Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Ndlr : Nous remercions Françoise Domenach qui nous autorise à reprendre dans Le Cahier des Lectures MCX, cette Note de lecture de l’ouvrage de Ph Caillé qu’elle a rédigée pour les Cahiers Critiques de Thérapie Familiale et de Pratiques de Réseaux, ainsi que la rédactrice en chef de ces Cahiers Critiques, Madame Edith Godbetter. Nous disposons ainsi d’un nouvel éclairage de ce récit de ‘Voyage en Systémique’ qui complète utilement celui que l’on avait proposé ici  il y a peu qui s’attachait  surtout à la  métaphore de ‘la cartographie pour l’action’ introduite par Ph Caillé ---

            Dans son dernier livre Philippe Caillé nous emmène sur les lieux et paysages de son itinéraire de médecin, psychiatre et thérapeute.

Il nous y fait partager ses découvertes et ses rencontres. Ce qui fait la force de cet ouvrage c'est que ce témoignage est une invitation à reconsidérer nos propres parcours d'intervenant dans le contexte de la thérapie comme dans celui du suivi social.

            Le lecteur non familiarisé avec le modèle systémique y trouvera une synthèse des concepts fondamentaux et de leur développement au cours des dernières décennies.

            Les praticiens, déjà initiés au modèle systémique y découvriront, en suivant le cheminement de la pensée de l'auteur et les récits de ses engagements, combien certains concepts des origines gagnent à être revisité à la lumière de cette évolution de la théorie systémique. A titre d'exemple, le double lien, les niveaux d'apprentissages et l'importance de la fonction du récit dans les écrits de Grégory Bateson sont replacés dans leur juste contexte. Le cycle du don inspiré de l’ethnologue M. Mauss y trouve une juste place dans la stabilité relationnelle. La métaphore de la danse illustre la juste distance dans la relation thérapeutique, ni trop neutre, ni trop fusionnelle.

            Ce qui fait pour moi la richesse du Voyage en Systémique est l’apport des multiples chemins que l'auteur a emprunté guidé par sa curiosité singulière vers d'autres disciplines, apport qui a enrichi sa vision et sa pratique. Si le lecteur met ses pas dans les siens et le suit dans ses lectures qui comprennent aussi bien les théoriciens des arts martiaux que des auteurs comme A.R. Damasio, J. Baudrillard, J.P. Carse, R. Girard, F. Héritier, E. Morin, il se trouvera incité à découvrir ensuite ses propres itinéraires ou chemins de traverse.

            Le lecteur sera également confronté à des aspects très concrets de pratiques introduites en clinique par l’auteur et ses collaborateurs sous le nom d’  « Objets Flottants » qui est aussi le titre du livre qu’il a co-écrit avec Yveline REY. Il y trouvera aussi des références à la thérapie de couple selon les modalités décrites dans un autre ouvrage (Un et Un font Trois – le couple d’aujourd’hui et sa thérapie), modalités qui incluent le protocole invariable de thérapie de couple. Ce qui ne peut être énoncé verbalement par  les demandeurs d’aide  y trouve un mode d’expression très précis, doué d’évolution créative, de « poïésis », dans le langage analogique, dans le langage du corps.

La partie centrale est consacrée aux demandeurs d'aide, donc « ceux que nous rencontrons »  

J’ai particulièrement eu plaisir à y redécouvrir :

-         la Société Post Moderne peut-elle faire l'économie du couple ?

-         Etre Parents aujourd'hui. Performance d'un rôle ou Vécu d'un état.

-         Fratrie sans Fraternité.

            Les deux premiers textes parce que, praticien des premières heures, Philippe CAILLE réfléchit, dans le premier, sur l'évolution du couple contemporain dans sa dimension de protection des conjoints et, dans le second, considère les dilemmes des nouvelles constellations familiales en contraste de ceux bien connus de la famille traditionnelle. Enfin dans « Fratrie sans Fraternité », il nous fait découvrir que le fait d’être frères ou sœurs, s’il a ses avantages, présente aussi ses dangers et ses pathologies à connaître, d’où le concept de  Fratritude, à rapprocher sans doute de celui de Négritude d’Aimé Césaire.

            Ce n'est sans doute pas un hasard si, après le thème des fratries, on aborde les deux chapitres concernant la formation, intitulé « ceux que nous formons », dernière partie du livre qui  renvoie en écho à la première « se penser thérapeute ». Ces deux thèmes se complètent, encadrant la partie clinique en un avant et un après, montrant que, pour l’intervenant, le travail clinique n’est pas un état stable. L’intervenant doit constamment se procurer du savoir pour pouvoir ensuite le transmettre modifié par l’expérience et, espérons le, enrichi, ce que notre culture a peut-être tendance à oublier.

            J'ai animé, plusieurs années durant, un groupe de formation avec Philippe Caillé intitulé "changer soi même pour aider les autres à changer". Nous avons ainsi ensemble travaillé sur les propositions exposées dans les deux derniers textes de l’ouvrage, « Parcours de changement pour le systémicien en formation » et « Développement personnel en formation ». Le fonctionnement des petits groupes selon les modalités décrites dans ces textes où les participants, tous engagés dans le quotidien dans des pratiques sociales ou thérapeutiques, se montrent si attentifs et responsables les uns au autres, s'emparent soudain, dans un effort de découverte de soi et de l’autre, de "l'esprit" des objets flottants est générateur d’émerveillement et d’optimisme.

            Ce livre est particulièrement recommandé à tous ceux qui ont du mal à se poser cette question simple : "Quels aspects de moi-même pourront-ils être d’intérêt dans mes prochaines rencontres professionnelles ou personnelles ? ". Le « Voyage en Systémique » me semble donc être un bon guide pour un parcours de créativité et de liberté de penser.

Françoise Domenach

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.