Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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En reconnaissant en Paul Valéry un grand "précurseur de la pensée complexe" (p. 223), Patricia Signorile nous propose une lecture de l'oeuvre de "l'introducteur à la méthodede Léonard de Vinci", qui associe à une grande culture philosophique, une vivace sensibilité esthétique et une étonnante attention architecturologique (au sens quePh. Boudon a su donner à cette science de la conception). Sans doute parce que, pourValéry, dès l'origine, "L'architecture devient notre exemple", "mélange des oeuvres et des actes, du métier et de la stratégie" (p. 221) ?

Précurseur et peut-être même fondateur des sciences de la complexité, plus peut-être que J. Piaget (auquel P. Signorile ne le relie peut-être pas assez surtout lorsqu'elle évoque son aptitude à manier la dialectique de l'accommodation et de l'assimilation, p. 173), alors qu'elle nous aide si bien à relier son oeuvre à celle du Kant de "La critique de la faculté de juger" ou du Bachelard de "L'intuition de l'instant" entre tant d'autres... On est souvent impressionné, en relisant P. Valéry dans le miroir épistémique qu'en propose cet essai, par la capacité permanente dont il témoigne de toujours relier l'acte et l'oeuvre, pendant que, sans révolte, il se désintéresse des oeuvres (scientifiques, artistiques, philosophiques, quotidiennes) qui affichent ostensiblement leur séparation du processus qui les engendre (et que souvent, récursivement elles engendrent ou pourraient engendrer) : il ne s'agit pas seulement de ces discours sur "des structures sans genèse" que J. Piaget regrettait dans un structuralisme naïf, mais aussi sur des structures sans constructeurs ou sans auteurs. En nous rappelant (p. 202) que "lesvérités sont choses d faire et non à découvrir... Ce sont des constructions et non des trésors" (P. Valéry, Cahier VIII, p. 319), P. Signorile nous invite à une passionnante méditation épistémologique qui enrichit à la fois nos interprétations du constructivisme et notre entendement de la complexité de notre relation au monde : "L'intelligence se structure en fonctionnant" (p. 186) : "Ma main se sent touchée aussi bien qu'elle touche. Réel veut dire cela. Et rien de plus" (P. Valéry, Mon Faust, Lust p. 323, cité p.71) : est-il définition plus sensible de la phénoménologie ? Méditation qui prend volontiers un tour opératoire : j'ai beaucoup aimé aussi cette interprétation de la Modélisation Systémique qu'elle attribue à P. Valéry : "l'analyse Poïétique"

"... Une compréhension systémique du monde : qu'il utilise (les concepts) d'unité, de tout et de parties, ou qu'il procède à des liens entre les parties et le tout, Valéry fait une analyse poïétique" (p. 218).

J.L. Le Moigne

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.