Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


Vous trouverez ci-dessous ou en cliquant ici les notes de lectures les plus récentes à moins que vous n'utilisiez le moteur de recherche alphabétique.

Retour

Ndlr.  Nous remercions Edgar MORIN   et l’éditeur de l’ouvrage de nous autoriser à reprendre ici sous la forme d’une note de lecture, le texte de la préface par laquelle il met en valeur le mérite de Terre d’avenir : ‘Montrer (que), les problèmes de l’alimentation, de la production, de la circulation, de l’énergie, de la croissance, du développement, de la planète  sont inséparables’

***

            Des terriens au service des terrestres … Le grand mérite de  Terres d’avenir  est non seulement de mieux nous informer sur les ravages de l’agriculture comme de l’élevage industriels, et sur les avantages de l’agriculture biologique. Il est de nous montrer que  ce problème nous ouvre d’autres problèmes en chaîne. Celui des filières internationalisées de l’alimentation qui font circuler les produits d’un continent à l’autre au prix de transports routiers et aériens consommant une très grande quantité d’énergie et produisant une grande quantité de CO2. Celui d’une économie planétarisée commandée par le seul profit où les enrichissements produisent de nouveaux appauvrissements et de nouvelles prolétarisations. Où les progressions techniques et économiques provoquent  de nouvelles régressions morales et psychiques. Où nous perdons en qualité ce que nous gagnons en quantité. Où une partielle  rationalité économique provoque une irrationalité économique globale. Ainsi l’agneau de Nouvelle-Zélande  acheminé par avion est vendu à 7 euros le kilo dans les grandes surfaces soit la moitié du prix de l’agneau élevé en France, mais transporté par avion sur plus de 18.000 kilomètres, il émet des quantités de CO2 qui totalisent plus de cinquante fois son poids.

            Cette irrationalité conduit à l’asphyxie de l’humanité : il nous faudrait trois planètes Terre pour continuer notre mode de vie et plus encore pour que Chine Inde, Brésil Afrique puissent atteindre nos niveaux de vie. La planète est en danger et il nous faut concevoir que le vaisseau spatial Terre, propulsé par quatre moteurs  déchaînés hors de tout contrôle, science, technique, économie, profit, court à la catastrophe.

            Notre développement a créé de non seulement de nouvelles fractures sociales, mais la fracture nature-culture. Il y a une fracture de civilisation, dans le sens où celle-ci provoque désormais plus de maux que de bienfaits et n’arrive pas à  traiter nos problèmes vitaux, il y a une fracture de civilisation, entre notre civilisation au faite de sa puissance mais produisant sa propre mort, et une civilisation qui voudrait naître et  s’élabore de façon encore embryonnaire et dispersée.

            Il faut comprendre ce qu’a dit Raphaël Correa, cet économiste devenu président en Equateur «  ce n’est pas une époque de changement, c’est un changement d’époque que nous vivons.

Il nous faut une nouvelle façon de pensée qui saisisse les liens entre les problèmes que nos experts et technocrates conçoivent toujours de façon compartimentée et séparée, et qu’hallucinés par leurs modèles quantitatifs, ils ne perçoivent pas comme problèmes de destin humain.Car, et c’est le mérite de Terre d’avenir de le montrer, les problèmes de l’alimentation, de la production, de la circulation, de l’énergie, de la croissance, du développement, de la planète  sont inséparables. Il nous faut percevoir  les voies encore éparpillées, disséminées de salut,   et comme le dit excellemment ce livre reconnaître les cellules souches de la régénération. Il faut considérer les expériences pilotes exemplaires en ville (comme le quartier Bedzeg de Londres) ainsi que dans les campagnes. Il faut examiner avec attention les propositions tendant à favoriser en même temps l’alimentation de proximité, les polyactivités rurales, l’agriculture biologique combinant sagesses d’expérience et innovations créatrices, les productions fermières, dans la perspective du développement d’éco-regions. Il faut désormais concevoir une politique de civilisation qui comporterait entre autre la revitalisation des campagnes et l’humanisation des grandes villes. Tout cela nous invite, nous européens et occidentaux à réformer notre mode de vivre. Il  nous faut chercher à mieux être plutôt qu’à plus avoir.

            Partout à la base le vouloir vivre et l’esprit solidaire suscitent d’innombrables petites initiatives et inventions locales, qui demeurent ignorées parce qu’à l’échelle des nations, aucun organisme d’information ou d’encouragement ne les fait connaître. Parfois par chance, une initiative comme celle du micro-credit, se propageant dans le Bengale fait connaître son initiateur qui recevant le prix Nobel voit désormais son initiative essaimer sur la planète. Partout de façon dispersée  l’économie plurielle s'engendre, comportant en elle l’économie solidaire des mutuelles et coopératives, le commerce équitable, une éthique de l’économie et dans laquelle coexisteraient un capitalisme planétaire et un tissu vivant d’économies territorialisées. Et, dans  l’inséparabilité des domaines et des problèmes, l’agriculture , c’est-à-dire la terre se trouve au cœur. Voici le message que dans ce livre trois  terriens adressent aux terrestres.

E MORIN

Les auteurs :

            Philippe Desbrosses est agriculteur, docteur en sciences de l'environnement, expert auprès de l'Union européenne, auteur de nombreux ouvrages.

            Emmanuel Bailly est ingénieur ENSIL en Eau et Environnement. Après avoir été éleveur agrobiologiste, il est maintenant expert en aménagement de territoire et stratégie « Facteur 4 ».

            Thanh Nghiem est ingénieur des Mines de Paris. Précédemment dirigeante d'entreprise, elle a fondé et préside l'Institut Angenius, incubateur de projets dans le champ du « libre et durable ».

On trouve une présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur

www.editions-alphee.com/livre.php

Haut de Page

Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.