiez le moteur de recherche alphabétique.

Retour

La bibliothèque des sciences de la complexité ne peut pas plus ignorer les oeuvres de C.S. Peirce qu'elle ne devrait ignorer celles de ses successeurs implicites que sont P. Valéry et H.A. Simon. Longtemps, et aujourd'hui encore, la complexe pensée du fondateur de la sémiotique, de la pragmatique et de la "logique du vague" est restée mal connue, en Europe en particulier, peut-être parce que les philosophes et les épistémologues ne l'avaient pas encore enregistrée dans leur catégorie (ni cartésien, ni réductionniste, ni positiviste, ni... mais qu'est-il donc alors ?), et parce que les logiciens étaient gênés par sa conception par trop ouverte de la logique (une "grammaire spéculative" ou une "proto-logique", voire "la sémiotique tout entière"). Conception que Peirce développa dans une oeuvre relativement difficile d'accès (comme P. Valéry,1870-1945, il a relativement peu publié de son vivant 1839-1914). La "récupération" de la pensée Peircienne à laquelle se livrait quelques chercheurs en sciences de la cognition depuis une dizaine d'années semblait souvent superficielle et accentuait peut-être la réputation de "non conformisme systématique" dont on l'a souvent affublée. On avait déjà, dans quelques précédents "Cahiers des lectures MCX", repéré plusieurs ouvrages qui proposaient de renouveler un peu notre intelligence de cette pensée complexe (cf., en particulier, l'ouvrage de N. Tiercelin commenté dans la Lettre MCX n°21, automne 94). Mais avec "l'lntroduction" que vient de publier C. Chauviré, nous disposons, me semble-t-il, d'un panorama critique très richement argumenté de bon nombre des aspects de la "méthodeutique" de C.S. Peirce. Pensée complexe et évoluante, à la fois irréductible à une synthèse et prêtant le flanc à nombre de discussions critiques par ses a priori, nous trouvons dans cette oeuvre un "terreau sémiotique" qui, fort pragmatiquement, contribue à notre intelligence modélisatrice, dès que l'on accepte l'effort, relativement aisé, de s'approprier un appareil conceptuel aussi accessible que celui de la plupart des grandes disciplines contemporaines. Appropriation qui n'implique pas adhésion, mais capacité à reconnaître. La thèse deC. Chauviré, thèse de philosophe professionnel, peut et doit nous y aider dès lors qu'on ne s'arrête pas aux premières pages (qui s'adressent un peu trop aux seuls initiés) et que l'on se laissé prendre par l'oscillation familière aux modélisateurs de systèmes complexes, entre le "trop vague" et le "trop général", à la recherche pragmatique d'un compromis délibéré parce qu'intentionnel.

J.L. Le Moigne

Haut de Page

Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.