Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


Vous trouverez ci-dessous ou en cliquant ici les notes de lectures les plus récentes à moins que vous n'utilisiez le moteur de recherche alphabétique.

Retour

            « Nous sommes tous des logisticiens » assure d’emblée P Lièvre, puisque sans cesse nous mettons en œuvre quelques  combinaisons réfléchies de moyens et d’action en envisageant quelques buts à atteindre dans un contexte plus ou moins aisément prévisible : N’est ce pas cela  que nous appelons désormais la Logistique ?

            S’il s’agit de préparer un gros gâteau d’anniversaire pour ce soir, l’exercice ne nous semblera pas toujours très facile, mais en général nous n’achèterons pas un livre de logistique pour  y parvenir. Nous tacherons surtout d’anticiper les conséquences et les risques de nos actions et de nos oublis.

            En revanche si il s’agit mobiliser de multiples concours fort divers pour monter une expédition en terres arctiques, ou  pour  d’approvisionner un magasin de grande distribution, nous présumons qu’il vaudra mieux … s’organiser, disons nous habituellement.

            Riche de sa belle experience de praticien et d’enseignant, c’est cette capacité d’organisation d’une ‘logistique organisante’ que P Lièvre va s’attacher à explorer de fort vivante façon. Pour ce faire il veille à ne pas s’embourber dans les sempiternels catalogues analytiques qui ignorent la capacité de tous les acteurs concernés à exercer leur intelligence. Ne peut-on veiller à ne pas confondre  les fins, souvent multiples et parfois antagonistes, et les moyens, qu’il faudra coordonner de façon évolutive au fil des mises en œuvres et des  incidents.

            Les distinguer, certes mais surtout et toujours les relier. C’est cette fonction de reliance, à la fois synchronique et diachronique, qui constitue le cœur de l’organisation de la logistique. En la présentant et en l’illustrant, de façons fort pédagogique, P Lièvre va fort bien requalifier nos conception de la logistique.

            De son statut ancillaire  (‘l’intendance suivra’), elle va passer à un statut stratégique, mais pour ce faire elle doit assumer sa propre complexité. Elle n’est plus réductible à la triviale application d’un cahier des charges détaillé et découpé en rubriques indépendantes. Elle devient, selon l’expression heureuse de P. Lièvre une ‘logistique organisationnelle’.

            Hier tenue pour organisée, voire formatée, elle devient organisante. Hier informée, elle devient informante. Hier mono finalisée, elle devient multi finalisante. La servante logistique  devient un acteur plénier de l’organisation, qu’elle soit logistique d’entreprise (au sens large, hospitalière ou humanitaire autant qu’industrielle ou commerciale) ou logistique de projet. (ainsi les expéditions polaires : une logistique complexe que P Lièvre nous fait entendre  de façon fort convaincante ).   

            C’est je crois un des apports important de ce  manuel de P Lièvre que de dégager et d’illuster solidement ce concept encore neuf de « logistique de projet ». Il va ainsi interpréter les processus d’action logistique (gestions des flux plus ou moins associés à la gestion des stocks) en terme ‘d’ingenierie organisationnelle, et donc informationnelle : Toutes les ressources de la modélisation systémique émergent alors presque spontanément, dés lors que les fonctions à entrelacer prennent le pas sur les organes à entretenir.

            Les modes de raisonnements se diversifient ne se restreignant plus à la seule application présumée rigoureuse d’une syllogistique analytique. Et les modes de représentations s’enrichissent, se nuancent, se libérant du schéma binaire des tables de décisions.

            Certes les développements contemporains des NTIC rendent beaucoup plus aisément plausibles et praticables ces ouvertures, dés lors que la culture des logisticiens ne se réduit pas à la seule application de mode d’emplois.

            Que doit être cette culture ? La lecture des 120 petites pages du manuel de P Lièvre propose une réponse réfléchie et argumentée et surtout fort bien illustrée par une quinzaine d’encadrés qui permettent d’aviver l’attention.  Le vendeurs de systèmes logiciels (la ‘boite à outil de la logistique’) regretteront peut être que l’on ne consacre qu’une quinzaine de page à la présentation de quelques produits qui évoluent vite. Mais je crois que leurs futurs clients les entendront plus intelligemment dés lors qu’ils auront lus auparavant ce sympathique petit manuel  de logistique.

            Avec modestie et sans emphase, il illustre bien me semble-t-il, ce que nous voulons dire et faire quand nous aspirons à ‘transformer nos expérience en science avec conscience

Haut de Page

Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.