Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Le projet de ce livre est sympathique et, je crois, aujourd'hui important. Mais son titre dessert sans doute le projet, et risque de restreindre son audience : le projet est de garder mémoire, d'enrichir le regard, de renouveler le discours de cette science économique à laquelle le citoyen est toujours tenté de beaucoup demander pour guider ses démarches dans un monde qu'il perçoit complexe ; la déception de ce citoyen rencontrant sans cesse l'arrogance de cet "éconocrate" qu'est l'économiste conformiste dominant la discipline dans la deuxième moitié du XXe siècle, justifie sans doute l'appel à la technique du "bouc émissaire", désigné ici "d'économiste conformiste" ! Rendra-t-on confiance au citoyen en lui assurant que les "non conformistes", ceux qu'il ignore parce que les académies les cachent ou les oublient sont, eux, mieux en mesure de l'aider à penser et à agir en assumant la complexité de l'échange économique ? Je crains qu'il n'en soit rien, surtout lorsqu'il faut le convaincre que des économistes académiquement assermentés tel que L. Walras ou M. Allais sont eux aussi, malgré les apparences, "non conformistes" ! Pourtant l'inattention contemporaine aux vastes renouvellements des problématiques de l'Economique introduits dans les années cinquante par F. Perroux et l'école de la pensée suscitée par l'ISMEA, comme aux précurseurs trop oubliés de cette école (Simiand, Antonelli, Ch. Gide, etc.), constituent un bien stérile handicap culturel pour les acteurs économiques contemporains. I1 est utile de pouvoir, fût-ce en quelques pages, revenir aux sources et remettre nos savoirs en perspective sans nous embarrasser des ukases académiques des économistes conformistes. L'exercice, lorsqu'on le prolonge sur la période contemporaine (1970-1995) est plus risqué, puisque le procès d'inattention est moins légitime : l'effort pour présenter ces nombreux "non conformistes" contemporains, selon quelques classifications malaisément justifiées, prête un peu à sourire : "Qui a-t-on oublié ? Qui s'en fâchera ?". Mais il faut au moins rendre hommage aux auteurs : ils ont essayé, respectant la pluralité et argumentant de nouveaux dialogues possibles, sinon de futures et improbables synthèses. Que l'exercice n'intéresse que peu de lecteurs en dehors du microcosme des économistes francophone sétait sans doute inévitable ? Sauf si l'on avait tenté une méditation épistémologique sur la transdisciplinarité, exercice qui aurait demandé un ouvrage sensiblement plus ample... et plus difficile. Dans l'immédiat, tirons parti des ressources que nous livre cette sympathique entreprise d'histoire de la pensée économique contemporaine, histoire au demeurant bien enlevée et aisée à lire : elle rafraîchit nos souvenirs et notre culture et elle nous aide à préparer la prochaine étape : celle que la science économique, conformiste ou non, devra bientôt affronter en renouvelant son paradigme énergétique de référence : la modélisation et l'interprétation des échanges immatériels, une économie sans frontière ni équation aux dimensions, une économie moins barbare... ou plus subtile !...

JLM

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.