Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Ndlr : A qui me demandera de rendre visible et aisée l’exercice de l’Intelligence de la Complexité d’un phénomène familier et pourtant mystérieux, je proposerai volontiers la lecture de ce livre. Consacré à l’invisible plancton et aux multiples enjeux écologiques - et donc aussi socio-économiques - qui lui sont attachés, il nous livre un récit très vivant, chaleureux même, et richement documenté d’une fascinante aventure : L’aventure à la fois scientifique et civique de cette étonnante et millénaire solidarité qui lie les innombrables planctons aux sociétés humaines (voir aussi : www.plancton-du-monde.org

Les auteurs nous disent qu’ils veulent, pour comprendre le monde dans ces solidarités, ‘penser globalement pour agir localement’ : je crois qu’ils nous montrent au moins autant qu’il importe de ‘penser localement pour agir globalement’. N’est ce pas dans ces interactions du local et du global que peut se former  et se transformer une ‘Politique de Civilisation’ ?

Pour mettre en valeur les multiples richesses de ce livre, nous avons demandé à Isabelle Autissier l’autorisation de reprendre sous la forme d’une Note de Lecture MCX le texte de la belle Préface qu’elle a rédigée ‘pour que cet ouvrage serve de base à nos actions futures’. Nous la remercions vivement comme nous remercions l’éditeur de leur obligeant accord. JL²M

On peut se procurer ce livre via le site des Editions Charles Leopold Mayer: www.eclm.fr/bdf/ouvrage-338.html

                                                        *-*-*-*-

 

« Solidarité et créativité au service de ce fragile équilibre » 

 

         Lorsque l’on parle de protection des mers et des animaux marins, tout le monde pense aux baleines, aux phoques et aux espèces commerciales dont la diminution est visible et préoccupante. Peu de gens se soucient de la base qui permet à tous ces animaux supérieurs de vivre : le plancton. Bien sûr, c’est moins enthousiasmant, il est plus difficile d’en faire des peluches ou des couvertures de magazines. Loin de moi l’idée qu’il ne faut  pas s’intéresser à ces grands animaux qui sont un des fleurons de notre biodiversité marine. Mais sans plancton ou avec un déséquilibre dans les espèces qui le compose, c’est l’ensemble de la vie dans la mer qui est menacée.  

L’océan nous semble immense, il est longtemps apparu impossible que l’homme ne puisse étendre ses agissements sur toute sa surface. Nous avons compté sur cette immensité pour nous fournir toujours plus à pêcher, pour absorber toujours plus de déchets et proposer toujours des territoires vierges résistants aux agressions. Les dernières décennies nous ont progressivement prouvé qu’il n’en est rien. La puissance d’action humaine est devenue telle qu’aucun endroit des mers, le plus reculé soit-il, de l’équateur aux pôles, de la surface aux grandes fosses océaniques, n’est plus à l’abri. Plus problématique encore, l’océan est loin d’être uniforme, les zones favorables à la vie dépendent souvent de la lumière, des nutriments et se concentrent donc à proximité des côtes. Ces mêmes côtes qui sont de plus en plus occupées par l’homme et où de multiples activités viennent perturber l’environnement.

Pour autant, la mer reste une formidable chance pour la survie des humains. Elle peut continuer à nous fournir nourriture et espace, qui nous sont indispensables.

À nous de faire en sorte que notre développement soit suffisamment harmonieux pour que les écosystèmes et particulièrement le plancton qui est à la base de tout, garde ses marges d’existence.

Nous n’en avons pas pris le chemin. Partout dans le monde, les problèmes sont de plus en plus lourds et explicites. Face à une humanité encore en croissance, à des besoins toujours plus importants, à des comportements toujours plus irrationnels, le saccage ne fait que s’étendre et des populations de plus en plus importantes en payent les conséquences.  

Face à cela, des hommes, des femmes se mobilisent : pour accroître et mutualiser nos connaissances qui sont encore dramatiquement insuffisantes et ne permettent pas s’éclairer assez les décisions ; pour engager des politiques de protection et d’aménagement, voire de restauration qui permette à la nature de continuer à jouer son rôle ; pour former, faire prendre conscience, éduquer et engager la concertation entre les différents acteurs. Ce dernier point est crucial. Le milieu vivant ne peut pas être approprié par un groupe, un métier, une entreprise, ni même un pays. L’action de chacun retentit sur la vie de tous. Il ne sert à rien de jeter des anathèmes, mais il est urgent que chacun s’approprie une vision globale, comprenne l’importance des enjeux.

Parmi ceux qui, inlassablement, poursuivent ce travail d’alerte, de formation et de débats, Pierre Mollo et Maëlle Thomas-Bourgneuf ont été, chacun dans leur domaine, des pionniers. Bien avant que l’on ne parle de développement durable, ils se sont penchés sur ces questions, Pierre en les appliquant à cette brique initiale de la vie marine qu’est le plancton, Maëlle en mettant ses compétences au service de l’emploi en environnement. De nombreuses initiatives ont vu le jour grâce au travail de Pierre. Avec Maëlle qui lui a fait partager ses connaissances de terrain, ils ont mis en complémentarité leurs expériences du littoral qu’ils nous font vivre à travers ce livre. Car non contents d’organiser les choses en Bretagne Sud, ils nous font connaître les projets qu’ils ont accompagnés aux quatre coins du monde, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine et en Crimée.  

De tout cela, ils ont tiré cet ouvrage qui est à la fois un point sur la situation, une explication des enjeux, des risques et des drames, mais aussi un carrefour de propositions et d’espoirs.

Pierre et Maëlle ont l’habitude de s’adresser à tous, qu’ils soient pêcheurs, ostréiculteurs, agriculteurs, mais aussi scientifiques, décideurs et industriels. Il en résulte un langage clair, illustré de nombreux exemples qui rendent palpables ces problématiques et font en quelque sorte vivre sous nos yeux ce plancton invisible et secret.  

Ce livre est donc tout à la fois une source de connaissances et de réflexions sur ce que nous voulons faire de nos océans, en sachant que le pire serait de continuer dans la logique actuelle qui risquerait de se payer très lourdement bientôt.

En souhaitant que cet ouvrage soit diffusé le plus largement possible et serve de base à nos actions futures, il faut les remercier tous les deux pour cet inlassable dévouement au service du plancton, donc de la mer, donc de l’homme.

Isabelle AUTISSIER

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.