Notes de lecture

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Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Ndlr : Nous reprenons ici sous la forme d’une note de lecture le texte de la postface que JL Le Moigne a donné à cet ouvrage fort original de Louis José Lestocar (animateur de l’atelier MCX 36). Nous remercions l’éditeur (Editions l’Harmattan) pour  son aimable accord.

« Le Disegno est d’une excellence telle qu’il ne fait pas que montrer les œuvres de la nature, mais qu’il en produit un nombre infiniment plus varié. … Il surpasse la nature parce que les formes élémentaires de la nature sont limitées, tandis que les œuvres que l’œil exige des mains de l’homme sont illimitées.  » [1]

N’est-ce pas dans l’exceptionnelle « œuvre littéraire » que sont les Carnets de Léonard de Vinci, que Paul Valéry, lecteur émerveillé et émerveillant, admirait  tant [2], que nous trouvons ces ferments d’une intelligence de « l’esthétique entendue dans ses complexités » ? L’émergence du Disegno, du « dessin à dessein » utilisant toutes les formes concevables de la représentation et de la symbolisation, formes graphiques, picturales, littérales, musicales, théâtrales, et toutes leurs techniques, du trait et du sfumato, des figures aux icônes, des expressions mathématiques aux figures de rhétorique, du ciseau au pinceau, deviendra, par la médiation de Léonard, le témoin de la Renaissance [3] de cette intelligence.

            La dramatique disjonction entre « les deux cultures, Sciences et Arts » que diagnostiquait Charles Percy Snow en 1959, réduction que la modernité occidentale avait presque institutionnalisée pendant deux siècles, peut d’autant mieux être contestée qu’elle s’avère contingente et conjoncturelle, tenue désormais pour néfaste. Paul Valéry le soulignait déjà : « Nos moyens d'investigations et d'action  laissent loin derrière eux, nos moyens de représentation  et de compréhension  ». [4]

            Moyens de représentation et de compréhension auxquels l’esthétique contemporaine peut nous donner accès, dès lors que nous l’entendons dans ses complexités, celles là même que révélait l’exercice heuristique du Disegno Léonardien par la lecture de milliers de feuillets peu à peu redécouverts des Carnets. (Le superbe Codex Madrid ne fut retrouvé dans une bibliothèque de Madrid qu’en 1963).      

Vertu du Disegno qui exprime « à la fois le moyen de la découverte et la découverte elle-même », la découverte ou l’invention. Valéry le reconnaissait déjà en lisant l’Euréka d’Edgar Poe : « Pour atteindre ce qu’il appelle la vérité, Poe invoque ce qu’il appelle la Consistance (Consistency). Il n’est pas très aisé de donner une définition nette de cette consistance. … Dans le système de Poe, la consistance est à la fois le moyen de la découverte et la découverte elle-même. C’est là un admirable dessein ; exemple et mise en œuvre de la réciprocité d’appropriation [5] » Cet « admirable dessein », conjonction de l’acte de penser et de la pensée de l’acte, n’est-il pas celui qui forme l’ancestrale et universelle aspiration à la Dignité Humaine ? « Si la science s’achève et doit s’achever en formules d’actes, la création de la science est œuvre d’art. » [6]

            Pourrions nous alors nous résigner plus longtemps à « l'incompréhension mutuelle des artistes et des scientifiques, et (à) quelques-unes des conséquences que doit subir notre société à la suite de cette attitude », demandait Herbert A. Simon (1969-1996) dans son Adresse présentée à l'Académie des Arts et Sciences des USA lors de la célébration de son bi-centenaire en mai 1981 sous un titre que l’on  pourrait placer en exergue de « Entendre l’Esthétique dans ses complexités » : « L'Unité des Arts et des Sciences: la psychologie de la pensée et de la découverte »[7]. Comment ne pas évoquer ici l’image Pascalienne du « Roseau Pensant » ? : « Toute notre dignité consiste donc en la pensée.  C’est de là qu’il nous faut relever  et non de l’espace ou de la durée que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. » [8]

            N’est-ce pas à la reconnaissance de la légitimité civique autant qu’éthique de cette Unité épistémique des arts et des sciences que nous sommes invités, dès lors que nous entendons, avec Bachelard, « l’idéal de complexité de la science contemporaine » [9] ? Valéry nous le rappelait : « Science et art sont des noms grossiers. Dans le vrai, ce sont des choses inséparables. Je discerne mal les différences de l’art et des sciences…. Les sciences et arts séparés ne correspondent qu’à des commodités conventionnelles. Mais l’homme agit et pense - et transcende ces catégories qui ne sont que des actes particuliers. Chacune d’elle contient les autres implicitement.  » [10]

 

            Par son témoignage si remarquablement argumenté, documenté et illustré, Louis-José Lestocart nous rend sensible autant qu’intelligible la puissance pragmatique et la « consistance » épistémique (au sens d’Edgar Poe : peut-être pourrait on dire aussi la congruence, ou l’adéquation) de cet « Unitas Multiplex » par lequel la peinture (tout autant que la musique ou l’architecture ou l’art des jardins, ou …) est une science ?  En campant le projet épistémologique de Léonard de Vinci, André Chastel soulignait l'importance de cette innovation - ou de cette restauration - pour la formation contemporaine des connaissances scientifique : « Ainsi pour la première fois dans l'histoire, on voit placer au sommet de l'organum, de l'ensemble des connaissances, la peinture, c'est dire la réalisation graphique, visuelle, de la représentation. » [11]  De l’activité sensorielle que révèle « le faire », l’expérience, à la représentation mentale (la cosa mentale), « le comprendre », tout se joint : « L’idée est que le passage par la représentation graphique est essentiel, finalement, à toutes les connaissances. Quand Léonard soutient que l'œil est le prince des mathématiques, qu'il a créé l'astronomie, la cosmographie, etc., il veut dire que l'œil- c'est-à-dire l'activité sensorielle - est lié à l'activité graphique, laquelle est l'intermédiaire entre la découverte sensorielle et la représentation mentale. Voilà, je crois la clef du système de Léonard. …  Tout relève des sens, mais appelle le constat graphique. » [12]

            Introduisant en 1969 son « manifeste épistémologique », Herbert A. Simon nous invite à la même intelligence de la connaissance : en restaurant dans nos cultures « les sciences fondamentales de l’artificiel » [13],  sciences d’ingenium, aussi épistémologiquement assurées que les sciences d’analyse,  il invite ses lecteurs les entendre sous la maxime qui rendit célèbre Simon Stevin qui, par ses multiples et contributions et publications scientifiques (fort interdisciplinaires, dirons nous aujourd’hui), surpasse à bien des titres ses illustres contemporains, Galilée ou Descartes. Présentant par une habile vignette l’étonnante loi du plan incliné qu’il avait formulé, S. Stevin ajoutait : « Merveilleux, mais pas incompréhensible ». La  compréhension ne détruit pas le merveilleux, elle l’avive. Simon ajoutera :  

            « Telle est la tâche d’une science naturelle : montrer que le merveilleux n’est pas incompréhensible, montrer comment il peut être compris – sans pour autant détruire l’émerveillement. Car lorsque nous avons expliqué le merveilleux, démasqué les structures cachées, un nouveau merveilleux surgit : la complexité était tissée de simplicité. L’esthétique d’une science naturelle ou des mathématiques est la même que celle de la musique ou de la peinture ; pour les unes comme pour les autres, elle est aspiration à la découverte d’une forme partiellement cachée…. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est beaucoup plus un monde artificiel, fait par l’homme, qu’un monde naturel. Presque tous les éléments de notre environnement montrent l’évidence de l’artifice humain. » [14]

            Entendue dans ses complexités, l’esthétique d’une science qu’elle soit (du) naturel ou de l’artificiel est génératrice d’émerveillement, aventure infinie de la connaissance, dignité de la pensée par « cette étrange faculté de l’esprit humain qui est de relier » [15] en s’exerçant à sa propre critique, à laquelle les latins (Cicéron) donnèrent le nom d’ingenium. Méditant (en 1708) sur l’enseignement de la méthode pour bien conduire sa raison dans les affaires humaines, et soulignant les appauvrissements réducteurs qu’entraînait le respect exclusif de l’analytisme syllogistique cartésien, Giambattista Vico rappelait la puissance de cet « ingenium qui est donné aux humains pour comprendre, c'est-à-dire pour faire. »

            Relisant en 1938 une nouvelle traduction en anglais des Carnets de Léonard, Paul Valéry y retrouvait la même passion de l’exercice critique de l’ingenium, ressentant « cette fureur sacrée de comprendre pour faire et de faire pour comprendre qui passe toute philosophie. » [16] Reliance récursive plus encore que réflexive de l’action et de la réflexion, de l’expérience et de la compréhension, du comportement et de ses intentions par laquelle l’expérience se transforme en science avec conscience. « Dans la phase la plus vivante de la recherche intellectuelle concluait Valéry, il n'y a pas de différence, autre que nominale, entre les manœuvres intérieures d'un artiste ou poète, et celle d'un savant, - en les prenant, l'un et l'autre, bien entendu, parmi ceux qui placent leur désir au-dessus de toute carrière … Je crois encore qu'à haute température, les spécialités  s'effacent assez … » [17]

            La métaphore valéryenne du « fonctionnement de l’esprit à haute température » éclaire pour moi les étonnants paysages de l’humaine Sapience que nous invite à parcourir ici Louis-José Lestocart : planète dont les continents seraient les arts et les océans seraient les sciences, l’esthétique, science des arts autant qu’art des sciences, cours d’eaux  reliant sans cesse les terres et les eaux en perpétuels mouvements, et ne permettant pas qu’on puisse longtemps les disjoindre. Enrichissement des images qui cessent d’être en noir et blanc brutalement contrasté - Jekyll scientifique le jour et Hyde artiste ou poète la nuit, s’ignorant mutuellement.

            Les photos sont alors en couleur, suggérant parfois quelque limite de l’ineffable, cet indicible qui semble émerger « au bord du chaos ». Mystère inépuisable  du fonctionnement de l’être humain, sujet « vivant, sentant-mouvant-pensant » [18], qu’il s’affiche scientifique ou artiste, pouvant toujours s’entendre dans  l’intelligible et évoluante complexité de cette boucle trinitaire, insécable, qui relie en permanence dans l’action, la réflexion et la méditation, « le Corps, l’Esprit, le Monde, C. E. M., les trois points cardinaux de la connaissance. » [19] 

            C’est cette valéryenne trinité CEM qui fut, je crois, l’attracteur inattendu qui suscita par surcroît ma rencontre avec L-J Lestocart et qui ainsi légitime ma présence dans son livre. Nos itinéraires furent longtemps différents et ne devaient guère permettre les rencontres. Mais nous étions l’un et l’autre depuis longtemps lecteurs pensifs autant que passionnés des Cahiers et des œuvres de l’insolite et inclassable Paul Valéry, étonnés l’un et l’autre par l’apparente inattention des « épistémologues de profession » et de tant d’autres scientifiques en exercice à cette « source vive ». Quelques notables éminents des « sciences dures » (francophones, réunis par Judith Robinson Valéry)  avaient certes convenu en 1983 de leur regret de n’avoir pas su  en témoigner dans leurs travaux ; mais leurs successeurs, tenant des sciences dures autant que des sciences douces, tardent encore souvent à les entendre. Ma rencontre avec la thèse que L-J Lestocart soutint (alors que se préparait le Colloque de Cerisy de juin 2005, Intelligence de la Complexité, Epistémologie et Pragmatique) sous le titre  Artistes et ingénieurs, le paradigme de l’émergence et la genèse des univers distribués,  allait permettre l’émergence de nos échanges qui depuis se poursuivent, s’élargissant en onde concentriques, au-delà du valéryen paradigme CEM.

            J’emprunterai volontiers à Gaston Bachelard qui dés 1934 nous invitait à faire notre Le nouvel esprit scientifique, (l’esprit qui relie en faisant sien l’idéal de complexité de la science contemporaine), une formule qui synthétise cet entendement partagé  de l’humaine aventure de la connaissance, qu’elle soit dite Art ou Science : « Nous montrerons  qu’à l’ancienne philosophie du ‘comme si’  succède, en philosophie scientifique,  la philosophie du ‘pourquoi pas’ ».  Il ajoutait  « Dans le monde de la pensée  comme dans le monde de l’action (…) on peut  faire passer la raison  du ‘pourquoi’   au    ‘pourquoi pas’ [20] ». Autrement dit au lieu de contraindre sciences et arts à ne voir que  « les choses  telles qu’elles sont », (en bon positiviste - prévisionniste), en demandant « Pourquoi ? », ne peut-on ‘rêver de choses qui ne sont pas (en bon constructiviste - pragmatiste) et demander « Pourquoi pas ? ». Puisque la raison humaine nous permet les deux exercices, pourquoi nous priverions nous de l’usage de presque toutes nos capacités  de représentation et compréhension, les réduisant au seul usage de nos capacités analytico-syllogistiques ? Ne pouvons-nous nous exercer au Penser Complexe, en reliant sans exclure selon la puissante formulation forgée par Edgar Morin au fil des six tomes de La Méthode ?

            En rappelant le mot de Gilles Deleuze dans Logique de la Sensation : « le corps, non pas en tant qu’il est représenté comme objet, mais en tant qu’il est vécu comme éprouvant telle sensation. », LJ Lestocart souligne fort bien cette aptitude modélisatrice du sujet « vivant, sentant-mouvant-pensant » qui ne peut disjoindre le sentant et le pensant, la sensation et la pensée. Pourquoi faudrait-il spécialiser arbitrairement les exercices de l’esprit humain  entre un hémisphère cérébral qui (croit) penser, réservé aux scientifiques (présumés objectifs), et un hémisphère qui seul percevrait  les sensations, réservées aux artistes (présumés subjectifs) ?

J’aime évoquer ici l’exergue proposé par Simon à l’article savant qu’il publiait en anglais en 1995 sous le titre Literary criticism: a cognitive approach [21] : il demandait à Paul Valéry une formule qui campe, en français, le débat qu’il allait argumenter, devant une instance académique austère, par cette répartie, extraite d’Instants

« - Je comprends mal ce texte

- Laissez, laissez! Je trouve de belles choses. Il les tire de moi » [22] 

ne nous suggère-t-elle pas les vertus et fécondité potentielle de cette « lucidité de l’intellect » à laquelle toutes nos activités cognitives peuvent s’exercer dès lors que nous nous attachons à « médiater », par les artefacts de la symbolisation, la transformation de nos expériences en sciences avec conscience.

            Il nous faut  alors, en effet,  «  considérer avec plus de complaisance, et même avec plus de passion l’action qui fait que la chose faite» ? nous dira encore Paul Valéry, ce qui aura quelques conséquences épistémologiques que nous n’avons pas encore assezmédité pour éclairer la conception de la plupart des manuels d’enseignements : « Au lieu de ‘Formel’, mettre généralement ‘ Fonctionnel’ », insistera Valéry .

            Edgar Morin nous dit-il autre chose lorsqu’il nous rappelle : « L'objet de la connaissance, ce n'est pas le monde, mais la communauté ‘nous-monde’, parce que notre monde fait partie de notre vision du monder, laquelle fait partie de notre monde. Autrement dit, l'objet de la connaissance, c'est la phénoménologie, et non pas de la réalité ontologique. Cette phénoménologie est notre réalité d'êtres dans le monde. (…) Notre monde réel est celui d'un univers dont l'observateur ne pourra jamais éliminer le désordre et dont il ne pourra jamais  s'éliminer lui-même. » [23]

            Cette lucidité sur l’hypothèse phénoménologique implicite à tous nos actes de représentation -  compréhension le conduira  à souligner et à argumenter une proposition que nous rencontrerons dans toutes nos entreprises d’interprétation de l’expérience, qu’elle soit ressentie ou provoquée : « Rien ne s'obtient sans computation, même la plus extraordinaire des intuitions. » [24] Nous pouvons effectivement « comprendre » sans nous contraindre arbitrairement à la seule exposition algorithmique permise par les logiques dites formelles. Les logiques des sensations, comme celle des significations (Jean Piaget) et plus généralement les logiques naturelles (Jean-Blaise Grize) seront des logiques fonctionnelles s’exprimant à l’aide des multiples systèmes de symboles permettant des explorations et des énonciations heuristiques. Dans le champ des possibles s’ouvre l’accès au domaine des plausibles et par là des souhaitables, au lieu de se restreindre au seul domaine des présumés déductivement nécessaires, tenu pour déterminant et par là formellement prédictibles.

           

            Puis-je ainsi sans le trahir synthétiser le cœur de l’argument à la fois pragmatique et épistémique que L-J Lestocart nous invite à explorer ? Son intention initiale était peut-être d’enrichir l’expérience de la création artistique et de la connaissance ésthétique en l’éclairant par l’expérience méthodologique des sciences contemporaines et, plus particulièrement, des nouvelles sciences. Toutes celles qui n’avaient pas même un nom avant 1948, date de l’émergence - ou de la restauration -, sous le  label de « la première cybernétique », des « sciences d’ingenium » que l’on entend plus volontiers sous les labels de « science des Systèmes » ou de « science de la Complexité ». Son pari me semble gagné, mais on me fera valoir que je ne suis pas bon juge.

            En revanche  je le tiens de façon plus assurée pour gagné dans sa présentation réciproque : la réflexion épistémique à laquelle s’exerce nombre des artistes, de Duchamp à Cage, dont il mobilise récursivement les méditations dans le deuxième volet de chacun de ses chapitres, est manifestement fort éclairante pour les  scientifiques (et enseignants) s’exerçant à la critique épistémique interne de leurs activités et de leurs  productions. Sauront-ils, saurons nous nous y exercer ? D’aucun parmi les scientifiques contemporains, tant tenants des sciences dures que des sciences douces, regretteront sans doute certaines incomplétudes locales dans la présentation de leur domaine d’investigation préféré. Ce sera parfois mon cas (ainsi de l’exploration du concept de « pattern » ou de la « dialogique  des endo-exo causalité », par exemple). Mais accordons à l’auteur qu’il lui fallait balayer un large spectre tout en facilitant la découverte d’œuvres artistiques parfois très nouvelles (vidéo in virtuo, par exemple) et peu explorées encore hors des cénacles spécialisés. 

            Et profitons de l’occasion rare encore qu’il nous offre  de relier enfin nos deux cultures en un émerveillant « Unitas Multiplex » qui ne sacrifie rien et nous ouvre nos intelligences à l’Esthétique entendue dans ses complexités. Le Disegno léonardien est d’une excellence telle … que nous serions bien sot de nous en priver !


[1] Vinci, L. de  (1987). Traité de la peinture, trad. fr. André Chastel (1974), Paris: Berger Levrault, §20, (CU,f 50r) p 89, puis §74 (CU f 116r,), p. 152.

 

[2] « Je tiens depuis longtemps Léonard pour l’un des plus grands écrivains possibles ». Valéry, P. (1948). Vues, Paris: La Table Ronde, Paris, p. 231.

 

[3] Voir Ciaravino, J. (2004). Un art paradoxal. La notion de disegno en Italie (XVème-XVIème siècle), Editions L’Harmattan, Paris 2004

 

[4] Valéry, P. (1948). Vues, op.cit, p.53.

 

[5] Valéry, P.  (1958). « Au sujet d’Euréka » (1923), in Oeuvres, T. I, Paris: Gallimard, coll. « La Pléiade », p. 857. 

 

[6] Valéry, P. (1948). Vues, op.cit, p. 56.

 

[7] Ayant eu l’occasion de traduire et de publier ce texte en 1984, je fus à l’époque surpris et peiné par la réaction de rejet qu’il suscita dans la communauté scientifique française, malgré l’exceptionnelle notoriété académique d’H.A. Simon (prix Nobel d’économie, prix Turing d’Informatique et Intelligence artificielle, etc.). Cette traduction est devenue accessible depuis quelques années sur la Toile Internet :

www.mcxapc.org/docs/lesintrouvables/simon1.htm

 

[8] Pascal, B. (2000). Pensées, Paris: Librairie Générale Française, p. 171.

 

[9] Bachelard, G. (1934). Le nouvel esprit scientifique, Paris: Les Presses universitaires de France.

 

[10] Valéry, P. (1973). Cahiers, T. II, Paris: Gallimard, coll. « La Pléiade », p. 945.

 

[11] Chastel, A. (2002). Léonard ou les sciences de la peinture, Paris: Liana Levi, p. 67.

 

[12] Ibid, p 72.

 

[13] Simon, H. A. (2004). Les sciences de l’artificiel, trad. fr. Jean-Louis Le Moigne, Paris: Gallimard, coll. « Folio Essais ».

 

[14] Ibid, p.27.

 

[15] Définition de l’ingenium reprise de Cicéron  proposée par G. Vico dans le ‘De nostri temporis studiorum ratione’. Titre traduit en langue française par ‘La méthode des études de notre temps’., avec une belle introduction du traducteur Alain Pons. Texte complet disponible sur la Toile internet : www.mcxapc.org/docs/conseilscient/0511vico_pons.pdf

 

[16] Valéry, P. (1948). Vues, op.cit, p. 254.

 

[17] Valéry, P. (1952). « Lettre à André George, 14 juin 1943. », In Lettres à quelques-uns uns, Paris: Gallimard, p.241.

 

[18] Valéry, P. (1987). Cahiers, T. 1, Paris: Gallimard, coll. « La Pléiade », p. 857.

 

[19] Id, p. 1142.

 

[20] Bachelard, G. (1934). Le nouvel esprit scientifique, op. cit, p. 10-11

 

[21] Il s’agit d’un numéro de the Stanford Humanities Review, SEHR, volume 4, issue 1 (1995): sur le thème ‘ Bridging the Gap’ L’article de H. Simon est accessible à www.stanford.edu/group/SHR/4-1/text/simon1.html

 

[22] Valéry, P.  (1958). « Instants (1937) »,  In Oeuvres, T. I, op. cit, p. 373

 

[23] Morin, E. (1982). Science avec Conscience, Paris: Fayard. Nouvelle édition remaniée, Paris: Seuil, coll. «  Point », 1990, p. 190.

 

[24] Morin, E. (1986). La Méthode, tome III, La Connaissance de la connaissance, Paris: Seuil, coll. «  Point », p. 147.

 

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.