Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


Vous trouverez ci-dessous ou en cliquant ici les notes de lectures les plus récentes à moins que vous n'utilisiez le moteur de recherche alphabétique.

Retour

Lorsque parut la première édition de ce monumental ouvrage d'un des pionniers nord américains de la modélisation systémique, en 1990, il ne me parut pas urgent d'en proposer une recension à l'intention du lecteur de langue française : il s'agissait d'une présentation en extension (extension conséquente : un gros volume de 588 pages ) des idées que N. Warfield avait présentées en 1976 dans son "classique" : "Societal systems, planning, policy, and complexity" (Wiley). Présentation aussi pédagogique que possible, en divisions et subdivisions complétées d'annexes diverses et de questions de compréhension, de "l'analyse de systèmes" (plutôt que de "la modélisation systémique"), telle qu'on la présentait dans les cultures anglo-saxonnes dans les années70-80, dont je pensais alors qu'elle allait peu à peu se transformer au profit d'une conception plus "ouverte" (ou plus latino-méditerranéenne). Certes N. Warfield manifestait l'intention de privilégier la conception sur l'analyse et s'efforçait, prudemment, de solliciter quelque concours épistémologiques novateurs (C.S. Peirce enparticulier), mais sa difficulté à entendre la réflexion d'H.A. Simon sur les sciences de la conception le contraignait à abandonner trop rapidement la recherche d'une instrumentation de la modélisation systémique libérée des ukases du réductionnisme et de la logique disjonctive. Si bien que les "méthodes et outils" qu'il énumérait restaient, dans l'ensemble de facture fort classique (de la théorie des graphes aux diagrammes deVenn).

Mon "optimisme" sur la vitesse de maturation de la culture modélisatrice "ouverte à "(et non plus "fermée sur") la systémique n'était sans doute pas fondé puisque, quatre ans après la première édition, en paraît une seconde qui témoigne de l'attention permanente de la culture anglo-saxonne à cette conception paradoxalement plus cartésienne que pragmatique (malgré la caution, peut-être un peu abusive ici, de C.S. Peirce) de la modélisation systémique. Il me faut donc au moins mentionner ce dossier que je voudrais lire comme le chant du cygne de "la bonne vieille analyse des systèmes" qui obère tant notre intelligence collective de la complexité. Il est probable qu'il intéressera, outre les tenants de la vieille garde-qui tiennent pourtant N. Warfield pour un avantgardiste (ils l'ont éloigné de la Revue "Systems Research" en 1990, au moment où elle commençait à s'ouvrir !) les enseignants à l'affût de méthodes de résolution et de sujets d'examen avec corrigés-types ! Et il nous fera collectivement mieux sentir l'ampleur des efforts qu'il nous faut aujourd'hui poursuivre pour présenter pédagogiquement les instrumentations de la modélisation systémique ouverte : nous avons, sur les Anglo-Saxons, la chance de pouvoir plus aisément accéder aux textes de J. Piaget et d'E. Morin et plus volontiers peut-être à ceux d'H.A. Simon, d'A. Newell, de J. Dewey, d'H. Von Foerster ou d'E. Von Glasersfeld; à nous de nous servir de ce capital immatériel en empruntant sans vergogne à N. Warfield son attention aux textes de C.S. Peirce ou de R. Rorty.

J.L. Le Moigne

Haut de Page

Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.