Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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S'il ne donnait pas un accès aisé en langue française à quelques uns des textes fondateurs de la cybernétique (plutôt que des sciences de la cognition, quoi qu'en dise le titre), on ne rangerait pas ce livre de parti pris et de circonstance dans notre bibliothèque des sciences de la complexité.

Par son intitulé ambigu, par le choix trop sélectif et mal argumenté d'une dizaine d'extraits de textes classiques (N. Wiener, W. Mc Culloch, J. Von Neuman, D. Hebb,W. Weaver, C. Shannon, A. Turing) et par le caractère curieusement "réducteur" des chapeaux de présentation, ce livre atteint bien maladroitement son objectif et laisse souvent le lecteur sur sa faim. D'autant plus que les traductions sont souvent expéditives (pourquoi traduire "purpose" par "but" alors que Wiener, qui veut dire "intention", distingue dès la première ligne l'intention (purpose) du but (goal ?). Nombre de ces textes ont déjà été bien traduits en français, certains depuis longtemps (J. Piquemal avait traduit le Wiener, Rosenblueth et Bigelow en 1979, dans la Revue de Philosophie, et les litiges suscités par l'interprétation de cette traduction avaient fait l'objet d'un article de la RIS, 1987, n- 1, vol. 3 ! (Ce qu'ignore la note p. 53 qui justifie le mot "but" par le classique argument d'autorité : "nous estimons")), d'autres plus récemment (le J. Von Neuman-sans la discussion qui suit -dans le numéro 3 de la revue Pistes,1992, etc.), sans que ces précédents soient même mentionnés (et éventuellement discutés si l'on contestait la pertinence de ces traductions). En outre l'arbitraire de la "barrière 1950" fait ignorer les textes pionniers pour les sciences de la cognition et l'intelligence artificielle, de H. Von Foerster, d'A. Newell ou d'H.A. Simon (on pourrait au moins rappeler que ce dernier soutint sa thèse en 1943). Et je crois bien que l'on trouverait des textes fondateurs de la cybernétique prémoniteurs des sciences de la cognition (qui n'apparurent qu'en 1975... si Dilthey développait les sciences de l'esprit bien avant Mc Culloch, en 1883 !), publiés en France entre 1943 et 1959 : je pense à P. Vendryès, P. de Latil, ou G. Guilbaud). Mais ces critiques, qui s'adressent aux éditeurs et traducteurs français n'enlèvent rien au très grand intérêt des dits "textes fondateurs" habituellement difficiles à trouver en édition française. Espérons que le succès de cette édition -pour partielle et partiale qu'elle soit- encouragera un éditeur à faire pour les sciences de la cognition et pour les sciences de la complexité le monumental travail qu'avait fait D. Bougnoux pour les sciences de la communication en 1993, (éditant, chez Larousse un remarquable "Textes essentiels des sciences de la communication"; cf. la Lettre MCX n- 19, avril 93) : un modèle de référence auquel on a envie de rêver !

J.L. Le Moigne

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.