Notes de lecture

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Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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  • LA CONSCIENCE DES MACHINES, une métaphysique de la cybernétique » suivi de "Cognition et Volition"

    Date de l'ouvrage : --
    Ecrit par : GUNTHER Gotthard
    Cognition
    Traduit de l'Allemand par Françoise PARROT et Engelbert KRONTHALER Avant-propos d'Edgar MORIN - Ed l'Harmattan, 2008, ISBN 978 2 296 05492 9 , 305 pages
    Note de : LE MOIGNE Jean-Louis (Juin 2008)

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         L’avant propos d’Edgar Morin (rédigé fin 2007) rappelle sa découverte initiale de l’œuvre  de G Günther, l’auteur de ce livre publié initialement en Allemagne il y a cinquante ans (en 1957) : « C’est dans le début des années 70 que, pour répondre à ma curiosité, Heinz von Foerster m’avait envoyé divers textes, et parmi ceux ci,Cybernetical Ontology and Transjunctionnal Opérations’ (publié en 1962) de Gotthard Günther. Sa lecture fut un des déclencheurs principaux de la ré interrogation épistémologique que j’essayais d’entreprendre alors, et qui devait me conduire à une paradigmatologie de la complexité. … Je découvre plus de trente ans plus tard (grâce à la traduction française) ‘La conscience des machines’ écrit en fin des années 50, toute illuminée par la cybernétique de Norbert Wiener ».          Ces lignes, par lesquelles Edgar Morin introduit l’Avant-propos qu’il a rédigé pour la traduction française de ce livre au titre provoquant, éclairent je crois, le contexte dans lequel nous pouvons aujourd’hui nous enrichir d’une pensée très renouvelante, une ‘ épistémologie (qui) révolutionne les principes même de la connaissance’ conclura Edgar Morin, en ajoutant  ‘Le message de deux grands esprits von Foerster et Günther demeure encore aujourd’hui ignoré, méconnu…Il est plus que jamais vitalement  nécessaire’.

         Je me souviens pour ma part de l’attention qu’avait suscitée les premières références à cet article G Gunther de 1962 que je lisais (en 1977) dans le Tome 1 de ‘la Méthode’ ; article que je pus consulter sans pouvoir le copier à l’époque, me promettant d’y revenir dés que possible. Les détours des recherches ne m’en donnèrent pas l’occasion, et il faut cette heureuse et belle traduction en français de ce livre cinquantenaire rédigé en allemand pour qu’enfin je retrouve l’œuvre de G Gunther, philosophe allemand Hégélien, (émigré aux USA en 1940) qui par la médiation de W Mc Culloch travailla pendant 11 ans (1961-1972) prés de H von Foerster au sein du célèbre BCL de l’Université de l’Illinois. Mais c’est au début des années cinquante qu’il avait su identifier les enjeux  épistémologiques, logiques et noologiques des développements alors embryonnaires des ‘Nouvelles Sciences’  qu’entraînait  la naissante Cybernétique Wienerienne.

         Cette ‘première Cybernétique’ encore dans le bouillonnement de sa jeunesse avait manifestement besoin d’une discussion sérieuse de son statut épistémologique, logique et métaphysique (au sens du moins où G Gunther l’entendait). Comme toute ‘nouvelle science’, et elle était alors véritablement nouvelle, il lui fallait s’exercer à ‘la critique épistémique interne’ de sa propre production, (processus et résultats). Riche de sa grande culture, et en particulier de sa maîtrise de la ‘Grande Logique’ de Hegel (le sujet de sa thèse, publiée en 1933 : Traits fondamentaux d'une nouvelle théorie  de la pensée dans la logique de Hegel.), il percevait avec acuité la fragilité d’une Cybernétique adossée au paradigme classique du syllogisme parfait indifférent à l’irréductible complexité des interactions de l’objet et du sujet. Sa rencontre avec H von Foerster  fut sans doute l’aboutissement de  son exploration attentive des premiers textes fondateurs comme des premiers travaux de la cybernétique des années cinquante, déjà accompagnée de ses premières sœurs, les théories de la communication  et de la computation. (On verra ici avec émotion dans ce livre, la manifestation de sa capacité d’étonnement lorsqu’il entendit parler des premiers transistors qui venaient d’être conçus et construits, en 1953 : Un robot qui fonctionne sans aucun mouvement apparent n’est plus une machine mécanique[1] : Passant de l’Univers PHY à l’Univers PSY, ce robot ne serait-il pas ‘une machine qui pense’ ?).

         Ce fut je crois plus qu’une intuition passagère, mais plutôt le témoignage de sa remarquable capacité à s’exercer avec rigueur, probité et modestie à une ‘méta logique’ dont il percevait alors la formation dans les questionnements que suscitaient le développement initiaux de la première Cybernétique.

         En abordant cette excellente traduction française de ‘Das Bewußtsein der Maschinen. Eine Metaphysik der Kybernetik, je comprends que ce livre fut écrit pour l’essentiel avant l’article de 1962 qui avait si fortement retenu l’attention d’Edgar Morin en 1971: L’original de ‘La conscience des machines’ parut en 1957 (en allemand), au lendemain de la ‘Conférence de Dartmouth’ (1956) qui vit la naissance de ‘l’Intelligence Artificielle’, matrice des ‘automates intelligents’  et des ‘sciences de la cognition’. Le cœur de l’article de G Günther de 1962 était déjà en place six ans auparavant[2], avant sa rencontre avec W. McCulloch (1960) et son insertion au sein du BCL (1961). (La présente traduction reprend l’édition publiée en allemand en 1963, édition complétée plutôt que révisée semble t il, de celle de 1956 : Il s’en explique succinctement dans son introduction : cf p.54-56).

         En la découvrant aujourd’hui, j’éprouve un sentiment de culpabilité : Pourquoi n’avons-nous pas su, dans les communautés francophones de la recherche scientifique et philosophique, faire suffisamment attention à la démarche et à l’œuvre épistémologique de G Günther, alors qu’elle s’avérait  et s’avére toujours si pertinente et surtout si stimulante ? On peut sans doute proposer quelques réponses partielles à cette interrogation.

         Elle tiendrait pour une part au fait que la soigneuse discussion du philosophe - logicien corroborait de façon si satisfaisante les intuitions de nombres de chercheurs et de praticiens attentifs à l’irréductible complexité des interaction Sujet - Objet que l’on pouvait les tenir pour acquises sans s’attacher à l’examen critique de son argumentation originale. Le passage de le Logique Classique à la Logique Trans classique  qu’il préconisait semblait rassurant et n’appelait pas de commentaires. Comme G Günther avait du retenir spontanément l’expression de ‘logique trivalente’ pour éclairer son propos, on se rassura parfois à bon compte en se référant à la logique de Łukasiewicz sans plus ample examen[3] .

         Elle tiendrait aussi au caractère légitimement provocant de l’argumentation de G Günther. Ne disait-il pas que le roi de la logique binaire est nu. : « Le passage, exigé par la cybernétique, d'une logique binaire à une logique comprenant au moins trois valeurs (ou probablement à une logique généralement polyvalente) implique un changement radical de la structure de la conscience humaine telle qu'elle se présentait jusqu'à présent, ainsi que l'apparition d'une nouvelle image métaphysique du monde et, last but not least, une représentation totalement nouvelle de la nature de la machine et de la relation que l'homme entretient avec elle. (p.87)…. C'est exactement la condition épistémologique de la cybernétique. La théorie des "mechanical brains" ne prétend pas que l'on puisse introduire de la "conscience", au sens d'autoconscience humaine, dans des mécanismes, mais que dans l'être objectif, qui n'est ni un "Je" ni un "Tu", peuvent être évoquées des formes d'action et de légalité que l'on peut incontestablement interpréter comme des processus de réflexion… (p.114). ». Sa profonde connaissance de l'anthropologie philosophique allemande, si étrangère apparemment aux nouvelles sciences occidentales, ‘venant  à l'aide des théories cybernétiques’, devait sans doute susciter une sorte de gène (disons un manque de tact) dans bien des instances scientifiques revendiquant leur suprême excellence.

         Ceci d’autant plus que l’argumentation était solidement étayée, tant en terme épistémologique  qu’anthropologique et pragmatique.  « La forme technique de la cybernétique repose sur la condition transcendantale que la réalité contient un vaste complexe de phénomènes, dont les structures relationnelles ne peuvent être ramenées à la dualité ontologique composée simplement du sujet et de l'objet. … C'est-à-dire qu'ils constituent entre matérialité et spiritualité une troisième sphère autonome qui comprend ses propres lois. L'autonomie transcendantale de ces nouvelles régions est fondée sur le fait que la cybernétique a ouvert la vue sur une troisième transcendance, à savoir la transcendance spécifique des processus. Cela signifie que la réflexion ne peut jamais être complètement objectivée et que le cerveau mécanique ne peut jamais prendre le caractère d'un Je. ». (p.76)

         La  restauration de la Bachelardienne Triade[4] ‘Objet - Sujet - Processus de réflexion’ que G Gunther va argumenter avec rigueur pour camper la logique transclassique (ou multivalente) qu’appelle la légitimation des sciences construites sur des projets, apparaît désormais comme un des acquis les plus importants de la transformation de nos connaissances scientifiques dures ou douces, analytiques ou ingénieriales, dans tous les domaines de l’activité humaine. Elle demande une ascèse intellectuelle consciente et responsable, attentive à ses enjeux éthiques. Les pages de G. Gunther, aujourd’hui comme hier, font partie de cet emblématique  bréviaire épistémologique que  tout scientifique se doit de méditer quotidiennement.  

         C’est je crois sur l’intense conscience qu’avait G Gunther du vaste complexe de phénomènes qui tisse ‘la Réalité’ qui l’a incité  à ne jamais disjoindre Pragmatique, ‘la constatation des faits’, et Epistémique, ‘l’interprétation herméneutique de leur signification’ (p.265). Retenu entre beaucoup d’autres, le paragraphe suivant éclaire cela de façon très convaincante à mes yeux. « :En tout cas personne ne peut se faire une idée de la conscience autrement que sous forme d'information (d'expérience vécue porteuse de sens, Erlebnissinn), qui se réfère à elle-même d'une manière intelligemment modifiée, lui permettant ainsi de se connaître elle-même….. Nous sommes partis de la signification métaphysique de la technique humaine et nous remarquions, … qu'avec la machine l'homme s'est donné un deuxième "corps", où il a projeté le schématisme de son activité physique. Mais pourquoi l'a-t-il fait ? Des penseurs comme Hobbes, Vico et Fichte ont anticipé une réponse vague à cette question, mais ce n'est que dans la philosophie pragmatique américaine qu'elle est donnée dans une formulation précise, avec la conscience de toutes ses conséquences. L'homme ne comprend que ce qu'il fait[5]. Tout mouvement d'un organisme qui se meut librement est essentiellement un processus de compréhension (p.222) ». Il ne me semble pas que les réponses que ‘Hobbes, Vico et Fichte ont anticipées’ soit aussi vagues que l’écrit ici sans doute un peu rapidement G Günther[6], mais l’argument demeure et l’argumentation des grands pragmatistes Nord Américains du siècle dernier le corrobore de bien des façon 

         Explorant à nouveau cet argument, il va retrouver les justifications épistémologiques que H A Simon identifiait expérimentalement dés 1956[7] pour légitimer la formation des connaissances en Intelligence Artificielle, connaissances se constituant sur les substrats que venaient de dégager deux logiciens mathématiciens, A Turing (Théories de la computation symboliques) et G Polya (Théories des heuristiques programmables  et mathématiques du raisonnement plausible) : Les ‘Thinking Machines’ ne sont pas les modèles du fonctionnement neuronal du cerveau, elles peuvent en proposer des modèles locaux intelligibles, simulant de façon effectivement plausible et reproductible, quelques activités observables de l’esprit humain , sans pour autant les expliquer de façon unique et certaine . Citons encore G Günther ici : « Si l'homme veut se comprendre lui-même et s'il veut comprendre, par exemple, son corps en tant qu'existence qui se déplace librement dans son environnement, il ne peut pas faire autrement que répéter ce corps dans une machine. Il est vrai aussi que nous savons, sans l'aide de la technique, que nous marchons, mais comment nous marchons, cela nous ne le comprenons avec exactitude que si le mécanisme d'articulation et le levier ne détiennent plus de secret pour nous. Toutefois le domaine d'action de chaque être qui se meut librement s'étend beaucoup plus loin que le rayon d'influence de ses actions purement corporelles. Fichte – par déduction – a prouvé le premier d'une façon convaincante que, si l'on veut vraiment comprendre la conscience, on doit la comprendre comme une activité de l'homme. Il en résulte donc une exigence évidente : si l'homme veut comprendre sa propre conscience et son processus, il lui faut répéter celle-ci sous forme d'action, c'est-à-dire sous forme d'une méthode de production dans le monde extérieur. Avec l'introspection on n'arrive à rien. (p.223) »

         Résumerai je ici le propos de G Gunther par une de ses formules : « On peut donc dire qu'une conscience sans auto conscience peut très bien être réalisée "psychiquement". Alors pourquoi pas dans un "mechanical brain (p.214) » ? Il me semble que son œuvre nous aide à mieux ‘prendre conscience’ du caractère inépuisable de l’auto conscience (et plus généralement des phénomènes que nous interprétons en terme d’auto référence) dont est capable l’esprit humain. Mais cette conscience de l’auto conscience - et par là de l’auto éthique, manifestation de la dignité humaine assumant à la fois la conscience active de sa liberté, de sa responsabilité et de sa solidarité, requiert une méditation épistémique et critique, ouvrante et reliante, à laquelle nos cultures scientifiques et philosophique ne sont guère accoutumées, bien que l’histoire humaine nous lègue des témoignages exemplaires. Ne pensons-nous pas ici aux Essais de Montaigne, comme à bien d’autres auxquels que chacun tente de se ressourcer. Nous pourrons désormais ajouter cet insolite ouvrage  de G Günther à nos livres de chevet.

 

         Il est encore bien des réflexions de G Günther que j’ai maintenant envie de poursuivre ou de reprendre voire de discuter Ainsi, exemple entre d’autres, ses pages sur la formules de N Wiener : « Wiener, abordant cette nouvelle complexion de problèmes, a fait une déclaration sans ambiguïté contre le matérialisme : « Information is information, not matter or energy. No materialism which does not admit this can survive at the present day. » Toutefois, on ne doit pas davantage admettre que le processus de l’information ou de la communication appartient au domaine de l'esprit (p.63) ». Ou celles qu’il consacre à la dialogique Cognition -Volition : « Notre thèse sera : volonté et raison sont l'expression d'une seule et même activité de l'esprit considérée sous deux points de vue différents. Ou – pour le dire différemment – volonté et raison ou réflexion théorique d'un côté et décision contingente de l'autre ne sont que des manifestations réciproques d'une seule et même configuration ontologique, produites par le fait qu'un système vivant passe par des attitudes constamment changeantes envers son environnement. Il n'y a pas de pensée qui ne soit constamment supportée par une volonté de penser. Et il n'y a pas d'acte de volonté sans perception théorique de quelque chose qui serve de motivation à la volonté (p.235) »

         Il faudrait aussi évoquer les recherches ultérieures de G. Gunther dans les années 70 sur la « Polycontextural Logic » travaux que poursuivent ses disciples qui s’attachent à ‘maintenir la veilleuse allumée’ au sein du ‘PCL Group’[8] au moins dans les contextes germaniques. On en trouvera quelques traces dans le texte des présentateurs.

Enfin, il faut féliciter et remercier Françoise Parrot et Engelbert Kronthaler, les deux traducteurs de cet ouvrage pour leur courage et pour la qualité et la probité de leur traduction. Grâce à eux, les lecteurs francophones - et pas seulement les philosophes de profession - pourront désormais accéder à une œuvre qui demeure originale par son argument toujours actuel : En nous attachant à comprendre la formation de notre conscience du monde, n’éclairons-nous pas, récursivement, les transformations de notre auto conscience ? Informaticiens, cogniticiens, roboticiens, didacticiens, et tant d’autres citoyens qui ne veulent pas mourir idiots, ne pourront plus dire : je ne savais pas … que je peux avoir conscience de moi et de ce que je fais, en m’interrogeant aussi sur ce que peut être et faire la conscience de ces machines immobiles et intelligentes.

J L LeMoigne


[1] Voir page 107, note 4  

 

[2] On trouve sur le site ‘Vordenker’ le texte d’un article publié en anglais dés  1953 : ‘Can Mechanical Brains Have Consciousness ?’ by Gotthard Günther, originally published in: Startling Stories, Vol.29, no.1, p.110-116, New York 1953: www.vordenker.de/gunther_web/mechbrain.htm

 

[3] « Dans ses travaux, jusqu'au milieu des années 60, Günther utilise la notion de logique 'polyvalente'. Cela a parfois entraîné des malentendus considérables, bien que Günther ait toujours souligné que sa notion de polyvalence ne devait pas être confondue avec celle des systèmes de logiques polyvalentes introduits par Łukasiewicz, systèmes dans lesquels on introduit des valeurs supplémentaires entre 0 et 1, où 0 est pris pour faux  et 1 pour vrai.. … . La notion de polyvalence, au sens de Günther, devrait être nommée plus justement polypositionnalité,. … le formalisme logique ne doit pas simplement faire une distinction entre sujet et objet, il doit plutôt prendre en considération la distribution de la subjectivité sur une pluralité de centres-Je. Cela signifie que la relation bivalente du sujet et de l'objet se joue sur une pluralité de positions ontologiques que l'on ne peut faire concorder » soulignent fort justement, les présentateurs de l’ouvrage pour sa ré édition allemande de  2002. cf p.20 

 

[4]La méditation de l’objet par le sujet prend toujours la forme du projet’ , Le Nouvel esprit scientifique, PUF , 1934, p 14

 

[5] Souligné par moi. JLM

 

[6] G Vico n’ajoutait-il pas ‘Et lorsqu’il ne comprend pas, il fait afin de comprendre’. (La Scienza nuova, § 405)

 

[7] 1956 est l’année de la Conférence de Dartmouth au cours de laquelle émergea le concept d’intelligence artificielle.. Les principales études et publication de H Simon sur ces thèmes furent conduites avec A Newell avec qui il collaborait depuis 1952. L’argumentation épistémologique de H Simon est synthétisé dans « The sciences of the artificial’’ publié initialement en 1969 (trad française, ed Gallimard –Folio, 2004). Il est probable que  G Gunther n’eut pas connaissance des textes de H Simon et A Newell avant 1963. En revanche on peut s’étonner que les présentateurs de ‘la conscience des machines’ rédigeant en 2002  affectent d’ignorer l’œuvre de H Simon et présentent de façon trop réductrice l’œuvre d’A Turing. (Sur ces thèmes, voir en  langue française, JL le Moigne, "Sur un exceptionnel manifeste épistémologique : «Symbols and Search. Merveilleuse et pourtant compréhensible est la computation (le traitement) heuristique des systèmes de symboles physiques ". dans La Revue d'Intelligence Artificielle, N° spécial en hommage à H.A. Simon, 2002, ‘Représentations, découvertes et rationalité’, sous la direction de Jacques Pitrat).ed Hermés-Lavoisier . RSTI, série RIA, vol 16- n° 1-2/2002, p.251-268.). Article disponible à www.mcxapc.org/docs/ateliers/atelier10jlm0804.pdf

 

 

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