Notes de lecture

Les notes de lecture sont établies par les membres du Réseau Intelligence de la Complexité.

Que vaut un livre?
"... Un livre vaut à mes yeux par le nombre et la nouveauté des problèmes qu'il crée, anime ou ranime dans ma pensée... J'attends de mes lectures qu'elles me produisent de ces remarques, de ces réflexions, de ces arrêts subits qui suspendent le regard, illuminent des perspectives et réveillent tout à coup notre curiosité profonde..."
P. Valéry (Variété V), O.C. Pléiade I (p. 871)


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Il existe, depuis 1984, un "Institut des Sciences de la Complexité, qui fait de la compréhension des systèmes complexes un projet essentiel pour la science contemporaine. Cet institut original publie son volume V, au titre fascinant. pour rendre compte d'un colloque exceptionnel co-animé par deux Prix Nobel : P.W. Anderson (Physique, 1977) et K.J. Arrow (Economique, 1972) ; un projet ambitieux : économistes et physiciens mathématiciens ("Natural Scientists") ne peuvent-­ils s'enrichir mutuellement de leurs progrès méthodologiques, dès lors qu'ils tiennent pour "complexes" les systèmes (naturels ici, économiques là) qu'ils étudient ? En pratique, bien sûr, la question était surtout : ne peut­on renouveler un peu le discours de la science économique en l'invitant à considérer de plus près quelques unes des jolies mathématiques et informatiques qui se sont développées ces dernières décennies : théorie du chaos, théorie de la dynamique des systèmes non linéaires, théorie de la computation. théorie informatique de l'apprentissage, théorie des réseaux neuronaux, etc. Exercice qui séduit fort les économistes mathématiciens à l'affût de quelques nouveaux articles permettant de proposer quelques habits neufs à un corpus théorique tenu pour perfectionniste plutôt que créatif. Exercice intéressant bien sur par la dynamique usuelle de toute rencontre multi­disciplinaire confraternelle. Sur le champ, on a certes l'impression décevante de lire des producteurs de méthodes cherchant des problèmes "réels" auxquels ces méthodes pourraient s'appliquer, plutôt que des acteurs affrontant des problèmes complexes et cherchant des méthodes pour les comprendre sinon pour les résoudre ! Mais on sait que la chimie de la recherche se développe volontiers dans ces situations contradictoires. On est sans doute tenté de s'étonner de la superficialité des rares échanges épistémologiques explicitant la "conscience de la complexité" que partagent les participants. Mais on doit admirer l'effort de lucidité des physiciens interrogeant les économistes : en trois questions dont la pertinence semble incontestable (p. 258, Discussion pleinière finale) : 
1 : Pourquoi les économistes sous-estiment­ils ou ignorent­ils le rôle des forces psychologiques, sociologiques et politiques dans les systèmes économiques ?
2. La théorie des anticipations rationnelles avec prévision infinie apparait évidemment fausse. Pourquoi est­elle si bien acceptée ? 
3. Est­ce qu'un système peut adéquatement modéliser l'innovation ?
Les "réponses" des économistes ­ ou plutôt leurs commentaires sur Ieurs espoirs de pouvoir un jour répondre à ces questions ­ sont scrupuleusement reproduites : la réduction de la complexité à la complication semble encore constituer le coeur de l'argument !
 La modélisation de la complexité comprise dans sa complexité, n'est pas encore familière ! Il reste que ce type d'échange ouvert et relativement aisément accessible, contribue précisément à cette réflexion... ; en la suscitant, certes, mais aussi en la nourrissant. Le seul Français présent au Colloque de Santa Fé était le mathématicien D. Ruelle ("Can non linear dynamics help Economics") dont les travaux sur le chaos organisateur enrichissait il y a peu la réflexion d'Edgar Morin plaidant pour le renouvellement des paradigmes (colloque CNRS 1990 sur 1'Interdisciplinarité, p. 28).

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Au sujet du cahier de lectures du réseau

Le "CAHIER des LECTURES MCX" constitue un des moyens d'action privilégiés par le Programme Européen Modélisation de la Complexité depuis 1991-92.

Il exprime le projet de veille épistémologique que nous proposons, tout en rendant visible la progressive constitution d'une bibliothèque des sciences de la complexité qui se construit dans les cultures contemporaines.

Il ne s'agit pas ici de reproduire le prospectus de présentation ou le résumé établi par les éditeurs, mais de proposer des regards à la fois critiques et constructifs sur des textes qui peuvent et doivent intéresser chercheurs scientifiques et responsables d'organisations attentifs à la complexité de leurs initiatives.

On souhaite que cette veille devienne de plus en plus une entreprise collective, chacun pouvant bien sûr proposer un regard "différent" sur un ouvrage déjà introduit, et mieux encore, faire part de ses propres attentions. Ceci en jouant de son mieux les règles du jeu de l'inter- et transdisciplinarité. La critique disciplinaire pointue dispose de nombre de publications qui la privilégient ; il s'agit ici d'un autre regard : une veille épistémologique qui privilégie la modélisation de la complexité et la pensée complexe.

La reliance des projets du Programme Européen MCX et de l'Association pour la Pensée Complexe va nous permettre d'activer davantage cet exercice d'intelligence de la complexité, intelligence qui se développe en s'exerçant dans de multiples cultures.